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Le journal de Pierre-André Comte

La Vallée d’Aoste honorée par la francophonie internationale

Une invitation officielle au prochain sommet de Québec

C’est le Peuple Valdôtain (1er mai 2008) qui nous l’apprend : « Une visite officielle de grande importance a eu lieu jeudi dernier, 24 avril 2008, à Aoste. Le Secrétaire général de la Francophonie, S. E. Monsieur Abdou Diouf s’est en effet rendu chez nous, en Vallée d’Aoste, afin de s’entretenir avec le Président de la Région Luciano Caveri et les membres du Gouvernement valdôtain, le Président du Conseil de la Vallée Ego Perron, les Parlementaires valdôtains, les Conseillers régionaux, les membres de la section valdôtaine de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, ainsi qu’avec le Recteur de l’Université de la Vallée d’Aoste Pietro Passerin d’Entrèves. Au cours de la conférence de presse, qui s’est déroulée au Siège de l’Université de la Vallée d’Aoste, le Président Caveri a pris la parole en déclarant que « la visite officielle du Président Abdou Diouf est un immense honneur pour la Vallée d’Aoste. Cette visite est la preuve de l’attention que l’Organisation internationale de la Francophonie porte à notre réalité et est aussi le témoignage concret de notre appartenance sincère et adhérée à l’aire linguistique culturelle et francophone ». Et le Président Caveri d’ajouter : « Une visite qui se place à la fin d’une législature et qui représente donc une confirmation du travail que nous avons accompli au cours de ces dernières années. Un travail dont le but était, d’une part, celui d’affirmer la présence de la Vallée d’Aoste dans l’espace francophone et de consolider ses liens avec la Francophonie et, d’autre part, de promouvoir la Francophonie et ses valeurs au Val d’Aoste ».

Chose extraordinaire, le Secrétaire général de l’OIF a profité de cette visite pour inviter le président Caveri et sa région au prochain sommet francophone de Québec. L’honneur fait à la Vallée d’Aoste rejaillit sur le Jura. Nous sommes en effet « institutionnellement liés » au sein de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), cela en raison de notre passé commun dans le militantisme francophone. Au bénéfice d’un statut spécial, nos deux parlements disposent d’un siège permanent au Bureau de l’APF. Ils sont ainsi reconnus comme partenaires privilégiés dans la promotion et le rayonnement de la francophonie dans le monde. Un mérite que les Jurassiens ne mesurent pas toujours à sa juste valeur. 

La République et Canton du Jura invitée un jour elle aussi au sommet de la francophonie ? Rien ne serait plus légitime. A ce propos, je me permets de rappeler que notre parlement a adopté la motion que je lui avais proposée au sujet d’une présence romande régulière à la réunion des Etats francophones, et que cette proposition, négligée et réduite à néant, pourrait être réactivée. Pensons-y. Pour paraphraser Camus (oui, j’ai une patrie : c’est la langue française), disons que la francophonie est la patrie du Jura. Nous avons toujours à y puiser nos meilleures ressources face aux défis de l’avenir. Le devoir de fidélité. On trouvera ci-dessous le texte de ma motion de 1999/2000 et son développement. (PAC)  

Parlement jurassien

 
Motion                                                             N° 602                                                                                  
LA ROMANDIE AU SOMMET DE LA FRANCOPHONIE (15 SEPTEMBRE 1999)
 

Le 8ème Sommet de la francophonie s’est achevé le 5 septembre 1999 à Moncton, en Acadie. Membre de plein droit, la Suisse y était représentée par Mme Ruth Dreifuss, présidente de la Confédération. A l’instar de nombreux chefs d’État, elle y a prononcé un discours, ce qui a constitué l’unique prestation de la délégation helvétique.

 

Même si la Suisse figure parmi les pays qui déboursent le plus pour sa présence au sein de la francophonie institutionnelle, notamment par ses versements à l’Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF) et à la chaîne de télévision TV5, elle est curieusement absente des activités liées officiellement au sommet de la francophonie. Ainsi à Moncton, alors que le thème même du sommet était consacré à la jeunesse, thème d’avenir par excellence, on n’y a vu par exemple aucun Helvète ! Cerise sur le gâteau – ou couteau dans la plaie -, la Suisse romande n’était représentée à cette grande réunion des États ayant le français en partage, que par un seul ministre cantonal, à savoir le fribourgeois Augustin Macheret.

