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Le journal de Pierre-André Comte

Le Caucase s'enflamme

Des jeux mortels pour les peuples

« En février, la proclamation de l’indépendance du Kosovo, avait plongé la Géorgie dans l’inquiétude face à ses deux provinces sécessionnistes. Moscou, de son côté, dénonçait un précédent dangereux qui ouvrait la boîte de Pandore, en particulier au Sud-Caucase. Aujourd’hui, Moscou prend enfin sa revanche sur l’année 1999, lorsque Belgrade était bombardée par l’aviation américaine au grand dam de Russes qui se sentaient directement atteints. L’indépendance du Kosovo, proclamée le 17 février, a marqué une rupture ouvrant une voie royale à la Russie. Le Kremlin s’inscrit désormais dans une logique «humanitaire» : il est venu à la rescousse du peuple ossète victime d’un «génocide» de la part de Tbilissi, à la mesure de celui qu’ont subi les Bosniaques à Srebrenica. Son instigateur, Mikhaïl Saakachvili, devrait, selon le Kremlin, à l’instar de Radovan Karadzic dont on découvre incidemment à Moscou la culpabilité, rendre des comptes devant un tribunal international. Terrible retour de l’histoire que le peuple géorgien, et que dire des Ossètes du Sud, ne méritait certainement pas. » (Charles Urjewicz, professeur à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales) 

« Mikhaïl Saakachvili n’est pas le seul coupable. Ses responsabilités sont immenses. Il s’est lancé à la reconquête de l’Ossétie sécessionniste sans penser le coup d’après, sur un coup de dés, sans être certain que l’Occident l’appuierait face à l’inéluctable réaction russe. Il a créé une crise internationale de première ampleur et mené son peuple à une défaite assurée, mais la profondeur même de cette aberration dit qu’elle ne peut pas relever de sa seule erreur. Ces trois jours de guerre, ces destructions, ces morts inutiles sont aussi le fruit de l’incohérence de l’Europe et des Etats-Unis face à la Russie, de leur constante volonté de la contrer sans en avoir les moyens ni, surtout, de vraies raisons de le faire. » (Bernard Guetta, Libération)

 « Il est temps de changer de méthode. Les Européens ont assisté, impuissants parce que divisés, au siège de Sarajevo. Ils ont vu s’opérer, impuissants parce qu’aveugles, la mise en pièces de Grozny. La lâcheté va-t-elle nous obliger, cette fois, à contempler, passifs et poussifs, la capitulation de la démocratie à Tbilissi ? L’état-major du Kremlin n’a jamais cru en l’existence d’une «Union européenne». Il professe que, sous les belles paroles de Bruxelles, grouillent les rivalités séculaires entre souverainetés nationales, manipulables à merci et se paralysant l’une l’autre. Le test géorgien vaut preuve d’existence ou de non existence ; l’Europe telle qu’elle s’est construite contre le rideau de fer, contre les fascismes d’antan et d’aujourd’hui, contre ses propres guerres coloniales, l’Europe qui a fêté la chute du Mur et salué les révolutions de velours, se retrouve au bord du coma. 1945-2008… Verra-t-on la fin de notre brève histoire commune se sceller dans les olympiades de l’horreur au Caucase ? Si le Kremlin persiste dans son agression caucasienne, ne convient-il pas que l’UE reconsidère l’ensemble de ses relations avec son grand voisin ? Il a autant besoin de vendre son pétrole que nous de l’acheter. Il n’est pas toujours impossible de faire chanter un maître chanteur. L’Europe, si elle trouve l’audace et la lucidité de relever le défi, est forte. Sinon, elle est morte. » (BHL et André Glücksmann)

Commentaires

  1. L'ours sort ses griffes. Il ne faut pas trop le taquiner. L'Ossétie du sud doit être inpendante. C'est le droit du peuple ossète.

    Posté par Boris — 15 Aou 2008, 20:29


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