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Le journal de Pierre-André Comte

José Manuel Barroso à Lausanne

50 ans de construction européenne

La Fondation Jean Monnet pour l’Europe proposait, ce mardi 12 avril à l’Université de Lausanne, une conférence de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, intitulée « Europe : 50 ans de petits pas pour de grandes avancées ». Devant l’auditoire comble de l’Anthropole, ce grand rendez-vous européen a été ouvert par le Professeur Bronislaw Geremek, ancien Ministre des affaires étrangères de Pologne, et par le Professeur Dusan Sidjanski, président du Centre européen de la Culture. Aux côtés des très nombreux auditeurs, j’ai assisté à une prestation éblouissante de M. Barroso. J’en résume ici (suite) les passages qui m’ont particulièrement frappé. (PAC)

Personnalité attachante et doué d’un incontestable pouvoir de séduction, le président de la commission a livré une analyse optimiste de la construction européenne. L’Europe, a-t-il commencé par dire, se situe « dans une période charnière, 2007 étant une année où le passé croise l’avenir ». Revenant sur les célébrations du 50e anniversaire du Traité de Rome, il a souhaité que les succès de l’union ne soient pas retirés de son bilan. Il y a un demi-siècle, de grands hommes se sont levés pour mettre l’Europe sur la voie de la réconciliation, de la liberté et de la solidarité. Parmi eux Churchill, Denis de Rougemont, Schumann, De Gasperi, Spaak ou Adenauer. Le génie de Monnet aura été, avec ces grandes consciences, de rassembler les hommes autour d’une volonté collective de dépassement des préjugés et des frontières. Il lui a fallu une infinie patience et cette intime conviction sans laquelle l’action est vaine. José Barroso a rappelé les paroles de Monnet : « Je sais attendre ! A Cognac, on sait attendre », répétait-il dans une allusion à la tranquille bonification du nectar en fût de chêne… Il fallait faire preuve de sagesse face aux difficultés naturelles que rencontrerait le projet européen, et l’on reste stupéfait par les progrès accomplis dans l’étincelle de temps que représente un demi-siècle à l’aune de l’histoire humaine. « 50 ans de petits pas pour de grandes avancées » ! s’est exclamé M. Barroso, ajoutant que l’Europe n’a jamais été qu’une « aspiration à la liberté ». Liberté, solidarité économique (par exemple entre les régions) et justice sociale, tels sont les fondements de cette « première puissance commerciale du monde ». Selon le président de la commission, « l’Europe a accompli des prouesses dans les domaines de la liberté et de la solidarité, et elle doit maintenant consolider les acquis du passé ». Tel est l’engagement pris dans la récente « Déclaration de Berlin », à l’occasion du cinquantième anniversaire du traité fondateur.

Visionnaire, Jean Monnet avait dit en 1954 que les Etats européens étaient trop petits face aux Etats-Unis et à la Russie et, ajoutait-il, « demain face à la Chine et à l’Inde ». Nous y sommes, s’est exclamé José Barroso. Solidaire, l’Europe peut tout. Dispersée, elle ne peut rien. Comme une évidence ! Dans la « Déclaration de Berlin », il est fait mention de la nécessité de réformer les processus institutionnels car, affirme son rédacteur, « la demande des citoyens pour plus de transparence et de démocratie dans les décisions » est grande. A cette exigence des gens, il faut répondre « par une plus forte capacité d’agir ».

S’agissant des rapports de l’Europe avec le monde, M. Barroso s’est plu à démontrer qu’« une diplomatie commune, qui n’exclut pas les diplomaties nationales, mais qui apportent une valeur ajoutée à l’Union » est plus à même de défendre les intérêts de l’ensemble, et donc de chaque pays pris individuellement dans un contexte de mondialisation de l’économie. «Dans un contexte mondialisé, a répété José Barroso, le nationalisme exacerbé est gravement contre-productif » ! Et de conclure sur ce point par cet aphorisme : « La dimension européenne est une simple observation de bon sens » !

