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Le journal de Pierre-André Comte

Bilan de l'Etat jurassien

  Toujours l'expression d'un bel espoir

A la Question écrite (N° 2072) de Pascal Prince, relative au bilan de l’Etat depuis sa fondation, le Gouvernement jurassien répond à la façon « façon rond de cuir » et déroule le détail des 5 milliards investis dans la République. Il y est malheureusement contraint, car on ne dresse pas un bilan – tel que le souhaitait notre ancien collègue Michel Jobin – sur trois petites pages dactylographiées, mises au format d’un type d’intervention inadéquat.Face à la difficulté, le gouvernement s’en remet à un chiffrage financier des réalisations de l’Etat, lequel a l’avantage d’être compréhensible. Puis, conscient du volume dérisoire de sa réponse en regard de la réalité historique, formule pour conclure quelques perspectives politiques, certes intéressantes, mais insuffisantes au vu de l’attente qu’on en pouvait concevoir. Je regrette cette façon de faire parce qu’elle empêche le gouvernement d’exposer ce que nous sommes en droit d’espérer où ce qu’il aurait lui-même l’envie ou l’intérêt de nous dire. Essayons de nous concerter, la prochaine fois, cher collègue, de telle sorte qu’à l’opportunisme parlementaire se substitue une réflexion digne de la question posée. Cette réflexion, si l’opportunité (ce qui est tout autre chose) s’en était présentée, aurait mis en évidence les acquis et conquêtes les plus symboliques. Dans sa présentation, on aurait alors pu parler de la Constituante (avec ce que cela comporte de solennité démocratique), de la mise en place d’un nouvel l’Etat (avec ce que cela signifie de respect historique), de la nouvelle liberté d’agir (au sens de l’autogouvernement cher à nos amis valdôtains), de l’innovation en matière de coopération internationale, de l’ouverture au monde d’un peuple digne dans la victoire, déterminé face au déni de justice commis à ses dépens, de l’extraordinaire connivence patriotique malgré les divergences et les divisions, d’une nouvelle voix naissante du Pays romand, d’une audace législative reconnue en dehors des frontières, de la dignité civique retrouvée, d’un témoignage œcuménique déjouant tous les pronostics, de l’effervescence artistique, tant professionnelle qu’au niveau des pratiques d’amateur, de l’affirmation des valeurs démocrates sociales dans la gestion des affaires publiques, du renforcement du sentiment d’appartenance identitaire, partagé jusque dans les milieux industriels et économiques, d’une solidarité sociale qui supporte la comparaison, de l’avènement d’une capitale, essentiel pour l’affirmation de la souveraineté populaire, et de tant d’autres choses honorables. Dresser le bilan d’un Etat, ce n’est pas établir celui de ses gouvernants, lequel, s’il peut être jugé sévèrement, n’en reste pas moins secondaire par rapport à l’ampleur du projet étatique. Nous aurions pu lire ces lignes et leur développement. Dommage.  Bien qu’elles soient un instrument de gestion des politiques publiques, ce ne sont pas de démonstrations statistiques dont a besoin l’Etat jurassien. C’est d’une conduite politique, d’un parlement qui légifère, d’un gouvernement qui gouverne, et au bout du compte d’un peuple qui croit encore au rêve réalisé il y a trente ans.  Alors, je me mets dans l’attente du rapport gouvernemental sur l’unité du Jura qui, j’en suis sûr, ne jettera aucun voile de mère-la-pudeur sur l’orgueil et la fierté d’avoir été et d’être Jurassiens, d’avoir à ce titre des ambitions, un langage claire face à la restauration de notre unité, une volonté affirmée de corriger les erreurs de l’histoire. Le Jura reste un bel espoir. Il n’est pas question de le laisser choir entre des mains moites ou de le laisser presser contre des cœurs froids.

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