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Le journal de Pierre-André Comte

Droit d'éligibilité des étrangers

 Tous résidents, tous citoyens, tous égaux !

Instituer le droit d’éligibilité des étrangers dans les exécutifs com­munaux, c’est rendre un acte de justice, conforme à l’esprit d’ou­verture d’un canton du Jura «mo­dèle » et moderne voulu par ses fondateurs. Il y a trente ans déjà, la thèse défendue par les pères de l’Etat avait prévalu dans son prin­cipe au sein de l’Assemblée consti­tuante. On se souvient au passage que le mouvement de lutte avait même proposé que le droit de vote en matière cantonale et commu­nale soit accordé aux étrangers après cinq ans de domicile dans le canton du Jura, et non après dix ans comme actuellement. (PAC)

En 1976, à la tribune de la Constituante, Roland Béguelin, secrétaire général du Rassemble­ment jurassien, déclarait: «S’il est un domaine où nous pouvons, où nous devons aller de l’avant, c’est bien celui des droits politiques ac­cordés aux étrangers. Aussi de­vons- nous faire un pas en direc­tion de l’intercitoyenneté euro­péenne vers laquelle tendent les es­prits avancés.» De leur côté, Ga­briel Roy et Roger Schaffter esti­maient respectivement que «ceux qui paient des impôts doivent pouvoir jouir des droits politiques qui sont le corollaire de leurs obli­gations » et qu’«en faveur du droit de vote pour les étrangers en ma­tière cantonale et communale, existe toute une série de raisons touchant l’étique humaine, la jus­tice sociale, la compréhension po­litique et la solidarité».


Accorder le droit d’éligibilité aux étrangers ne signifie pas les au­toriser à s’imposer aux autres. C’est seulement leur permettre de trouver les moyens de se réaliser eux-mêmes, «dans un contexte de compréhension mutuelle et de respect réciproque, dans les de­voirs et les droits». Octroyer le droit d’éligibilité aux étrangers, c’est l’équité même. C’est manifes­ter son plus profond respect à des femmes et des hommes qui, en tant que membres à part entière de la communauté jurassienne, parti­cipent à ses luttes, à ses progrès économiques et sociaux, à son équilibre politique et à son éman­cipation culturelle.

Personnellement, j’ai déjà eu il y a sept ans l’occasion d’intervenir à ce sujet au Parlement. Ainsi, dans ma question écrite du 21 juin 2000 au Gouvernement, je demandais que le droit d’éligibilité des étran­gers soit élargi à la vice-présidence et à la présidence des assemblées. Il n’y avait rien de plus logique à cela. Je reste fier de cette proposition parce qu’elle ne résultait que d’un réflexe de bon sens démocratique et de solidarité avec nos «compa­triotes étrangers». A ceux qui s’opposent au droit d’éligibilité des étrangers à toutes les fonctions communales, je pose la question suivante: que trouvez-­vous à redire au fait que, dans le Jura, alors qu’ils ne peuvent pas voter en matière constitutionnelle, on donne aux étrangers le droit d’élire des conseillers aux Etats qui se prononcent ensuite sur les mo­difications de notre Constitution? Tout cela en vérité est absurde, et montre que refuser le droit d’éligi­bilité tel qu’il est prévu ne résiste pas à la critique. Il faut mettre un terme à ce contresens, et s’engager pour un Jura moderne, capable de se ressaisir et de montrer l’exem­ple.

Ce qui compte, c’est de respec­ter les droits fondamentaux des étrangers au sens de la Déclaration universelle des droits de l’homme et, ce faisant, leur permettre de s’exprimer sur l’organisation du pays à la construction duquel ils participent autant par leur contri­bution fiscale que par leur apport intellectuel et humain. Au­jourd’hui comme hier, il faut construire quelque chose de bien, de neuf, de généreux. Nous le pou­vons en votant oui le 17 juin pro­chain.  (PAC)


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