Mesures d'économies dans le canton du Jura

L'honneur de l'Etat
Les mesures d’économie proposées par l’exécutif cantonal résultent d’un arbitrage équilibré. Elles concernent l’ensemble des services, ce dont personne ne s’offusquera. La méthode gouvernementale est bonne et appréciée comme telle. Il n’y manque qu’une chose pour être parfaite : l’approbation de principe du parlement, en une seule fois, au terme d’un débat général qui témoigne de la cohésion de l’institution politique. Dans le processus arrêté, l’examen des mesures s’égrènera au fil des mois et années, ce qui, dans l’esprit des gens, diluera l’élan collectif en autant de péripéties incertaines, ce qui n’est pas très glorieux, ou en actes de rébellion survenant au gré des victoires et défaites idéologiques prochaines, inhérentes à la vie parlementaire. Une décision globale – née de la vision globale que nous avons si souvent appelée de nos vœux lors de l’élaboration de projets antérieurs – aurait été la plus appropriée. Est-il exclu qu’elle se produise ? Peut-être pas. Il appartient au Bureau du parlement d’en décider après en avoir négocié les modalités avec le gouvernement. (PAC)
Pour ma part, j’approuve sans remarque ou moyennant quelques adaptations voire corrections les mesures prévues, sauf une : l’abandon par l’Etat de sa propre politique de coopération dans le domaine de l’aide au développement (une sous-traitance de moyens fortement réduits aux ONG revient à cela). Renoncer à la solidarité internationale, c’est oublier notre histoire. S’appuyant sur une Constitution qualifiée d’exemplaire, le canton du Jura a, dès son entrée en souveraineté, développé une politique d’ouverture au monde originale, se taillant dès ses premiers pas une solide réputation d’Etat moderne, solidaire, prêt à prendre ses responsabilités au sein de la communauté internationale. Le ministre François Lachat, pionnier du combat pour l’indépendance cantonale, s’est distingué parmi ses pairs (il a été vice-président de l’Association des Régions d’Europe – ARE), a été reconnu comme le représentant d’un Etat souverain, jouant souverainement de la liberté d’action qu’il s’était librement octroyée. Nous l’avons encouragé dans cette voie, alors qu’un pouvoir fédéral jaloux de ses prérogatives le toisait de son regard réprobateur. Puis est arrivé Jean-François Roth, qui s’est fait le digne continuateur de la politique inaugurée en 1979, notamment au Cameroun, avec tout le talent que chacun s’accordait à lui reconnaître. Lui aussi jouira d’une notoriété enjambant largement l’horizon des frontières cantonales. Quoi qu’on puisse en dire, la Constitution fédérale a évolué en matière de politique étrangère (non exclusivité fédérale) grâce au canton du Jura.
Voulons-nous vraiment renoncer (une politique d'Etat) à la belle et honorable démarche engagée dès notre entrée dans l’alliance fédérale ? Bien sûr, selon ce qu’on en dit dans les milieux farouchement réfractaires, parler de « grandeur » ou de « rôle sur la scène internationale » ne rapporte rien ou presque en termes de retombées économiques. Mais l’Etat n’est ni une société fiduciaire, ni une institution bancaire, avec conseil d’administration et dividendes aux actionnaires. C’est l’aboutissement juridique d’une noble aspiration populaire, dont les valeurs sont universelles. La République jurassienne, dit l’article premier de notre Constitution, est un Etat démocratique et social fondé sur la fraternité. Elle se doit à ce titre, et ainsi que l’exige le préambule de sa charte fondamentale, d’encourager la coopération entre les peuples. Avec les plus faibles d’entre eux, c'est l'honneur de l'Etat. (PAC)
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15 Avril 2008 à 16:31 dans
- Politique jurassienne

