Le Jura et la francophonie
Hôtel de Ville de Paris: Alain Schweingruber, président de l'APF-Jura et le député Serge Vifian, en compagnie d'Anne Comte, comédienne à Paris
35e Session de l'APF à l'Assemblée nationale, du 3 au 7 juillet 2009
La 35e Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie s’est conclue le 6 juillet 2009 à Paris après plusieurs jours de débats. Lors de la séance solennelle d’ouverture, M. Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale française, a souhaité la bienvenue aux plus de 250 parlementaires francophones venus des cinq continents, réunis à Paris. Il a également donné lecture d'un message de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République française. Monsieur Alain JOYANDET, Secrétaire d’Etat auprès du ministre français des Affaires étrangères et européennes chargé de la Coopération et de la Francophonie, s'est également exprimé, ainsi que S.E. M. Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie. M. Guy Nzouba-Ndama, Président de l’Assemblée nationale du Gabon et Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, a présidé le début des travaux.
Après avoir attribué le statut de membre associé à sa section arménienne, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie a débuté ses travaux, comme le veut désormais l’usage et dans le cadre de son rôle d’Assemblée consultative de la Francophonie, par l'audition de M. Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, qui a ensuite répondu aux questions des parlementaires.Un débat sur la « crise financière, lutte contre la pauvreté et développement », ainsi qu’un point d’actualité sur la langue française introduit par M. Claude Hagège, linguiste, professeur au Collège de France, ont suscité de nombreux échanges.Vigie de la démocratie, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie a examiné différentes situations politiques dans l’espace francophone. Réaffirmant sa vocation à être le Parlement des parlements francophones, elle a adopté plusieurs résolutions.
EXTRAITS DU DISCOURS DE S.E. ABDOU DIOUF, SECRETAIRE GENERAL DE L'OIF
« Notre présence, à Paris, au Palais Bourbon, à l’occasion de cette 35e Assemblée générale de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie revêt, à mes yeux, dans cet Hémicycle qui, non seulement incarne l’histoire de la République, mais garde aussi en mémoire les combats au service de l’Homme qui furent ici menés et le nom de ceux qui les ont portés, un caractère symbolique. C’est sur ces bancs que fut votée l’abolition de l’esclavage. C’est sur ces bancs que fut votée l’abolition de la peine de mort. C’est depuis cette tribune que furent lancés les plus vibrants plaidoyers pour que progressent la dignité, la justice sociale, la liberté, l’égalité, la fraternité. « Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. » C’est par ces mots que Victor Hugo, appuya, ici même, le 9 juillet 1849 une proposition visant à constituer un comité destiné à préparer les lois relatives à la prévoyance et à l’assistance publique. 160 ans après, presque jour pour jour, votre Assemblée a choisi, à son tour, de se mobiliser à l’échelle du monde, avec la même conscience « qu’en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli ». Et le possible n’est pas fait, loin s’en faut ! Et tant que le possible ne sera pas fait, nous avons le devoir de dénoncer les promesses que l’on n’honore pas, les engagements que l’on ne tient pas, et qui finiraient par nous convaincre que consacrer 0,7 % du PIB des pays développés à l’aide publique au développement, qu’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement est un but suprême de l’humanité, une utopie pour demain. Mais que l’on veuille bien considérer les moyens alloués aux dépenses militaires, ou au plan de relance et de sauvetage bancaire, et l’on sera obligé de faire le constat que ce ne sont pas tant les moyens qui manquent que la volonté politique et la conscience de notre destin partagé.
