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Le journal de Pierre-André Comte

Littérature et politique

Mignonne, allons voir...

C'est le titre d'un livre brillant de Marc Lambron (acquis à la Page d'Encre à Delémont). Parfois trop à travers quelques passages lustrés à un esthétisme littéraire qui peut paraître pédant (pardon pour cette outrecuidance !). Mais vraiment brillant, que l’on avale en moins de trois heures en lecture lettres à mots et mots à phrases. Voilà pour la forme. Sur le fond, l’analyse est passionnante, mordante, corrosive, quelquefois même enfiellée. Ségolène Royal y est décrite dans son amnésie (elle a été 25 ans dans les arcanes du pouvoir, au parti, au Conseil des ministres et à l’Elysée) au service d’une virginité à propos de laquelle les Français commencent à se poser des questions. « Avec Ségolène, la gauche avoue son immense désir de droite», décoche l’auteur. Ça fera plaisir à ses égéries du coin ! « Le thème de l’ordre juste, inspiré de saint Thomas d’Aquin, vient d’une encyclique de Benoît XVI. Même si Ségolène ne va plus à la messe, puisqu’elle l'a dit elle-même, on sent très bien dans son discours une dispersion du christianisme en particules élémentaires : le souci de la famille, le respect de l’enfant, la compassion spectaculaire, le prêche moral. » On appréciera comme on voudra. Revient aussi, comme chez Besson, l’ex-conseiller économique dont le livre vengeur sortira ce mardi 20 mars, la description d’une sorte d’irrépressible « volonté de pouvoir personnel » chez Ségolène. La tueuse « d’éléphants » qui « flique ses enfants », comme elle l’a avoué, se préparerait-elle à fliquer la France ? Au-dessus de cette France transformée «en gigantesque réunion Tupperware » règnera-t-il une «Mère la Pudeur », comme jadis un « Père la Victoire », alias « Le Tigre », alias Clémenceau (l'allusion n'est ici qu'effet de manche sans rapport avec le sujet, cela va de soi), rigidement engoncée dans son tailleur immaculé, prête à taper sur les doigts des impertinents et sauvageons chers à Jean-Pierre Chevènement ? L’avenir, et surtout les Français en décideront. Pour le reste, la description du naufrage programmé de l’ex-trotskiste Jospin butant sur l’obstacle du petit postier révolutionnaire est admirable de réalisme. Un point de désaccord : quelques soupçonneuses diatribes à l’encontre de François Mitterrand, mon idole malgré les critiques les plus sombres. A propos de Ségolène, le philosophe Alain Finkielkraut, jamais en reste d’une cruauté intellectuelle, parle de « vacuité maternante » ! Pour Lambron, on trouve chez elle «l’enfant de l’armée-Etat-parti qui habille de fanfreluches participatives une poigne de fer et un tempérament d’autocrate »… Mais, au risque d’être qualifié d’affreux misogyne par les misandres de tous poils qui peuplent nos contrées, n’en disons davantage. Excellente lecture donc que celle de Mignonne, allons voir… de Marc Lambron, chez Grasset. (PAC)


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