Des politiques novatrices
Naissance de l'association ALTER EGO JURA
L’Association ALTER EGO JURA a été officiellement fondée hier soir (2 novembre 2006) à Glovelier. Elle s’est donnée des statuts présentés par M. Konrad Baumann et a élu son premier comité. Il sera présidé par Mme Annette Henzelin, maire de Damphreux. Invité à transmettre un message à l’assemblée, j’ai eu l’occasion de livrer mon sentiment sur la démarche d’Alter Ego. Je l’ai assorti d’un projet de motion qui demande l’adoption d’une Loi instituant un Conseil des aînés. Celui-ci aurait notamment pour mission de tenir informé le ministre de la santé sur les questions relatives aux aînés. Cette proposition sera déposée si elle est jugée opportune notamment par ALTER EGO et l’AVIVO. La réflexion se poursuit donc autour des mesures indispensables à prendre pour lutter contre la maltraitance des personnes âgées, un problème qui va malheureusement en s’amplifiant dans nos sociétés dites modernes. On trouvera ci-dessous le texte de mon intervention du 2 novembre 06 à l’Assemblée constitutive de l’association jurassienne. (PAC)
CREATION DE L’ASSOCIATION ALTER EGO JURA - JEUDI 2 NOVEMBRE 2006 - Message de M. Pierre-André Comte, Député, Président du Groupe parlementaire socialiste
Mesdames, Messieurs,
Je ne sais pas si vous avez fait le bon choix en me conviant à votre assemblée constitutive. La campagne électorale, en effet, révélatrice de la nature humaine, dans ses coins sombres et son absence de scrupules, ne m’a pas permis de poursuivre un objectif qu’une compagnie d’âmes sœurs espérait activement qu’il ne fût jamais atteint. Rassurez-vous cependant, je ne suis pas ici pour me plaindre. Et de toute façon, comme le dit le Coran, Dieu aime ceux qui persévèrent. Je ne suis pas du genre à abandonner. C’est donc en ma qualité de simple député que je vous remercie de votre aimable invitation et vous livre mes sentiments, doublés d’un engagement personnel à vos côtés au sein de l’institution parlementaire.
Où pourrais-je agir en premier lieu en votre faveur ? Il y a d’abord l’article 4 de vos statuts, et son chiffre 2, qui porte à la somme de ses ressources les « subsides des autorités ». Au passage, merci d’utiliser ce beau mot de la langue française, qui sous-tend une aide au titre de « secours », c’est-à-dire personnalisée dans son octroi, qui se différencie de « subvention », cette aide de l’Etat plus « impersonnelle » et souvent frappée d’indifférence morale. Dans la mesure de mes moyens, avec d’autres, je vous soutiendrez, parce que votre action est « malheureusement » utile, plus, indispensable. Là où la dignité humaine est en jeu, tout doit être mis dans la résistance collective au bout de laquelle s’impose la justice et surgit l’apaisement.
Le 20 mars 2002, je posais au Gouvernement une question écrite sur l’action de l’Etat en matière de maltraitance des personnes âgées. Je remarquais, comme vous, que si la maltraitance des enfants fait à juste titre l’objet d’une préoccupation constante dans la société moderne et démocratique, il en est une autre qu’on éprouve bien de la peine à discerner ou à faire reconnaître, qui est loin d’être minime selon les constats dressés par des professionnels de la santé, en milieu hospitalier ou hors de celui-ci. Plus tard, vous m’avez fait l’honneur de m’exprimer devant votre assemblée en formation – j’aurais pu dire en gestation. Je faisais alors allusion à l’objectif que pouvait se fixer Alter Ego : favoriser les échanges culturels et sociaux à partir d’activités de découverte, de solidarité et de coopération. Un objectif tourné vers l’autre, vers ce soi-même qu’on voit si promptement étranger, l’autre au sort indissociable, pour en revenir à l’étymologie du mot. Cet alter ego, cette rive d’en face, le sol d’à-côté, lieu de bonheur, lieu de misère, lieu d’humanité, lieu que nous rejoindrons tous. Personnes âgées, nous le deviendrons, le serons peut-être dans un sort contraire, dans celui où la cruauté des hommes conduit vers l’abîme de la maltraitance. Cultiver l’homme dans le terreau de la dignité. L’objectif ultime. Dans le sens de la responsabilité aussi.
D’où vient que notre société maltraite ses aînés ? D’où vient cette abomination qui salit les civilisations ? L’interrogation taraude, renvoie à nos modes de vie, à la dictature du profit individuel, à celle de l’égoïsme personnel érigé en art d’exister, opposée aux principes fondamentaux qui instituent l’homme en être d’intelligence, qui en fertilisent le transport naturel vers la compassion et la solidarité. Comment sortir de la logique réactive – indispensable, cela va de soi en l’absence de solution immédiate - et s’installer durablement dans la prévention ? Prévention par l’activité, par l’insertion, par la fraternité et le retour des valeurs ! Faut-il concevoir une politique des aînés qui dépasse la réflexion univoque, exclusivement orientée vers le traitement du mal ? Voilà les questions que je me pose. Qu’il importe, me semble-t-il, pour nous, responsables politiques, de discuter avec vous. Comment s’attaquer aux causes ? Et quelles sont-elles ? Peut-être un isolement sans apparence y est-il pour quelque chose. Je me permets, en comptant sur votre bienveillance, de vous soumettre une idée dont j’ose imaginer, sans conclure, qu’elle peut s’avérer positive dans la prévention de la maltraitance des aînés. C’est dans cette perspective-là, qu’au mois d’août dernier, j’ai demandé son avis au président d’AVIVO Suisse, relative au dépôt d’une motion parlementaire qui demande l’élaboration d’une Loi instituant un Conseil des aînés. Je n’ai pas reçu à ce jour de réponse à cette proposition, que je me refuse à déposer sans l’aval ou l’appui des associations concernées, dont la vôtre.