 

On sait de surcroît que les Suisses ont boudé jusqu’ici les Jeux de la Francophonie, que ce soit sur le plan sportif ou culturel, ce qui est un comble alors que ce pays, qui compte 20% de Romands, prétend atteindre à la notabilité internationale par ses professions de foi en matière de solidarité entre les peuples et les cultures. La Suisse a d’autre part attendu 26 ans pour adhérer à l’Agence intergouvernementale de la francophonie.

 

Cette situation, dont découlera inévitablement une détérioration des rapports entre communautés linguistiques si elle perdure, ne saurait satisfaire la partie française de la Suisse, encore moins le canton du Jura, qui s’est distingué en 1985 en demandant que la Suisse soit officiellement représentée au Sommet, alors qu’elle s’y refusait jusque-là.

Dès lors, nous demandons au Gouvernement, conformément à l’article 4 de la Constitution jurassienne, qui prévoit la coopération « avec les peuples soucieux de solidarité », d’entreprendre de nouvelles démarches afin de corriger la situation présente et, le cas échéant, d’exiger d’être représenté officiellement au sein de la délégation suisse des prochains sommets francophones.

Dans cette perspective, le Gouvernement jurassien est invité à instaurer une concertation immédiate avec les autres cantons de Suisse française afin de demander au Conseil fédéral d’assurer la présence de représentants des cantons romands au Sommet de la francophonie, comme il se doit dans un État de type fédéral, et de mettre ces derniers sur un même pied d’égalité que le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Communauté française de Belgique.

 

                                                                           Pour le Groupe socialiste :

 

                                                                                              Pierre-André Comte

 

 

Parlement jurassien – Motion 602 – PAC – Parlement du 19 janvier 2000

Madame la Présidente, Madame et Messieurs les Ministres, chers collègues, 

En 1985 et en janvier 1986, le Gouvernement jurassien a fait part de son opinion concernant la décision du DFAE, lequel avait décliné l’invitation adressée à la Suisse en vue de la conférence des pays francophones, du 17 au 19 février à Paris. A juste titre, le Gouvernement estimait que la Confédération devait y être représentée, et qu’une délégation pourrait être constituée, notamment de membres d’exécutifs cantonaux romands. A l’instar d’autres cantons romands, celui du Jura avait alors vigoureusement réagi à une position du DFAE qui déclarait, un mois plus tôt, que la Suisse n’était pas un pays francophone pour justifier son refus de participer à la préparation du sommet. La très forte pression romande avait alors permis de renverser la vapeur, et la Suisse avait été contrainte d’envoyer deux observateurs au sommet, ce qui avait inspiré le commentaire suivant au journal « Le Pays » : « Aller à Paris est un progrès, mais on a réussi à le faire sous la forme d’un compromis miteux ».

Depuis, la Suisse dispose d’une représentation officielle, à travers une délégation emmenée par le président ou la présidente de la Confédération. C’était le cas au 8ème sommet de la francophonie de Moncton. Qu’en est-il dès lors de la présence des États cantonaux romands au sein de la délégation suisse ? Elle est à nos yeux par trop réduite, même si nous ne mettons pas en cause les qualités du Conseiller d’État fribourgeois Macheret. Que l’on pose la question de la représentativité de la Suisse française n’est pas en soi choquant, mais au contraire légitime. L’absence de représentants suisses aux activités liées au Sommet de Moncton montre à l’évidence, soit que la Confédération n’a pas accordé une importance suffisante à la préparation de la réunion, notamment en matière d’information, soit que la situation découlait d’une « sous-participation » des États romands dans cette même phase préparatoire. Selon l’Agence intergouvernementale de la francophonie, citée par le journal « Le Matin » du 5 septembre 1999, « les défections des Suisses entrent dans un processus habituel ». On mentionne, en particulier :

 

-   les institutions helvétiques ne demandent pas de bénéficier d’appuis pour la réalisation de leurs projets dans le

    secteur de la communication ;

-   aucun Suisse n’a jamais sollicité une bourse d’études auprès de l’Agence universitaire de la francophonie ;

-   à Moncton, absence totale de Suisses dans les ateliers Internet mis sur pied par l’Université des arts et réservés aux futurs journalistes ;

-   aucun Suisse n’a participé au concours sur le thème de la création au service des multimédias, proposé par l’Université de Moncton ;

-   aucun Suisse n’a participé à la réalisation des émissions de Radio jeunesse 99, la radio officielle du 8ème sommet, contrairement aux 70 jeunes recrutés sur quatre continents ;

-   aucun Suisse n’était présent à Moncton lors de l’entrevue avec les jeunes, entrevue co-présidée par le Premier Ministre du Canada … et par la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss ;

-   si les Suisses, en particulier des Jurassiens, ont participé aux premiers Jeux de la francophonie au Maroc, personne ne s’est présenté aux derniers, en 1997, à Madagascar.  

