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Le journal de Pierre-André Comte

Education plurilingue

ENSEIGNEMENT – Dans l’essai « Bilingue à dix ans! », une ancienne enseignante des secondes langues et actuellement linguiste s’insurge contre le fait que huit ans d’école publique n’ont jamais réussi à rendre les jeunes bilingues. Aries Roessler publie un vibrant plaidoyer pour l’apprentissage précoce des langues. Propos recueillis par Yves-André Donzé. [Source :Le Quotidien jurassien du 12 septembre 2006]

« Effrayant. «Le francophone monolin­gue (est) une sorte d’infirme psychomo­teur pour l’acquisition des autres langues européennes.» Cette citation du linguiste Jean Petit, on peut la lire dans un essai qui sort tout chaud des Editions de L’Age d’Homme à Lausanne. Bilingue à dix ans ! Son titre ressemble à un cri du coeur de son auteur Aries Roessler: il est possible de rendre votre enfant naturellement bi­lingue. Mais attention, avertit-elle, à condition qu’on l’immerge dans une se­conde langue dès l’école maternelle et pendant au moins cinq ans, jusqu’au mo­ment où les capacités d’apprentissage ont disparu. «Au bout de cinq ans, il la maîtri­sera pour la vie.»

Et si nous repartions d’un héritage, pour reprendre la pertinente remarque de Jack Lang ? Nos « ancêtres les Gaulois » ne s’exprimaient-ils pas en celte et en latin ? J’ajouterai à cette question, celle-ci : comment sortir de la malédiction de Babel, et éviter que s’impose, à terme, la McDonalisation linguistique en Europe et partout ailleurs dans le monde, donc y compris en Suisse, pays qui, comme tous les pays de notre planète, subit un phénomène qu’on appelle le « tout anglais » (La HEP-BEJUNE va délivrer des diplômes en anglais… c’est naturellement plus intelligent qu’en français, même si c’est contraire à la Constitution cantonale !), cette tendance mortelle vers la langue et la pensée uniques, dont on voit qu’elle est en train de marginaliser les langues nationales, sans parler de langues étrangères régionales de tous les pays ? Le respect de la diversité culturelle et linguistique sont une des réponses à la menace, dans un contexte de mondialisation effrénée des moyens de diffusion de l’information.

Le projet d’éducation plurilingue, que j’ai eu l’honneur de présenter au Parlement le 19 janvier 2000 dans le développement de ma motion 605 « pour une éducation bilingue précoce », n’ignore pas notre responsabilité collective en matière de défense du français. Le français est le fondement même de l’identité jurassienne. C’est la responsabilité commune de la société, de l’Etat, des services publics, des médias, du système d’éducation, des enseignants, des parents et des étudiants de maintenir et d’améliorer la qualité du français. Rendre sa santé à la langue, c’est d’abord vivifier la santé linguistique du citoyen. Il fallait que cela soit dit. Ce projet d’éducation bilingue précoce, auquel je souscris pleinement, c’est notamment le fruit d’une réflexion menée depuis plus de cinquante ans par mon ami Jean-Marie Bressand, de Besançon, le fondateur de l’Association « Le Monde Bilingue » et de la Fédération mondiale des Villes jumelées - Cités Unies (FMCJ-CU). (PAC)

L’idée pédagogique de base est de permettre à l’enfant d’acquérir une seconde langue dans des conditions de communication réelles, passives et actives, autrement dit, faire en sorte que, profitant des « périodes sensibles » d’intégration des sons et de la plasticité des organes de phonation, l’enfant puisse assimiler une seconde langue une fois la première acquise, avec un décalage de quelques années. Durant plusieurs siècles et jusqu’au début du XXème siècle, le système en honneur de la gouvernante étrangère n’avait d’autre raison que de donner le maximum de chances, dans la vie, aux enfants de familles fortunées. Sa traduction démocratique aujourd’hui dans le cadre de la scolarité, consiste en une acquisition précoce, au niveau des classes enfantines, d’une langue étrangère.

Selon le Professeur Jean Petit, Professeur aux Universités de Reims et de Constance, un consensus s’est établi dans la recherche psycholinguistique sur plusieurs points essentiels :

un bilinguisme bien conduit n’est pas nocif pour l’enfant, il constitue, bien au contraire, un facteur de développement de l’intelligence dans des domaines aussi essentiels que celui de la pensée abstraite et symbolique (apprentissage des mathématiques par exemple);

sur le plan purement linguistique, l’enfant bilingue fournit à terme des prestations significativement supérieures à celles d’un enfant monolingue, et cela dans les deux langues;

plus l’enfant est jeune et plus l’acquisition lui est facile. C’est là une constatation expérimentale que l’on peut renouveler quotidiennement chez les enfants de familles immigrées.

Connaître une deuxième, puis une troisième langue, relève bien davantage que d’une simple technique où les mots ne font que changer d’étiquette. En fait, la maîtrise d’une deuxième langue dès l’enfance, par le moyen d’une éducation bilingue précoce et immersive, autrement dit l’acquisition de toutes les connaissances en deux langues au lieu d’une, dès le départ dans la vie, constitue en soi une véritable révolution de la pensée : elle permet de décrire au moyen de deux langues différentes le même concept, la même situation, le même objet et, ainsi, de mieux cerner la vérité des choses. Mais aussi, elle ouvre l’esprit et permet d’apprécier un autre mode de pensée, donc de s’engager sur la voie de la tolérance et de l’esprit d’universalité, des valeurs jurassiennes, intimement liées à celles, constitutives, de l’identité culturelle. (PAC)


Commentaires

  1. J'ai lu avec grand intérêt l'article ci-dessus "L'éducation plurilingue". J'ai moi-même vécu l'immersion dès avant l'école obligatoire, à tel point que je ne me souviens plus laquelle des deux langues de mon père ou de ma mère a imprégné mes premiers balbutiements.
    Je vous invite à visiter la catégorie "Langues" de mon Blog
    jepensedonc.romandie.com/category/5175/10380
    Salutations cordiales et vive le plurilinguisme!
    Jean-Pierre Ballaman

    Posté par Jean-Pierre Ballaman — 21 Sep 2006, 22:07

  2. Pour M. Comte
    Vos commentaires sur mon livre concernent enfin l'essentiel de mon propos. Jusqu'ici, les réactions tournaient souvent autour de ma personne et de ma démarche. J'espère que votre article amènera davantage de personnes à s'intéresser au formidable potentiel de l'apprentissage précoce.
    Merci de votre engagement.
    Aries Roessler

    Posté par Aries Roessler — 23 Sep 2006, 11:43

  3. Nous sommes des francophones habitant un village unilingue anglais.Nos enfants fréquentent donc une école anglophone et ce depuis les six derniers mois.

    J'ai beaucoup aimé lire cet article.Il m'a réconfortée à bien des niveaux puisque parfois, le doute se pointe dans mon esprit et je me demande si nos enfants ne seront pas désavantagés ,académiquement, vis à vis leurs camarades francophones qui vont à l'école française.

    Votre article m'a démontrée le contraire !

    Merci !

    Posté par Annie Martel — 26 Sep 2006, 18:11


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