Transfuge récidiviste
Tournons le dos à l’Union européenne, engageons-nous à fond dans la globalisation (non la mondialisation, terme qu'il utilise pour tromper son monde), arrêtons de nous préoccuper des régions périphériques et changeons de cap alors que « certaines sont déjà mortes ». Qui dit cela? Le multirécidiviste Beat Kappeler (Le Temps du 28 juillet 2006), ex-syndicaliste rallié aux thèses ultra-libérales, auquel les médias suisses accordent un crédit tellement démesuré qu’il en paraît ridicule. Et de prôner la liquidation du Département fédéral de l’économie qui, vous l’aurez compris dans les propos de M. Kappeler, ne sert à rien… Sentence couperet. Piéton, passe ton chemin… Pauvre cancre.
Pourfendeur de ceux « qui espèrent trop des autorités politiques » en matière économique, et en toutes autres d’ailleurs, Beat Kappeler nous assène dans son interview que l’UE appartient au passé, qu’on ne peut pas attendre du Conseil fédéral qu’il sauve Reconvilier, qu’on sait depuis 200 ans que les régions périphériques ne se battront jamais à armes égales avec Zurich, regrettant sans oser le dire clairement que ces régions « bénéficient des transferts financés par les gens du Plateau, de Zurich, de Genève ou de Bâle » ! Vision manichéenne, provocation gratuite, Beat Kappeler déraille, au plus grand plaisir des cuistots en gros qui nous concoctent la mise au feu du fédéralisme, de la solidarité fédérale et des principes démocratiques qui en découlent.
En ouverture de la session du 19 novembre 2003 du parlement, je formulais ainsi une question orale au gouvernement, relative à la nouvelle politique régionale de la Suisse. « On parle beaucoup, dans les «milieux autorisés», de la nouvelle politique régionale de la Confédération. On a en particulier pu entendre quelques spécialistes de la haute voltige économique s’exprimer à ce sujet avec leur arrogance coutumière. Des transfuges se sont également distingués par leur «modération». Cela a été notamment le cas du ci-devant Beat Kappeler, éditorialiste et ancien syndicaliste. Pour lui, une situation permanente de stress chez ses amis banquiers justifie le fait de considérer les paysans de montagne comme une sorte de confrérie d’assistés – c’est tout juste s’il ne les traite pas de paresseux, de désœuvrés, voire de fainéants! – dont le sort importe peu en regard des intérêts économiques de la Bahnhofstrasse de Zurich. Dans le prolongement de ce lamentable discours, on perçoit l’intention de ces messieurs de dynamiter l’aide publique aux régions périphériques. Monsieur le Ministre, est-il envisageable de faire au niveau du canton du Jura pour contrer les dérives belliqueuses de ce type d’énergumènes, dont les exploits financiers – de certains en tout cas – sont connus de tous? Comment le Gouvernement envisage-t-il (et le peut-il) de prendre le saut avant le lièvre et se manifester pour défendre l’idée d’un équilibre économique qui donne suite aux revendications légitimes des régions de montagnes ou excentrées, telles que le Jura, dans le sens bien compris de l’entente confédérale ? » M. Jean-François Roth, ministre de l’Economie m’avait alors répondu en préambule : « Il ne faut pas se laisser trop provoquer par Beat Kappeler puisque c’est ce qu’il cherche dans le fond. Un jour, il veut supprimer l’agriculture; le lendemain, il veut concentrer toutes les activités économiques à Zurich. En fait, on est là surtout pour le contrer ». Il concluait par ces propos : « Ceci pour vous dire que le débat ne fait que commencer. Il faut être vigilant; il faut prendre ce qu’il y a de bon mais il faut aussi défendre les intérêts d’une région comme la nôtre, qui était en fait soutenue, notamment à travers des instruments comme la lex Bonny ou la loi sur les régions de montagnes. » Nous étions tous d’accord avec cette profession de foi.
Un simple provocateur Kappeler ? Je me souviens d’une de ses récentes déclarations à la télévision, dans laquelle il préconisait qu’on parle l’anglais aux Chambres fédérales, en affirmant que maintenir les débats dans les langues nationales ne servait qu’à perdre un temps précieux ! Simple provocateur ? Fossoyeur du fédéralisme, oui. A combattre avec énergie, malgré la notoriété du personnage.
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31 Juillet 2006 à 14:02 dans
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