Je prie pour lui

Le grand poète Aimé Césaire au plus mal
Le grand poète et homme politique Aimé Césaire est au plus mal. Je prie pour cet homme exemplaire, ancien maire de Fort-de-France et député durant près de cinquante ans de l’Assemblée nationale française, qui consacra toute sa vie à la défense de l’identité culturelle de son peuple. Avec son ami, le géant Léopold Sédar Senghor, il a forgé le concept de « négritude », (la conscience d’être noir) lequel promeut l’Afrique et sa culture dévalorisées par l’idéologie colonialiste et ses tentatives d’assimilation culturelle. De lui, André Breton dit : « Aimé Césaire est un Noir qui est non seulement un Noir ; mais tout l'homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s'imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité.» Le « père de la patrie martiniquaise » a un jour déclaré : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime.» Comme Senghor, l’humaniste Césaire est un homme qui mérite l’admiration du monde. Je prie pour lui. (PAC)
Un poème d’Aimé Césaire
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot ?
Ci-dessous, la conclusion de son livre sur Toussaint-Louverture, le libérateur d’Haïti, que je dédie à mon fils d’origine haïtienne :
« Quand Toussaint-Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la déclaration des droits de l'homme, ce fut pour montrer qu'il n'y a pas de race paria ; qu'il n'y a pas de pays marginal ; qu'il n'y a pas de peuple d'exception. Ce fut pour incarner et particulariser un principe ; autant dire pour le vivifier. Dans l'histoire et dans le domaine des droits de l'homme, il fut, pour le compte des nègres, l'opérateur et l'intercesseur. Cela lui assigne sa place, sa vraie place. Le combat de Toussaint-Louverture fut ce combat pour la transformation du droit formel en droit réel, le combat pour la reconnaissance de l'homme et c'est pourquoi il s'inscrit et inscrit la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue dans l'histoire de la civilisation universelle. S'il y a dans le personnage un côté négatif — difficilement évitable d'ailleurs eu égard à la situation — c'est en même temps là qu'il réside : de s'être davantage attaché à déduire l'existence de son peuple d'un universel abstrait qu'à saisir la singularité de son peuple pour la promouvoir à l'universalité. Insuffisante synthèse sans doute, mais qui donnait le branle décisif à l'histoire haïtienne. C'est pourquoi l'Intercesseur mérite bien le nom que lui donnent ses compatriotes d'aujourd'hui : le Précurseur.»
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12 Avril 2008 à 21:18 dans
- Philosophie et poésie

