Francophonie et coopération
Fondée sur des principes généreux, la République et Canton du Jura est dotée d’une Constitution moderne, faite pour lui dégager des horizons. Elle a aujourd’hui l’âge où la nature conseille encore le rêve et incite à la découverte. Dès le départ, et c’est l’un de ses plus grands mérites, l’Etat jurassien a mis en pratique sa volonté d’ouverture au monde. Dans cette perspective, il pouvait profiter des liens étroits tissés entre les peuples de langue française d’Europe et d’Amérique, au rapprochement desquels avait patiemment œuvré Roland Béguelin depuis 1971. C’est ainsi qu’ont vu le jour des accords de coopération avec le Val d’Aoste, la Wallonie, Bruxelles ou la Belle Province. En 1983, René Lévesque, Premier Ministre du Québec, était triomphalement reçu à Delémont par les autorités jurassiennes et le Rassemblement jurassien. Cette dynamique lancée avec les dirigeants des régions francophones de souche, allait ensuite entraîner une politique de coopération élargie, à connotation humanitaire. (PAC - voir suite)
La coopération avec ces régions, auxquelles il faut ajouter celle de France voisine, doit dépasser le stade des traités institutionnels. L’offre de solidarité et de fraternité francophone aux jeunes Jurassiens peut représenter pour eux une alternative à l’isolement qu’ils vivent en tant qu’ « Européens de l’extérieur » dans une région déjà en marge de la Suisse. La coopération n’est pas seulement une affaire économique, elle est aussi un moyen culturel d’émancipation. Jour après jour, les manifestations de l’abdication face à l’ « œuvre de dépersonnalisation des nations », telle qu’elle est dénoncée par de nombreux intellectuels francophones, se multiplient avec une triste et persévérante éloquence : cela va des colloques scientifiques où l’usage du français est pratiquement exclu, jusqu’au déroulement en anglais des réunions des conseils d’administration de certaines grandes sociétés, en passant par l’omniprésence de la chanson et du cinéma américains à la radio et à la télévision et par le tournage, désormais fréquent, en anglais de longs métrages prétendument français. Le plus grave dans cette forme pernicieuse d’aliénation, c’est de tourner le dos à l’avenir, et de ne plus se reconnaître dans son propre héritage culturel. Le combat pour la langue française, le combat pour la francophonie est donc un combat pour la diversité du monde, un combat pour l’identité et pour l’alternative à un modèle idéologique. Dans chaque pays, dans chaque situation, cette diversité doit prendre en compte la diversité des conditions humaines. N’est-ce pas précisément la définition d’une conception humaniste de la politique ? Francophonie, langue française, pluralisme linguistique et diversité culturelle à l’échelle suisse et continentale, toutes notions, pour nous Jurassiens européens, consubstantielles de la culture qui est une dimension essentielle de la qualité de vie de tout individu et de toute collectivité, qui contribue à accroître la capacité d’épanouissement d’une collectivité et des individus qui la composent. Continuons donc, où plutôt recommençons à nous occuper de notre culture, qui façonne notre caractère et détermine notre manière de penser. Toute notre richesse se trouve-là. (PAC)-
06 Mars 2008 à 16:18 dans
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