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Le journal de Pierre-André Comte

Le Jura et ses Eglises

Répondre aux interrogations des gens

On m’a interrogé avant-hier sur la situation des « Eglises » dans le Jura. Un sudiste inquiet des propos que l’on tient parfois en certains milieux violemment réfractaires au canton du Jura. Je lui ai alors indiqué qu’il y a vingt-sept ans, bien des gens ont salué l’originalité de notre Constitution. Ils avaient raison, car notre Charte fondamentale émanait de ce peuple exemplaire sous bien des aspects, à commencer par celui d’un attachement viscéral à la fraternité humaine. On nous contestait nos droits fondamentaux, notre lutte d’indépendance. On nous avait beaucoup reproché notre esprit rebelle, on remarquait notre sens de l’intérêt général et de la sincérité de nos convictions démocratiques. Il m’a compris, et restait offusqué des attaques portés contre ces « cathos » du Nord. Après notre entretien, rentré chez moi, j’ai retrouvé le discours que j’avais eu l’immense honneur et le plaisir rare de prononcer, en tant que président du Parlement, à l’occasion du 25ème anniversaire de l’Eglise réformée évangélique du Jura. C’était à Saignelégier, le 3 septembre 2004. (PAC)

« Sans doute, le passé fut triste ;

« Pour que demain comble nos vœux,

« Sachons toujours dire : - J’existe ;

« Sachons aussi dire : - Je veux. »

C’est la dernière strophe de « L’Âme jurassienne » de Virgile Rossel. Admirable, et résonnante comme l’hommage noble du poète à son peuple. Vous avez osé. Solidifiés à jamais par votre foi, vous avez dit « je veux », comme nous l’avons tous dit au matin de la liberté promise. En cela, vous avez donné à la famille ce qu’elle attendait légitimement de vous. Nous avions à l’esprit cette parole de Vinet : « Si j’avais à choisir entre l’abondance dans la servitude et la pauvreté dans la liberté, je choisirais encore la liberté, car la liberté c’est la vie. » La liberté, et de l’éthique de la liberté, voilà un sujet qui, sous le regard théologique, doit susciter mille questions, tant d’approximations et tant de doutes.

Dans les années septante, un professeur bâlois avait remarqué que les Eglises évangéliques réformées s’étaient dotées au milieu du XIXème siècle de leurs propres organes et qu’elles avaient franchi un pas décisif sous la Constitution de 1874, en s’organisant à l’image de l’Etat démocratique. Le chanoine Fernand Boillat constatait quant à lui que, dans le Jura, l’Eglise catholique avait été influencée par ce régime. Il concluait à la possibilité d’une complémentarité entre le processus de démocratisation propre aux Eglises évangéliques réformées et le processus de séparation et d’indépendance propre à l’Eglise catholique, précisant que « c’est ensemble seulement que ces deux Eglises pourront aborder le problème de leurs rapports avec l’Etat. » Juste prévision en vérité. Les Eglises ont parfaitement joué le jeu, trivialement dit. Reconnaissons-leur ce mérite immense alors que de mauvais esprits leur prédisaient plutôt l’enfer de la discorde.

L’homme est un être qui parle, voilà toute la philosophie des Jurassiens. L’homme est aussi un être de réflexion. Nous ne l’avons pas négligé. L’Eglise réformée l’a privilégié. Nos Eglises y ont travaillé. Je me sens partie de l’ensemble, ensemble cohérent, une idée généreuse, le sens vital de l’homme à préserver. (…) PAC


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