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Le journal de Pierre-André Comte

Quelle politique fiscale, pour quelles incidences économiques et sociales ?

Hôtel cantonal, parlement du canton de Fribourg

Les partis face à leurs responsabilités

Hier, sans ce soucier des préventions de l’exécutif cantonal, le Grand Conseil fribourgeois a tranché en faveur d’une baisse fiscale massive. Unilatérale, devrait-on dire. Ladite baisse privera annuellement l’Etat de 100 millions de francs ! Au cours de la joute parlementaire, le député socialiste Raoul Girard, farouche opposant, a usé d’une jolie métaphore qui rappelle bien les risques de l’option majoritaire : « Avec toutes ces propositions [8 motions allant dans le sens d’une compression de la charge fiscale], nous assistons à un feu d’artifice. Mais les engins pyrotechniques, c’est cher, ça dure peu de temps, et c’est dangereux à manipuler » ! Quant à lui, le ministre des finances, Claude Lässer (PLR), craint que les décisions du parlement ne « déclenchent une guerre fiscale en Suisse romande » ! Il est probable en effet que les droites parlementaires surenchériront de zèle chacune de leur côté. A conjoncture flambante, flambée de défiscalisation !  (PAC)

Dans son commentaire du Temps (03.04.08), Yelmarc Roulet fait cette remarque pertinente : « On se bat désormais sur les modalités de redistribution des excédents. Ce nouvel affrontement politique ne sera pas moins virulent que le précédent, qui portait sur les économies. L’enjeu pour les cantons est de satisfaire la légitime aspiration des contribuables sans retomber dans les erreurs qui avaient plongé les caisses publiques dans le rouge ».

Qu’en est-il dans le canton du Jura ? Une baisse fiscale a été entamée par décision du peuple en 2004 (vote concomitant à celui concernant « Jura, Pays ouvert »). Elle se renforcera dès 2009, mais on en perçoit déjà les effets négatifs sur la santé des finances cantonales et communales. D’où la résolution de notre grand argentier, le ministre Charles Juillard - lequel doit se sentir conforté dans sa doctrine à la vue des comptes mirobolants des autres cantons romands -, de s’attaquer de front au « déficit structurel » de l’Etat.

Alors que le Jura dégage un bénéfice de 45'000 francs en 2007, ce qui est bien mais modeste, pour ne pas dire maigre, si l’on s’en réfère au mouvement général observé dans tout le pays, les Etats francophones cartonnent. En effet, les excédents de recettes s’élèvent respectivement à 274 millions (VD), 750 à 865 millions (GE), 74 millions (FR), 15 millions (NE), 27 millions (VS/prév. budgétaire), soit largement plus d’un milliard à eux cinq en considérant l’hypothèse basse des prévisions.

Bien sûr, de bonnes explications (Genève n’est pas le Jura, ou Vaud n’a pas une assise économique comparable, ou encore le DEWS ne nous a pas expressément (!) favorisés, etc.) peuvent être trouvées à cette « disproportion ». Suffisent-elles cependant à en expliquer l’ampleur ? Il n’est pas honteux de se poser la question, et ainsi celle de la… réponse à y donner.

Alors ? Adaptation de la fiscalité à la conjoncture, ou redimensionnement de l’Etat ? Etat « minimal » financé par un minimum d’impôts et dépourvu de tout rôle dans la réduction des inégalités, ou fiscalité efficace dans le financement de l’action publique et en même temps redistributive et réductrice des inégalités ? Nous sommes au cœur du débat, et chacun connaît les positions partisanes (de gauche à droite) à son sujet.

Dans le Jura, ce débat est malheureusement obéré par une certaine inhabileté politique à la réforme et une vision légèrement poussive de l’investissement public. Tous les partis doivent prendre leur part de responsabilités face à cette situation. On ne peut appréhender les enjeux de l’avenir et les projets qui y sont attachés sous le seul angle idéologique. Quid par exemple de la salle de spectacles et de création (CREA) dont le canton du Jura a un urgent besoin… depuis 30 ans, sans négociation politique sur son financement ? Politique fiscale, structure et train de vie de l’Etat, prestations d’icelui, investissement public, tout cela est lié.

Se cabrer et refuser d’entrer en matière sur tel ou tel aspect des choses pour des raisons subalternes en regard du bien commun serait irresponsable. Parler d’économies et de maîtrise de la dette n’est pas un crime. Pas plus que ne l’est l’affirmation d’une volonté de justice sociale. De notre faculté d’aborder l’ensemble de ces questions avec un minimum de détachement partisan dépend la cohésion cantonale, elle-même vecteur essentiel de progrès économique, culturel et social. (PAC)

Commentaires

  1. Je suis bien content de voir que la gauche se pose enfin les bonnes questions. Alors les enseignants feront-ils le nécessaire ? Il faut l'espérer, car les efforts qui leur sont demandés ne sont pas si injustidiés que ça. Bon, les gens du PDC et du PLR doivent aussi comprendre que c'est nécessaire de s'occuper des plus faibles. On verra tout ça. Salut !

    Posté par Gigi — 03 Avr 2008, 18:31


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