Universalité ou mondialisation ?

Quel nouveau Discours sur l'universalité ?
C'est qu'il ne s'agit pas de confondre universalité et mondialisation. Le terme de "mondialisation" est entré dans le langage de la presse dans les années cinquante et se définissait alors comme le fait de donner une dimension mondiale à quelque chose dont on précisait la nature, comme par exemple "la mondialisation d'un conflit". C'était alors un phénomène dynamique; mais ce n'est plus l'acception d'aujourd'hui, où la mondialisation se présente comme absolue, sans référence à un objet précis. C'est un état de fait, comme l'est le résultat d'une conquête: ce n'est plus une dynamique, c'en est le résultat.
Des langues qui se posent la question de leur place dans la mondialisation, il y en a d'autres que le français: l'espagnol, le chinois, l'arabe, le russe et l'anglais, pour nous en tenir aux langues de travail de l'ONU. Cette liste de langues a été établie en fonction du nombre de leurs lecteurs respectifs, c'est-à-dire du poids des Etats et des peuples qui les parlent. La question de leurs qualités linguistiques ne se pose même pas: rapport de forces politico-démographique d'une part, et communication internationale et diversité culturelle réduite au strict minimum d'autre part, sont seuls déterminants.
Inséparable de la notion de mondialisation et lié à son sort, l'anglais occupe une place spécifique. Cette langue de culture s'est effacée derrière sa caricature omniprésente et appauvrie. Le basic english s'est laissé tenter par le pouvoir de communiquer pour communiquer et a ainsi conquis le monde de l'à-peu-près, balançant entre langue de bois des nouveaux maîtres politico-économiques du monde et pidgin de leurs sous-traitants.
La langue de Shakespeare pouvait prétendre à l'universalité; n'y était-elle pas parvenue d'ailleurs à sa façon avec l'auteur de Hamlet? En revanche, l'anglais de bois qui a presque partout remplacé aujourd'hui celui de Shakespeare a perdu tout ce qui faisait l'universalité potentielle de l'anglais.
Ce qu'il a gagné en horizontalité dans la mondialisation, l'anglais l'a perdu en verticalité en devenant l'instrument d'une gigantesque normalisation des comportements, en devenant le vecteur du désir immaîtrisé de tout un chacun de consommer la même chose que son semblable, quand ce n'est pas de courir après la même "servitude volontaire" que lui.
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11 Novembre 2008 à 10:38 dans
- Langue et culture