Après le rejet du Traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, on aurait pu sombrer dans la dépression. « Nous avons fait le contraire, a affirmé le président de la commission, nous avons dit : faisons l’Europe des résultats ! » La crisophilie (néologisme né dans la bouche de M. Barroso) est destructrice, il faut en combattre les assauts récurrents. D’abord, a indiqué le conférencier, « si le Traité constitutionnel a été rejeté par les peuples français et hollandais, il n’en reste pas moins qu’il contient des solutions très intéressantes ». C’est dans leur pleine compréhension que, pour la première fois, « une politique énergétique pour toute l’Europe » a pu être envisagée et est en phase d’élaboration. C’est « l’Europe des résultats » qui crée les conditions de l’Europe politique. Fait exceptionnel, cette problématique (politique énergétique et sécurité de l’approvisionnement) a été liée à celle relative au réchauffement climatique, ce qui constitue un pas considérable dans la prise de conscience planétaire pour la protection de l’environnement. Dans quelques jours, M. Barroso et Angela Merkel se rendront à Washington pour exposer les positions européennes dans ce domaine vital pour la survie de la planète. Soyez certains, renchérit José Barroso, que « l’Europe à 27 compte plus que celle à 12, et que ses partenaires, étonnés qu’on puisse rassembler autant de pays autour d’un même projet, la respectent toujours plus ! »

La Suisse et l’Europe ? L’Europe peut s’inspirer du fédéralisme helvétique. D’un fédéralisme qui ne soit pas centralisateur, mais respectueux de la diversité. D’un fédéralisme fondé prioritairement sur le principe de subsidiarité, ce principe dont certains disent qu’il nous vient du Moyen-Âge, c’est-à-dire de très loin. José Barroso reste serein face à l’insularité de la Suisse : « C’est la meilleure démonstration, pour vous Suisses, que l’Europe n’est pas impérialiste ». Il ajoute cette trouvaille personnelle: « L’Europe est un empire non impérial ! » L’Union, a tenu à préciser son principal représentant, respecte les spécificités suisses. La Confédération est un pays européen par excellence, et les valeurs suisses sont des valeurs européennes, a poursuivi José Barroso. C’est un pays de facto plus intégré que beaucoup de pays membres, mais l’Europe n’exerce sur elle aucune pression. La volonté de son peuple est souveraine et le restera. Et le président de la commission de lancer sa boutade : « La Suisse, c’est un peu comme le village d’irréductibles Gaulois que les soldats romains ne veulent pas conquérir ! » Si la Suisse veut adhérer à l’Europe, elle est la bienvenue, mais cela se fera sans la force, sans conquête, «seulement en vertu de sa volonté », conclut l’orateur. La méfiance des peuples à l’égard de l’Europe ? La commission n’est pas indifférente à « l’exigence de démocratie », et son président remarque que le problème vient aussi de la distance grandissante entre dirigeants et citoyens dans chacun des Etats de l’Union. Selon les enquêtes d’opinion en possession de la commission, les citoyens font encore moins confiance aux partis nationaux qu’aux institutions européennes ! Ainsi, l’Europe a trop souvent bon dos ; elle ne doit pas supporter les carences nationales dont elle n’est évidemment pas responsable. On connaît bien cela dans la bouche des politiciens français : quand ça ne va pas dans l’hexagone, c’est la faute de l’Europe ! Trop facile en vérité. Et José Barroso d’en appeler à l’éthique de la responsabilité telle qu’elle a été sujet de réflexion chez Max Weber. Il a eu cette conclusion : « On ne peut pas critiquer l’Europe du lundi au samedi et espérer que le peuple votera pour elle le dimanche » ! Tous les europhiles angoissés et les eurodépressifs devraient y penser avant que de minimiser les formidables espoirs que génère l’Europe au fil des jours où elle se construit… José Barroso a convaincu l’assistance. Il m’a personnellement conforté dans l’appréhension résolument positive que j’ai de la construction européenne, autant que de l’inspiration que peut lui insuffler un fédéralisme tel celui que la Suisse se doit de préserver dans ses frontières. Vive l’Europe ! Pierre-André Comte

Commentaires

  1. L'Europe est un objectif. Mais il faut être prudent. Brusquer les choses risque de les compromettre. L'engagement pour l'Europe doit être modéré. Merci d'y penser.

    Posté par J. Steullet — 19 Avr 2007, 10:22


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