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L'obscénité démocratique
« Combien de temps le respect de la vie ou la sacralité de la mort peuvent-ils résister à la dé-ritualisation des fins de vie, à la fin des cortèges funéraires, à l’escamotage des agonies à l’hôpital, aux enterrements à la sauvette ? Combien de temps le ciment politique peut-il tenir, après le nettoyage rhétorique de notre langue et le diktat partout du premier degré (le second ne passe pas à la télé, comme chacun sait) ? Quelle envie de futur, dans le narcissisme de l’instant ? Combien de temps encore la civilisation, si toute civilité apparaît embourgeoisement, toute maîtrise des affects, affectation ? » Et plus loin : « Comment échapper à la barbarie si l’on se moque de la grammaire ? Comment détacher l’amoureux du sexuel si on n’a que cent mots à disposition ? » Questions essentielles posées par Régis Debray dans l’un de ses derniers ouvrages, où il s’en prend avec une légitime véhémence à cette scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité « au moment où la politique devient le tout-à-l’égo d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime ». A lire absolument pour ceux qui, n’ayant pas appris à échanger des mots, ont plus envie d’échanger des coups ! « Comment ne pas comprendre que le manque de mots conduit à l’animalité de l’être » ? s’interrogeait Marc Bonnant à la radio. Lisons et relisons, c’est la seule façon, au mieux de s’extirper de la médiocrité ambiante, au pire de pouvoir le prétendre… (PAC) Lire: Régis Debray, L'obscénité démocratique, Flammarion, Paris, 2007
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13 Mars 2008 à 18:53 dans
- Philosophie et poésie