Entre parenthèses, il faut saluer ici l’initiative de l’État jurassien d’inscrire une délégation aux prochaines compétitions francophones à Ottawa-Hull, en 2001.

Ces défections prouvent à l’envi que la Suisse, tout en étant parmi les premiers pays contributeurs de la francophonie, reste largement en dehors des activités liées aux sommets francophones. Et même s’il s’avère que les cantons romands, dont le nôtre, aient été ou soit officiellement représentés – dans le cas de la réunion de Moncton par le Conseiller d’État Macheret – il est évident qu’ils n’ont pas pu profiter ou ne profitent pas des opportunités extraordinaires offertes au niveau des contacts politiques. L’intérêt qu’ils y trouveraient à travers une délégation véritablement représentative et concertée peut-il être préservé par des diplomates et leurs collaborateurs ? On nous permettra d’émettre à ce sujet les plus sérieux doutes. Le 30 novembre 1999 à Paris, à l’occasion de la première apparition d’un chef de la diplomatie suisse à une Conférence ministérielle de la francophonie, le Conseiller fédéral Joseph Deiss a proposé à ses homologues de tenir leurs prochaines assises en 2002 en Suisse. Notre commission de la coopération et de la réunification a unanimement salué cette démarche, et il serait souhaitable que le Gouvernement jurassien, s’il ne l’a déjà fait, fasse officiellement part de sa satisfaction au Ministre suisse des Affaires étrangères. Si M. Deiss a pris pareille initiative, et si, auparavant, Ruth Dreifuss s’est activement distinguée au Sommet de Moncton, on peut légitimement penser que c’est en raison de leur identité culturelle et, par conséquent, de leur attachement à la francophonie. Il y a là comme une relation de cause à effet. C’est dans le sens de ce réflexe naturel que nous préconisons une implication plus soutenue des États cantonaux romands dans les prochains sommets francophones.

Nous demandons au Gouvernement d’entreprendre de nouvelles démarches pour corriger la situation actuelle, à savoir atteindre un niveau de représentation de la Romandie qui permette d’éviter la distanciation actuelle de la Suisse par rapport aux activités liées aux sommets francophones. S’il y parvient, toute exigence de représentation propre à l’État jurassien deviendra caduque. En tout état de cause, le Jura aura jouer le rôle qu’on attend de lui. D’où la nécessité, à nos yeux, de dresser le bilan des participations passées de la Suisse aux sommets francophones, pour, et grâce à la concertation que nous appelons de nos vœux, réfléchir à l’obtention, pour les cantons romands, d’un statut particulier, proche ou identique à celui dont bénéficient certaines régions francophones dans des États de type fédéral. Il n’y a là aucune atteinte au système fédéraliste suisse, sinon la volonté de le faire évoluer vers une meilleure prise en compte des intérêts de la minorité romande. 

En décembre 1999, le Ministre-Président du Gouvernement de la Communauté française de Belgique, a envisagé publiquement d’accueillir, en 2007 ou 2009, un sommet de la francophonie en Wallonie, sans en référer à l’avis préalable de l’État belge. On me dira, et les juristes les premiers, que les situations institutionnelles ne sont pas comparables, et qu’on ne peut imaginer les cantons de Suisse française être un jour en position d’agir dans le sens d’une certaine indépendance vis-à-vis de la Suisse officielle, où ne serait-ce que bénéficier d’un statut spécial, librement négocié. Mais s’agit-il vraiment d’un problème juridique ou constitutionnel ? Le libre exercice de la souveraineté cantonale, où tout simplement de la démocratie, n’empêche pas les États confédérés de Suisse française d’en débattre librement entre eux. D’où la proposition soumise ce jour à l’approbation du Parlement, que nous vous demandons, chers collègues de soutenir dans les perspectives que je viens de vous décrire au nom du Groupe socialiste.

 

Pierre-André Comte


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