L'intelligence et la sagesse

Question jurassienne et réforme du fédéralisme
Dans l'article précédent, je parlais de mode. Celle dont la presse romande raffole et dont se nourrit la plus fine fleur de la stratégie politique, vétérans, désenchantés et vaniteux confondus. Ces dernières semaines, on les a vus se précipiter sur les micros et dans les colonnes des journaux pour proclamer à la face du monde que Dieu ou quelqu'un d'autre leur avait ouvert la porte de la connaissance! Une fois l'orage mystique passé, que reste-t-il de cette grêle céleste répandue sur nos âmes déconfites? Rien ou pas grand chose. Ou plutôt si, des constructions mentales réduites en poussière. Ainsi je lis l'interview donnée par Mme la Ministre Elisabeth-Baume Schneider à l'Echo magazine du 13 mai. Son avis sur l'idée d'un "supercanton" avec Neuchâtel ? Réponse cinglante: "C'est une construction économique attrayante, mais certainement irréaliste. On ne dépasse pas des siècles d'histoire, qui ont forgé des identités distinctes, avec une règle à calcul. Par contre, on peut développer des liens étroits et des synergies efficaces." Que cela est fort bien dit et qui se savoure! Un jour plus tard, dans une chronique de très haut niveau (Le Temps, 14 mai 2009), François Gross écrit ce chapitre que chacun devrait apprendre par coeur: "Les cantons suisses ne sont pas nés sur la planche d'un dessinateur technique. En France, on devait pouvoir, en une journée, gagner à cheval le chef-lieu de son département et en revenir. Ainsi le voulut Napoléon. Rien de ça dans la Confédération. Elle s'est faite de bric et de broc, aux hasards de la géographie et de l'histoire et dans le respect des différences. Il ne s'est pas trouvé à Berne un office pour tracer les frontières cantonales. Que le résultat comporte quelques imperfections ne change rien au fond. Des retouches sont possibles par la voie de procédures démocratiques. Le grand chambardement proposé par un aréopage de "terribles simplificateurs" est promis à l'échec, comme toute politique ne tenant pas compte des réalités." (...) Tout ce qui prétend araser les cantons au profit d'un artifice régional affaiblit la Suisse française. Tout ce qui tend, en revanche, à la mise en commun de tâches trop lourdes pour un seul la fortifie. Sans qu'il soit besoin de créer un machin centralisateur, onéreux et d'une douteuse efficacité." Voilà, tout est dit. Il est inutile de rajouter quoi que ce soit, sauf pour remarquer que l'intelligence et la sagesse des uns écrabouille magistralement l'arrogance et la suffisance des autres. (PAC)
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16 Mai 2009 à 08:41 dans
- Politique jurassienne

