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Le journal de Pierre-André Comte

23 juin: fonder la Deuxième République

 Commémoration patriotique hier soir 22 juin aux Breuleux (discours)

Lors de sa dernière session, le Parlement a traité une question sur le bilan de l’Etat depuis l’entrée en souveraineté. Telle intervention, de par sa nature même, contraignait le gouvernement à énumérer les investissements engagés dans le développement cantonal. Ce qui n’est pas rien, j’en conviens, mais qui est largement insuffisant. En vrai, dresser le bilan statistique de l’Etat n’est pas chose prioritaire. Ce qui l’est, par contre, c’est essayer de répondre à la question de l’usage que l’on a fait de l’Etat depuis sa naissance. Qu’avons-nous fait et que faisons-nous de la souveraineté cantonale ? Question cruciale, existentielle, qui en précède une autre : l’état d’esprit qui a présidé à la création du canton du Jura a-t-il été préservé, et constitue-t-il toujours le levier de progrès sur lequel nous misions ? Et ma foi, j’ai bien peur que la réponse ne nous déçoive un brin. Les autorités politiques ont-elles assumé leurs responsabilités face au formidable projet social, économique et culturel conçu par les fondateurs de l’Etat jurassien ? J’ai crainte que la réalité ne nous plonge parfois dans l’embarras. Quand je vois par exemple le résultat de la récente votation sur l’éligibilité des étrangers, à quoi d’autre pourrais-je penser qu’à une grave défaite, sinon des institutions républicaines, du moins des forces partisanes ? Oui, les votations populaires sont riches d’enseignements sur l’objectivité de nos partis. Leurs communiqués sont significatifs à cet égard : s’ils n’y réclament pas quelques victoires indues, ils accusent l’autre d’avoir failli à son devoir d’engagement quand ils sont contraints d’en partager l’échec ! Un mauvais spectacle. Pour en revenir à mon propos initial, je dois avouer, et vous l’aurez compris, que je suis quelque peu déçu de l’usage qu’on fait de la souveraineté cantonale, cet instrument de notre indépendance et de notre liberté. Ne croyez pas que je dise cela avec plaisir. Je suis profondément attristé de nos dysfonctionnements, imperfections et incapacités à nous remettre dans la marche de l’histoire, celle d’un canton plein de bonnes et saines ambitions, qui porte l’imagination au pouvoir et ravale les intérêts privés, de ceux dont la seule motivation reste leur petite gloire personnelle et les dividendes qui vont avec, au rang où ils doivent être, c’est-à-dire en bas. Mais, si le canton du Jura est loin d’être parfait, il émane cependant d’une généreuse et grande idée. Du seul point de vue historique, c’est une belle œuvre qu’il convient de respecter, parce qu’elle découle d’une formidable conjonction de l’espoir d’un peuple avec son destin, du contrat de ce même peuple avec son histoire et les obligations de son avenir. Au-delà, il possède des atouts économiques – de toutes natures confondues – considérables. Il est au surplus un cadre de vie exceptionnel. Trivialement et sérieusement dit, le Jura fait plus envie que pitié. Le Jura est une très belle chose. Un diamant aussi une très belle chose. Mais, selon qu’il soit glissé au doigt de Javote ou de Cendrillon, son éclat varie du tout au tout en intensité. J’ai quelquefois, s’agissant de notre république, l’impression que le carrosse enchanté s’est transformé en citrouille. C’est comme ça, et il faut s’y faire, dirait ma grand-mère. Et bien non, je ne me résigne pas à ce faux fatalisme de l’histoire qui tend à réduire le Jura à l’ordinaire. C’est en fait d’une 2e république dont nous avons besoin, qui reprenne à son compte les valeurs fondatrices de la première à ses débuts, reconstruise une ambition commune, réinvente l’utopie, jette au rebut ses tares politiciennes, privilégie le débat d’idées plutôt que le caquetage des clans, se fonde sur le verbe et l’action, se préoccupe de servir le peuple, mette en valeur ses institutions et respecte les grands et universels principes que le Jura a faits siens il y a trente-trois ans. A cela, nous ne pourrons mieux nous consacrer qu’en bâtissant un nouveau projet de développement avec nos compatriotes du Jura méridional. N’en gâchons pas l’occasion, ni la chance unique. La saisirons-nous en 2008, cette chance, alors que l’AIJ déposera les conclusions de son étude et que l’Etat jurassien formulera son offre de partage de souveraineté ? En lisant le rapport 2007 du gouvernement sur la reconstitution de l’unité du Jura, je veux y croire. Et je veux, ici, une fois encore, alors que nous avons si souvent fait le contraire dans le passé, féliciter l’exécutif cantonal. Dans sa prise de position, explicitée ensuite avec beaucoup de talent et de clarté par la Ministre Elisabeth Baume-Schneider – votre ministre en quelque sorte –, il doit être remercié non seulement de sa lucidité, mais également de la netteté avec laquelle il en décrit les exigences politiques. Oui, la Question jurassienne est plus vivante que jamais. L’adoption de la loi « Un seul Jura » est la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis le Rapport Widmer. Grâce à elle, le terrain d’une vraie négociation, ouverte, respectueuse des droits et opinions des uns et des autres, est désormais dégagé. Une période fascinante s’ouvre devant nous. Celle d’une renaissance à rêver, d’une unité à restaurer, d’une nouvelle souveraineté à conquérir et à partager, d’un avenir à édifier. Dès lors, pas d’hésitation. Retroussons-nous les manches, et mettons-nous au travail.Vive le Jura libre, de Boncourt à La Neuveville !

Pierre-André Comte, Secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien (RJ-UJ)


Commentaires

  1. Faut que j'aille poser une pêche

    Posté par Le molasson — 27 Juil 2007, 18:08


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