Un projet de motion. Parlons-en donc. Sachant que la question des aînés est une problématique qui prend une importance accrue chaque année qui passe, comment, au-delà des mesures visant à assurer le financement des retraites, les états se comportent-ils devant l’arrivée de cette population âgée de plus en plus nombreuse ? Disposent-ils, ces états, des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de ces citoyens-là, investiront-ils dans leur savoir-faire et leur expérience (ainsi que c’est déjà le cas dans quelques pays nordiques) ? Être aîné signifie-t-il être sur la voie de service… ou de garage ? La personne âgée, au même titre que l’enfant, l’adolescent ou l’adulte, a droit au bien-être et au bonheur. Et pour atteindre ce pays de droit aux facettes multiples, le respect de la vie doit embrasser tous les âges, de l’enfance à la vieillesse. L’objectif ultime est de s’assurer que la personne âgée continue de participer à la vie collective. Il est de faire en sorte que l’Etat, progressivement, se dote d’un outil essentiel permettant à l’ensemble des aînées de maintenir leur pleine participation aux enjeux qui se profilent dans notre société vieillissante, donc de mieux se protéger. Les principaux motifs qui incitent à promouvoir la création d’un Conseil des aînés sont connus, et ils sont dûment exposés dans le projet que je soumets à votre réflexion.
Sans tabou, les préoccupations d’un Conseil des aînés devraient se porter sur l’image positive du vieillissement, la promotion de la santé, le soutien à domicile, l’autonomie des personnes aînées, les proches aidants, les soins palliatifs, l’éthique appliquée au vieillissement individuel et collectif, l’euthanasie, le suicide, le deuil, le bénévolat et la contribution des aînés, la sexualité, les relations intergénérationnelles, l’organisation du travail, les travailleurs vieillissants, la retraite, la redéfinition et la réorganisation de la vie active, le traitement médiatique concernant les aînés.
La mission de ce Conseil des aînés, qui associerait de près votre association et l’AVIVO, par exemple, serait d’agir dans le sens d’une solidarité accrue entre les générations, l’ouverture au pluralisme social et le rapprochement interculturel. Il assurerait la liaison et la communication entre les aînés et l’Etat, non seulement en présentant les revendications des aînés, mais en agissant de façon active sur la définition de politiques adaptées à leurs besoins. En un mot, il serait l’agent de coordination visant à l’amélioration des conditions d’existence des aînés, donc à la prévention des maltraitances dont une partie d’entre eux sont victimes.
Cette proposition, Mesdames, Messieurs, se veut une contribution à l’oeuvre civique, politique, sociale et morale dont vous avez désormais la responsabilité. Je vous la remets donc, sous la forme écrite d’une motion parlementaire, en vous demandant de l’examiner et de m’en communiquer votre appréciation. Si elle n’est pas opportune, je l’abandonnerai, ou l’adapterai comme il vous semblera utile de le faire. Je suis à votre écoute, partant du principe qu’au-delà de ses déclarations d’intention, un membre de la représentation parlementaire a d’abord le devoir de se mettre en situation d’agir, en connaissance de cause et en conscience, en concertation et en efficacité. C’est là le fond de mon engagement politique. Les paroles, certes, les actes, assurément. Puisse donc votre comité se prononcer, puis me solliciter, m’encourager si nécessaire, ou m’inviter à abandonner l’idée, ce que je ferai sans problème si elle s’avère inappropriée. Faire quelque chose. En tout cas.
Je vous félicite, Mesdames, Messieurs, de votre démarche. Elle est méritoire. Tellement honorable. Solidaire. Elle veut soustraire à la honte de la maltraitance, à la dégradation de la dignité humaine, et à la peur de la vie, nos aînés les plus faibles. Ceux que nous pourrons être un jour sur une simple foucade d’un destin capricieux. A mes enfants de dix ans, je lisais ce matin en classe un très beau poème de Malherbe, de ceux qui vous éloignent de la superficialité aveuglante d’une société courant à l’impasse :
Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin ;
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
L’espace d’un matin. Un temps si court. Mettons-le à profit et oeuvrons, encore et toujours, contre vents et marées s’il le faut, à la prédominance de la dignité humaine, à tout âge de la vie, en tous lieux de la planète, en toute circonstance sociale et en toute conscience de nos responsabilités collectives et individuelles. Et souvenez-vous de ce vers magnifique tout droit venu des montagnes vietnamiennes : « Le bonheur est un fruit mûr qui ne demande qu’à être cueilli ». Cela pour nous encourager à être confiants dans l’avenir. Malgré tout. Félicitations à Alter Ego Jura et bon vent vers un avenir meilleur ! (PAC)
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03 Novembre 2006 à 09:05 dans
- Société


Un beau combat. Il faut être tous les jours vigilants, car la violence se pointe à toutes les interstices de la vie. Faisons en sorte que les plus faibles d'entre les faibles gardent confiance dans l'existence.
Posté par Michel H. — 03 Nov 2006, 16:47
Monsieur,
Plus on va de l'avant, plus je comprends pourquoi vous êtes fâché. J'ai écouté les seconds couteux qui prétendent gouverner. La désolation politique aggravée par la misère rhétorique. Avec ceux-là, le Jura avancera, c'est sûr. Jusqu'à l'anonymat définitif. Au secours, revevenez JFR, laissez la RTSR, on a besoin de vous! Vous auriez, Monsieur, fait un beau couple. Dommage! Vraiment. Amicalement.
Posté par J.-C.M d'Ajoie — 04 Nov 2006, 16:25