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Le journal de Pierre-André Comte

New York et Clochemerle

Pourquoi ils changeraient ?

« Le 23 octobre 1929 se produisit à New York l’effondrement du marché de la Bourse, qu’on devait nommer le krach de Wall Street. Juchés orgueilleusement au sommet du crédit et d’une prospérité qui reposait sur la convention de faire circuler l’argent à toute allure, les U.S.A. s’aperçurent avec épouvante que si l’on arrêtait brutalement ce circuit forcé, les citoyens ne possédaient plus que du papier dévalué et restaient en présence de leurs dettes. » Ainsi commence le chapitre « New York et Clochemerle » de Clochemerle-Babylone, le magnifique roman publié en 1951 par Gabriel Chevallier ! On se croirait en 2009 ! (PAC)

 

 

Depuis la crise financière qui a mis certaines pratiques peu scrupuleuses à jour et avait obligé les Etats à lui venir, on pouvait espérer que le secteur bancaire tendrait à se moraliser. En France, la majorité des établissements financiers reste discrète quant aux primes qui pourraient être allouées mais fait remarquer que la concurrence est vive pour garder les meilleurs employés. En effet, leurs confrères américains, à peine libérés de la tutelle de l’Etat, promettent déjà des bonus colossaux à leurs salariés pour 2009. De son côté, l’UBS, dont la débauche de fraudeurs américains défraie la chronique, ne sera pas sanctionnée comme le Gouvernement américain le promettait. Les bonus reviennent au galop, si bien que la question est légitime: l’argent des contribuables (les milliards de la Confédération à l’UBS, par exemple) servira-t-il à rémunérer les traders ? Selon l’économiste Bernard Maris, le monde financier n’a tiré aucune leçon de la crise. « Pourquoi ils changeraient ? se demande l’économiste. Ils n’ont pas envie de changer. C’était un système qu’était fait pour eux, uniquement pour eux, qui siphonnait de l’argent dans l’économie réelle pour le transférer à la sphère financière et, à partir de là, ils se remplissaient les poches.  Pourquoi ils changeraient ? » Morale de l’histoire donc: on recommence comme avant ! Jusqu’à la prochaine crise, laquelle, selon un certain nombre d’économistes, sera, elle, catastrophique… Face à l’avenir (Titre du Chapitre 8 du roman de Chevallier), faisons comme les habitants du célèbre village : « Les Clochemerlins demandaient aux petits plaisirs quotidiens un dérivatif aux grandes espérances insatisfaites. « En attendant des jours meilleurs », ces jours fastes dont rêvent les imaginations, sans arriver d’ailleurs à les meubler d’un bonheur inaltérable et infini qu’elles sont impuissantes à concevoir. » Cynisme, réalisme. Ayons le courageux courage du Conseil des Etats, lui qui vient de ne se point se mêler des affaires des banques pour ne pas les handicaper face à la concurrence… Faux-culs, va ! (PAC)


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