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Le journal de Pierre-André Comte

Politique économique

Le retour du « salaire minimum »

La conjoncture économique permet à nos entreprises de réaliser en ce moment d’excellentes affaires. Chacun s’en félicite et réjouit. Cependant, les nouvelles richesses créées n’ont pas ou peu d’effets sur le niveau de vie des plus défavorisés. Dans ces conditions, l’Etat doit-il imaginer une politique qui conduise à une élévation sensible des salaires dans notre canton, cela aux fins d’assurer une redistribution équitable des fruits de la croissance ? Avec beaucoup d’autres, je le pense. D’où la question incidente de l’institution de « salaires minimaux ». 

On le sait, certains de nos compatriotes ne disposent pas des moyens financiers qui leur permettraient de nouer les deux bouts sans encombres. Parmi eux figurent souvent des jeunes, que les conditions générales de l’économie, un manque de formation ou l’absence de travail précipitent dans les difficultés. Les salaires à l’embauche dérisoires, ce sont eux qui les connaissent dans notre société dite solidaire, et notre devoir est de trouver les mesures politiques et économiques aptes à mettre fin à ce qu’on appelle pudiquement « phénomène des travailleurs pauvres ».  

Instaurer des « salaires minimaux », c’est refuser un marché du travail qui se développe et se structure autour de la précarité et de la flexibilité économiques. C’est établir un seuil, dont le but est d’installer le salarié dans une logique ou un processus de progression salariale. C’est un seuil minimum en deçà duquel on ne peut aller… ou descendre. C’est au bout du compte amener l’Etat à instituer une politique volontariste qui serve la sécurité de l’emploi et procure davantage de bien-être économique à la population dans son ensemble. (PAC)

Lorsqu’on parle de « salaires minimaux », on nous fait aussitôt le reproche d’opposer deux droits fondamentaux : le droit de la liberté du commerce au droit constitutionnel de toute personne capable de travailler de percevoir un salaire équitable. Voilà bien une manière de se défausser. Notre Constitution cantonale précise les choses clairement à son article 19 (chaque travailleur a droit au salaire qui lui assure un niveau de vie décent), et je m’en tiens à la charte fondamentale de notre canton.  

Selon le professeur Flückiger, qui dirige l’Observatoire universitaire de l’emploi de l’Université de Genève, le salaire minimal devrait être défini en fonction de la réalité de l’ensemble des salaires effectivement versés et ainsi être adapté aux conditions régnant sur le marché du travail. Une telle pratique permettrait de « raccrocher » les bas salaires à la rémunération des autres salariés, de « visualiser » les inégalités et donc de les combattre. L’Etat peut imaginer cette politique-là, sans enfreindre le moindre principe constitutionnel. Que celui du Jura montre l’exemple dans ce domaine serait tout à son honneur.  

A fin septembre 2005, dix-huit des vingt-cinq Etats membres de l’Union européenne, comme trois des pays candidats à l’adhésion, ont instauré un salaire minimum sur leur territoire national. De la Roumanie à la Pologne, du Portugal au Luxembourg en passant par le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, auxquels on peut ajouter, hors UE, les Etats-Unis, certes avec des disparités importantes, on a institué presque partout le principe du « salaire minimal ». Cela ne serait pas possible chez nous ? (PAC)


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