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Le journal de Pierre-André Comte

Vellerat: 10ème

Plusieurs orateurs ont célébré le 10ème anniversaire du transfert de Vellerat à l'Etat jurassien. Depuis la gauche: Marcel Dupré, conseiller communal, président de la section locale du MAJ; José Happart, président du Parlement wallon; Pierre-André Comte, maire de Vellerat en 1996; Elisabeth Baume-Schneider, présidente du Gouvernement jurassien; Charles Juillard, président du Parlement jurassien; Stéphane Rötheli, maire de Vellerat.

Samedi 10 juillet 2006, les Jurassiens étaient invités à célébrer le 10ème anniversaire du rattachement de la commune de Vellerat à la République et Canton du Jura. Au cours de la partie officielle, les orateurs se sont plu à rappeler que le combat de la petite commune jurassienne était exemplaire et méritait d'être salué comme tel. La fête s'est déroulée dans cette excellente ambiance conviviale qu'apprécient les gens du pays...

Discours de Pierre-André Comte, maire de Vellerat en 1996 - Extraits

Il y a exactement dix ans, la « commune libre » de Vellerat rejoignait la République et Canton du Jura. Au terme d’une lutte de plus de vingt ans, nous obtenions le droit de réaliser un vœu dont on avait reconnu la légitimité. L’Etat jurassien accueillait une communauté villageoise qui devait lui revenir par la force des choses. La Question jurassienne était marquée d’une nouvelle pierre blanche. Nous avions, pour en arriver là, déployé beaucoup d’efforts. Il nous avait fallu faire preuve de courage, d’abnégation et d’une incomparable détermination. Vingt ans auparavant, englué dans le scandale des « caisses noires », le canton de Berne ne nous avait laissé aucune illusion : il s’opposerait avec force pour nous empêcher de lui causer le tourment de la perte d’un territoire, si petit soit-il. Il consacra son énergie à contrecarrer nos droits, malgré la promesse formelle qu’il nous avait faite le 8 octobre 1975, savoir rejoindre le nouveau canton dès son entrée en souveraineté. Rétrospectivement, on reste stupéfait devant l’obstination bernoise à nier la volonté de Vellerat. On reste ébahi face à une obsession parfaitement stérile qui, au surplus, nous offrait le beau rôle et nous rendait célèbres… un peu partout dans le monde. Je dis cela sans vanité aucune, mais je me rappelle avec un certain plaisir les reportages faits sur nous au Japon, en Colombie, en Amérique, en Angleterre, en Pologne, en Arabie ou aux Indes, relatant ce que les journaux qualifiaient à l’époque « d’épopée de la commune libre de Vellerat ». Berne se ridiculisait, la Confédération comme à son habitude dans la Question jurassienne, restait sourde et muette, tout en dispensant discrètement sa généreuse complicité au gouvernement bernois. Nous avons gagné. Mots judicieusement choisis en cette époque de l’année. Oui, une victoire sur la puissance étatique d’un géant cantonal, sur l’indifférence d’un pays endormi. Oui, une belle et magnifique victoire acquise au gré du courage et de la fidélité jurassiennes. Qui n’aurait cependant pu être possible sans la solidarité des Jurassiens, des mouvements militants, du MAJ au Groupe Bélier, en passant par l’AJE et l’AFDJ, solidarité de ce peuple qui sait à ses heures se mobiliser pour les causes nobles ; elles sont les siennes et le resteront. Une solidarité également « externe », celle de nos amis des Fourons, qui sont là aujourd’hui, emmenés par le président du Parlement wallon et ancien bourgmestre de notre commune jumelée, José Happart, un homme grand, dont je suis toujours plus fier d’être l’ami, par Jean-Louis Xhonneux, secrétaire général de l’Action fouronnaise, et Benoît Houbiers, représentant de la liste d’opposition francophone au Conseil communal, deux compagnons dont l’attachement aux valeurs que nous défendons n’a jamais été pris en défaut. Jean-Louis et Paula, « légions d’honneur », j’espère que ce sera pour bientôt. Vellerat, ce n’est pas rien. C’est une histoire vraie. Ce sont des femmes et des hommes qui n’ont jamais baissé les bras, parfois sous les quolibets, souvent sous les applaudissements. Une commune qui « mérite bien de la nation », pour reprendre une expression connue sous d’autres cieux proches. En ce jour de commémoration, je fais appel aux Jurassiens du nouveau canton et leur demandent de s’engager dans la discussion publique portant sur un partage de souveraineté avec le Jura méridional. Nous avons devant nous un formidable chantier. La chance de construire quelque chose de nouveau, d’inédit, le privilège unique de réinventer un état qui convienne à une population dont l’unité reste le meilleur des arguments. Nous avons tout entre nos mains pour faire une nouvelle démonstration de notre capacité à surpasser nos divisions, à franchir l’obstacle d’incompréhensions désormais dépassées, à nous atteler à une œuvre de progrès. Ne passons pas à côté de cette chance-là, car elle ne se représentera plus. Saisissons-là, avec vigueur, ouverture d’esprit, intelligence, diplomatie et détermination. Les valeurs républicaines et démocratiques nous ont permis d’atteindre des sommets. Nous les reconquerrons en y mettant l’enthousiasme et la volonté indispensables. Jusqu’à l’aboutissement, jusqu’à la reconstitution de l’unité du Jura.

Vive Vellerat, commune jurassienne ! Vive le Jura libre et uni !


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