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Le journal de Pierre-André Comte

Rêve de Ramuz

C'est la montagne qui est tombée...

J’ai rêvé. J’étais au sommet de la Quille du diable, que j’avais jadis gravie au service militaire. Au Nord-Est, il y avait le glacier de Tsanfleuron, puis après un quart de tour de tête, du surplomb j’ai vu le vallon de Derborence et son éboulement, immortalisé par le roman de Ramuz. Justement. C’est qu’avant de fermer l’œil, si tard dans la nuit, j’ai relu quelques chapitres de «Derborence», ainsi XI : « Derborence, le mot chante triste et doux dans la tête pendant qu’on se penche sur le vide, où il n’y a plus rien, et on voit qu’il n’y a plus rien. C’est l’hiver au-dessous de vous, c’est la morte-saison tout le long de l’année. Et si loin que le regard porte, il n’y a plus rien que des pierres et des pierres et toujours des pierres. Depuis deux cents ans à peu près. Seul quelquefois un troupeau de moutons se montre dans ces solitudes, à cause d’un peu d’herbe qui y pousse, là où la roche lui laisse la place de percer ; il y erre longuement comme l’ombre d’une nuage. » (…) Ramuz, merveilleux, le style, la langue qui se façonne, se taille, authentique, profonde, qui ne vieillira jamais. (PAC)


Commentaires

  1. Par sa vie, calquée sur le rythme des saisons, conditionnée par la naissance, la mort, les déchaînements de la nature et l'amour, le paysan représente aussi le créateur. Cela explique pourquoi Ramuz lui accorde une dimension proprement métaphysique (Besoin de grandeur, 1938). Dès lors, le récit prend une expression tragique, sous la menace des forces naturelles qui donnent à l'Å“uvre toute sa puissance et toute sa singularité (la Grande Peur dans la montagne, Derborence).

    Posté par memo.fr — 19 Dec 2006, 11:28


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