Noël à Lyon

Je viens te voir
La réalité est là, en cette veille de Jour de l’An : une petite fille, marchande d’allumettes, est livrée à la bonne volonté (pour ne pas dire à la charité) du monde qui l’entoure. Si les passants de la rue lui achètent ses allumettes, elle ne mourra pas. Dans le cas contraire, sa mort est inéluctable. Le froid la saisira. Entre temps (entre rêve et réalité), la lueur éphémère des allumettes qu’elle provoquera, allumette après allumette, lui permettra de « gagner du temps ». Des hallucinations vont surgir ; irréelles mais vraies. Un monde imaginaire va s’imposer à elle pour mieux lui faire prendre son mal en patience. C’est aussi la manière qu’a imaginée Andersen de laisser au monde des vivants une chance supplémentaire de se réveiller. D’ouvrir les yeux sur la misère des pauvres. La petite marchande, lors de ces apparitions « consolatrices » va faire connaissance avec les personnages les plus extravagants : le vent, un vieux réverbère, un bonhomme de neige, une sorcière, des crapauds… Tous impuissants à lui acheter ses allumettes puisque coupés de la réalité. Chaque retour à la rue verra des passants « passer » leur chemin sans un geste pour « sauver » la petite marchande. La confrontation de ces deux mondes : celui de la rue, et celui contenu dans la lueur des allumettes, est au cœur de l’œuvre d’Andersen. Andersen est si sensible à la douleur qu’il imagine celle des insectes, des objets. Les allumettes et les étoiles meurent, comme la petite marchande, trop tôt consumée. La mort est là (ici en hussard). C’est normal pour le poète qui fraie avec la misère et la folie. Il ne peut l’ignorer. Il s’entend donc avec elle, et tout en la représentant en chair et en os, la rend invisible à celle qui va mourir. Philippe Faure-
12 Décembre 2008 à 21:51 dans
- Culture et loisirs

