Un homme à pardonner
Le championnat du monde de football s'est terminé dans la tristesse pour Zinédine Zidane. Alors qu'une place à l'Olympe lui était promise, le meilleur joueur de la planète s'en est allé sur l'ultime sanction arbitrale. Les médias s'interrogent sur le geste du champion, décortiquent, soupèsent, affirment, prétendent. Des juges tout-puissants. Au prétoire s’invitent les experts en tout. La télévision fouille dans les poubelles et rend des images par lesquels on montre que l’accusé n’en est pas à son premier coup de sang. La République assure son « protégé » de l’affection du pays : la moindre des choses à l’égard d’un homme qui lui a donné le titre de champion du monde en 1998, puis la couronne européenne en 2000.
Coup de sifflet final. Tout s’emballe, tout s’enroule dans une spirale dont le pilier central est constitué d’or souillé, d’argent sale, de paris faussés, de transferts mafieux … et de spectateurs magnifiquement cocus, comme au Tour de France, comme au circuit d'Indianapolis ou devant les 8’4 (si, si on y arrivera) des athlètes américains sur 100 mètres ! Supporters bariolés, endrapés des couleurs nationales, les uns bruyamment heureux, les autres silencieusement déçus, tous marrons, reviendront pourtant y croire, sous l’œil d’un Sepp Blatter symbole de l’innocence pure, dont l’association tente de faire interdire le bien nommé livre « Carton rouge ! » d’Andrew Jennings, qui parle d’élections truquées et de corruption à la FIFA …
Au cours de cette compétition, nous avons vu des tricheurs, voltigeurs et mauvais comédiens en tous genres, des vedettes blasées, des arbitres déboussolés par des consignes contradictoires, des entraîneurs promouvant leur propre spectacle. Peu de jeu. Pas de Brésiliens : depuis la dernière victoire de Pelé en 1970 contre la merveilleuse Italie de Gianni Rivera, ils ont perdu leur génie, ont été européanisés, entraînés dans une logique bancaire qui se fout bien des inspirations sorties des favellas… ou de la Castellane, quartier zidanien de la chaude et envoûtante citée phocéenne… Même Thierry Roland a paru désillusionné. C’est tout dire.
Soyons cependant positifs, sous peine de sombrer dans une mélancolie dérisoire en regard des problèmes de ce monde. Il y a eu Franck Ribéry, le balafré au cœur immense, qui se réjouit du but marqué comme on le faisait il y a trente ans, avec une sincérité qu’on croyait définitivement oubliée sur les stades, sans jouer la star idiote qui pointe le doigt ou fait mine de descendre directement des dieux. Il y a eu la réussite de l’organisation, dans une Allemagne ou les barbares hooligans furent pratiquement absents, les entremêlements sympathiques des multitudes supportrices. Une ambiance plutôt chaleureuse, bon-enfant, colorée, qui contrastait avec les sombres schémas tactiques du football scientifique.
Et puis Zizou. Grandiose. Sacré meilleur joueur du tournoi. Qui saute un fusible au pire moment, victime d’une insulte. Victime d’un système qui broie les hommes, les offre au voyeurisme mondial… avec leur complicité. Dommage. Chassons l’image néfaste, la quête de morbidité souverainement alimentée par des présentatrices de 20 heures frétillantes de sottise catastrophée, ou par des commentateurs dont la condamnation d’autrui fait oublier leurs propres tares nationalistes… Zidane a rendu un fier service aux requins tapis dans l’ombre, prêts à bouffer l’humanité de son successeur. Taisons-nous. Mais pardon possible, juste pour le génie… humain. Merci la France, bravo l’Italie. PAC
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23 Juillet 2006 à 18:08 dans
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