Vous avez, par ailleurs, un rôle de sensibilisation majeur à jouer, sensibilisation des citoyens à notre interdépendance, mais aussi un rôle d’aiguillon à l’égard des gouvernements. Car nous sommes bien conscients que les responsables politiques au Nord, confrontés à une recrudescence du chômage et de la précarité, renoncent trop souvent à tenir, devant leurs électeurs, le langage responsable de la nécessaire solidarité internationale. Vous démontrez, enfin, qu’on ne peut, d’un côté, œuvrer en faveur de la démocratie, de l’Etat de droit, des droits de l’Homme et de la paix, comme vous le faites, au quotidien, et, de l’autre, rester impassibles face à la violation du premier de tous les droits, celui à se nourrir, à se soigner, à vivre dans la dignité.(…)
(…) Mais permettez-moi, aussi, de vous dire solennellement, dans ces lieux témoins de tant de progrès, de tant d’espoirs réalisés, dans ces lieux où la voix de Senghor, de Césaire, de Damas, d’Houphouët Boigny et de bien d’autres encore, pesaient autrefois autant que « celle des Grands Blancs » pour parler comme Senghor, permettez-moi de vous dire : ne régressons pas ! Militons pour que la Francophonie soit reconnue et investie, plus qu’elle ne l’est aujourd’hui, comme un espace exemplaire de solidarité effective et assumée par-delà les zones de solidarité géographique, grâce à la langue que nous avons en partage. Un espace placé sous le signe de l’écoute, du dialogue, de l’humilité qui seule nous permettra d’admettre que nous avons tous à apprendre les uns des autres. Un espace de réflexion et de créativité au service de partenariats innovants, un espace témoin de notre volonté, mais surtout de celle de nos Etats et gouvernements de s’accorder, face à tant de drames et de souffrances, pour que les mots retrouvent leur sens, pour que les déclarations soient suivies d’effets, pour que s’impose, enfin dans un sursaut, la conscience de notre communauté de destins. « Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse. » Ainsi parlait Victor Hugo, dans cet hémicycle, en 1849. Ainsi sommes-nous encore obligés, malheureusement, de parler en 2009. »Historique de la participation du Jura à l’APF
Bien avant la création du canton du Jura, le Rassemblement jurassien a tissé des liens étroits avec le monde francophone. Il a très vite compris que « l’internationalisation » de la Question jurassienne lui fournirait de puissants arguments face à des institutions helvétiques plutôt indifférentes. C’est ainsi qu’il fondait, en 1971 à Genève, aux côtés de ses partenaires valdôtains et wallons, la Conférence des peuples de langue française. A cette union des mouvements fondateurs devaient se joindre plus tard ceux, ayant le même objectif, provenant du Québec, d’Acadie, de Bruxelles, et une section française.L’engagement militant des Jurassiens au sein de la « francophonie de souche » va inspirer la politique de coopération internationale de l’Etat jurassien. En effet, dès son entrée en souveraineté, celui-ci innove et se distingue parmi les cantons suisses, lesquels préfèrent laisser à la Confédération toute prérogative en ce domaine. On signe rapidement plusieurs accords, dont celui passé avec le gouvernement de René Lévesque en 1983, sans être le plus efficace, est le plus spectaculaire.
Si l’exécutif jurassien se porte garant d’une complicité institutionnelle avec les gouvernements des « peuples frères », notre parlement entre – des membres individuels au départ – de plein pied dans l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française (AIPLF), au premier congrès de laquelle (18 mai 1967 à Luxembourg) la Romandie est exclue par le Département politique fédéral ! Créée le 13 décembre 1979, la section jurassienne de l’AIPLF - aujourd’hui rebaptisée Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) - est admise au sein de l’institution parlementaire francophone lors de sa XIe Assemblée générale réunie à Ottawa. Roland Béguelin, son président, est membre du Bureau international à partir de 1988. Le secrétariat en a toujours été assuré par Jean-Claude Montavon, ancien vice-chancelier d’Etat et secrétaire du Parlement, lequel s’est naturellement ménagé, vu l’importance numérique du canton du Jura, un rôle et une place tout à fait exceptionnels dans l’espace institutionnel francophone. Vingt ans plus tard, la section occupe toujours son rang comme membre de plein droit dans l’organe dirigeant de l’association. Depuis le début jusqu’à nos jours, le canton du Jura jouit en ce lieu d’une notoriété et d’une estime dont il peut être fier, qui résultent de son combat permanent pour la défense de la langue française et des valeurs universelles qui s’y rattachent.Aujourd’hui, si la francophonie poursuit une action visant à assurer le rayonnement de notre langue sur tous les continents, elle élargit ses engagements à la défense des Droits de l’homme, à la promotion de la démocratie et à l’exigence du développement durable. Elle est appelée à construire une mondialisation qui ouvre les yeux sur la dimension humaine du progrès et de la croissance, qui sache protéger les identités et la diversité culturelle et qui soit dotée d’un véritable projet humaniste. Dans ce contexte, et compte tenu de son passé, le Jura a toute sa place au sein de la francophonie institutionnelle et militante. Tant au regard de l’histoire que d’un point de vue politique – prospectif –, il importe de conserver « l’exception jurassienne » au sein de l’APF. (PAC)
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15 Juillet 2009 à 08:47 dans
- Francophonie



Cher Monsieur,
Je découvre à l'instant votre information sur la tenue de la dernière réunion de l'APF à Paris. Je remarque que le Jura, une nouvelle fois, se distingue. Je l'en félicite, car il fait partie intégrante de la francophonie internationale et s'en revendique. Les autres cantons romands devraient en faire autant (je sais néanmoins que Vaud et Valais sont admis en tant qu'observateurs au sein de l'APF). La Romandie doit se réjouir de l'implication du canton du Jura dans une action par-delà les frontières tout à fait intéressante et utile. Continuez comme cela donc, vous vous placez au-dessus de la mêlée. Bravo au Jura !
Posté par Jacques Secrétan — 15 Juil 2009, 09:16
Bonjour,
Le commentaire d'avant est très juste. J'habite au bord d'un lac (je ne vous dirai pas lequel), et je peux vous dire qu'ici, et nous sommes nombreux, nous espérons toujours que le canton du Jura se singularise et montre l'exemple. Merci à lui. Cordialement. J.-C. K.
Posté par Jean-Claude K. — 15 Juil 2009, 11:30