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Le journal de Pierre-André Comte

Nécessité du plurilinguisme

Le temps d'agir

« Tous plurilingues! Osons ce rêve pas si fou. Car quel plus bel horizon, quelle plus stimulante ambition que de devenir les passeurs du monde de demain? Promouvoir la maîtrise des langues comme passeport pour l'intelligence, comme viatique pour le monde global dans ce qu'il a de meilleur: la Suisse est-elle prête à se mobiliser pour relever ce formidable défi? Un signal fort vient d'être donné en Suisse alémanique. L'heureuse décision des citoyens zurichois de ne pas réduire l'enseignement du français à une peau de chagrin pousse les Romands à balayer devant leur porte. Prêtant trop vite aux Suisses alémaniques l'intention de vouloir sacrifier le français au profit de l'anglais, s'érigeant en avocats de la cohésion nationale, les cantons romands ont en effet surtout brillé dans une posture défensive. Qu'ils apportent aujourd'hui à leur tour la preuve de leur détermination à concevoir un enseignement ambitieux des langues étrangères. » François Modoux - Mercredi 29 novembre 2006 - Langues: que les cantons romands fassent leurs preuves! (Editorial du Journal « Le Temps »)

Tout est juridiquement et institutionnellement en place dans le Jura pour entreprendre quelque chose. Et cela depuis le 19 janvier 2000, date à laquelle le Parlement jurassien a adopté la motion 605 (promotion d’une éducation bilingue précoce) que j’avais eu l’honneur de déposer au nom du Groupe parlementaire socialiste, contre l’avis du gouvernement qui ne voulait pas «agir dans la précipitation » !… Mettons-nous à l’ouvrage, et nous serons en cohérence avec nos décisions politiques. (PAC) Voir le contenu de cette motion sous suite.

Parlement jurassien

Motion N°605

Motion acceptée le 19 janvier 2000 par le Parlement jurassien

Promotion d’une éducation bilingue précoce, base d’un enseignement plurilingue

La nécessité d’une plus grande ouverture culturelle et linguistique, maintes fois affirmée par les plus hautes instances de l’Union européenne, figure parmi les priorités d’une majorité de ses États (dont la France). En 1984, le Conseil des Ministres de l’Éducation des Douze recommandait, comme objectif de la scolarité, « la connaissance pratique de deux langues en plus de la langue maternelle ». Le Traité de l’Union, à son article 126, affirme le principe suivant : « L’action de la Communauté vise à développer la dimension européenne dans l’éducation, notamment par l’apprentissage et la diffusion des langues des États membres ». Il est donc nécessaire aujourd’hui, de définir une « stratégie du plurilinguisme », comme l’a souhaité le Conseil Européen en 1995.

Dans son programme de législature (1999-2002), le Gouvernement jurassien entend « dynamiser globalement l’apprentissage des langues », à travers un effort qui portera « sur l’anticipation, l’intensification, la professionnalisation et la diversification de l’apprentissage des langues ». Même si la définition de son ambition en cette matière paraît manquer de clarté, on doit se féliciter du fait que le Gouvernement s’intéresse à cette question vitale pour l’avenir de notre jeunesse.

Construit sur les valeurs universelles que sont la justice sociale et la coopération entre les peuples, nommément inscrites dans le préambule de la Constitution, l’État jurassien se doit, au moment d’aborder le 3ème millénaire, de concourir à l’amélioration de la compréhension et de la communication entre les peuples. Réalisant aussi que l’accès démocratique au savoir passe par la maîtrise de plusieurs langues, et que favoriser un tel accès à tous est un devoir au moment où se développe dans de nombreux pays un enseignement privé des langues, coûteux et élitiste, la République et Canton du Jura est toute désignée pour faire œuvre de pionnière en mettant en place une politique pluraliste des langues, dans tous les domaines d’activité, notamment par la promotion d’une éducation bilingue précoce, base d’un enseignement plurilingue.

Dans cette perspective, nous demandons au Gouvernement :

1. de créer les conditions d’un environnement social, intellectuel, médiatique, qui favorise l’avènement d’une politique linguistique reposant, d’une part sur la défense de la langue française et du patrimoine culturel qui s’y rattache, d’autre part sur le plurilinguisme ;

2. de promouvoir un plurilinguisme fondé sur une éducation bilingue à la base, notamment par :

2.1 l’acquisition précoce (dès le début de l’école maternelle), en plus de la langue maternelle, d’une seconde langue, en donnant la priorité aux langues nationales ;

2.2 la poursuite de l’apprentissage de cette seconde langue dans l’enseignement primaire, par approche véhiculaire, c’est à dire en utilisant deux langues pour l’acquisition de compétences disciplinaires tout au long du cursus scolaire et jusqu’à l’université ;

2.3 l’apprentissage intensif et transdisciplinaire d’au moins une troisième langue vivante dans l’enseignement secondaire, de telle façon qu’en fin de scolarité l’élève puisse s’exprimer en trois langues, ce qui devrait constituer l’éventail normal des connaissances et pratiques linguistiques au XXIè siècle ;

2.4 la mise à disposition des enseignants et des autorités éducatives d’un réseau informatique, ainsi que d’une banque de données, facilitant les échanges d’informations et d’expériences ;

2.5 l’étude, en concertation avec les régions proches et/ou les cantons voisins, d’un grand programme d’échanges d’enseignants, condition sine qua non à la mise en place d’une politique linguistique telle qu’elle est conçue dans la présente motion ;

3. de favoriser l’étude des langues des grandes civilisations anciennes et modernes, afin de sauvegarder et promouvoir les enseignements littéraires.

Nous demandons enfin au Gouvernement d’envisager la mise en place d’un Conseil jurassien des langues, afin d’ouvrir le dialogue nécessaire entre les représentants de toutes les professions et de toutes les disciplines, pour leur permettre de dégager les grandes lignes d’une éducation linguistique adaptée au Jura, mais aussi propre à faciliter la communication internationale et à préserver le riche et inaliénable patrimoine linguistique et culturel de l’humanité. Les décideurs, formateurs, chercheurs, chefs d’entreprise, enseignants, hommes et femmes des médias et élus seraient ainsi appelés à soutenir l’exigence d’une nouvelle politique des langues, en particulier par une campagne d’information du grand public, des parents d’élèves, des étudiants et des élèves, sur les orientations et les enjeux (culturels, mais aussi financiers) de cette politique.

Pour le Groupe socialiste :

Pierre-André Comte

Delémont, le 15 septembre 1999 (date du dépôt de la motion)


Commentaires

  1. Cela nous change des théories linguistiques en vogue il y a trente ans. Mais je comprends bien la volonté de s'adapter aux situations nouvelles et ainsi préconiser une politique qui préserve, non seulement les intérêts des nouveaux citoyens, mais aussi, et presque surtout, ceux de la collectivité toute entière face à la "l'uniformité culturelle" dont rêvent certains républicains américains. J'approuve.

    Posté par Louis Carnal — 30 Nov 2006, 10:45


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