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Le journal de Pierre-André Comte

Coopération du Jura et de Bienne

         La mauvaise foi d’un plumitif

Dans son édition du 24 janvier, Le Matin publie un articulet sur le « contrat d'association du canton du Jura avec la ville de Bienne » (ma motion adoptée sous la forme du postulat par le Parlement jurassien le 21 janvier), avec ma photo, qui se termine par ces mots: « Beau retournement de veste! » Cette conclusion traduit la parfaite mauvaise foi du journaliste. Etre employé du Matin signifie-t-il avoir l'autorisation de dire tout et n'importe quoi ? Le chroniqueur devrait pourtant connaître le sujet, ou aurait pu se documenter… Mais non, ce qui ne l'a nullement empêché de produire un commentaire malhonnête. Il veut ironiser mais n'a pas les moyens de se hisser à la hauteur de l'exercice. Son objectif n’est que faire du tort, parce que le tort paie, comme est censée tuer la vanité, celle de certains journalistes dépassant largement les limites du raisonnable. Je renvoie le plumitif  aux prises de position (extraits ci-dessous) que je publie depuis 1993 à propos de la problématique biennoise au nom de mon mouvement. Il s'agit d'une réflexion permanente, qui montre que « retourner » ma veste n'est pas ma spécialité, ce qui n'est sûrement pas son cas. (PAC)

LA QUESTION BIENNOISE

Extraits

 Fête du Peuple 1993: 

On ne reviendra jamais assez sur l’ « argument biennois ». Comme chacun sait, le Jura-Sud a toujours manifesté une certaine méfiance à l'égard de la « cité de l'avenir ». Sur bien des plans, la ville exerce un réel pouvoir d'attraction. En tout état de cause, elle représentait à une époque un lieu d'émigration pour jeunes Jurassiens ambitieux. La région craignait d'y égarer sa substance active, hantise corroborée plus tard par le déplacement d'emplois, du district de Courtelary à Bienne notamment. 

Aujourd'hui, les choses n'ont pas tellement changé, si ce n'est que beaucoup de forces autochtones continuent à déserter la région au moment même ou des Seelandais (majoritairement germanophones) découvrent le charme de la nature jurassienne et s'installent dans nos villages proches du lac. Certes, ils ne sont les ennemis de personne. Ils sont seulement citoyens bernois auxquels la loi reconnaît la liberté fondamentale de vivre dans leur langue ! Si bien que, à l'heure actuelle, se constitue une couronne germanophone sur les limites biennoises. 

Si Bienne tient tant au Jura méridional, dit-on, ce serait aussi afin de sauvegarder son bilinguisme. Mais le bilinguisme biennois n’est-il pas un miroir aux alouettes dans la mesure ou les francophones de Bienne restent, dans la conduite des affaires de la ville, nettement sous-représentés par rapport à leur force électorale ? 

Quoi qu'il advienne, le bilinguisme biennois à partir duquel on exerce un chantage, ne se portera mieux que si deux États cantonaux aux frontières des langues joignent leurs énergies et leurs moyens pour le maintenir et le cultiver. Du côté des autorités jurassiennes, on y est déjà disposé. Un État confédéré francophone aux portes de Bienne est garant du maintien et de l'illustration du particularisme biennois.

 Fête du Peuple 1995: 

S’il avait formé un État souverain depuis 1815, le Jura aurait peut-être développé un pôle urbain en son centre et ce que nous disions plus haut eût été plus manifeste encore. Mais tel ne fut pas le cas et, au lieu de pouvoir se vouer à son propre essor, notre pays dut combattre jusqu’au désespoir parfois, l’hostilité constante de ses maîtres bernois, cupides et arrogants, qui le considéraient comme une vache à lait. Dans le domaine des investissements publics, il suffit de relire les plaintes « litaniques » des députés jurassiens pour être édifié. Rien de nouveau, donc, sous le soleil des Convers.  

Le délaissement scandaleux dans lequel le Jura dut croupir durant un siècle et demi explique-t-il que des centres urbains se soient développés à sa périphérie plutôt qu’en son sein ? Il y aurait là un bon dossier à plaider. Mais le résultat est là, incontestable: Bienne, la Chaux-de-Fonds et Neuchâtel ont bénéficié de l’exode massif des Jurassiens.   

La ville de Bienne, en particulier, bourgade germanophone en 1815, a su profiter d’une main-d’œuvre abondante et d’une situation centrale dans le canton de Berne. Elle en a tiré parti sur le plan politique et a joué de son dynamisme industriel pour s’affirmer avec force. Il suffit de voir ses structures scolaires ou hospitalières pour s’en convaincre.

Devenue bilingue au cours du 19e siècle, Bienne a dû gérer cette particularité à deux niveaux : à l’échelon communal, l’affaire est traitée à peu près comme à Fribourg, Sierre ou Bruxelles. Tout est fait en deux langues et chacun s’exprime dans la sienne pour se plaindre de la sur-représentation de l’autre. Vieux comme le monde! 

A l’échelon cantonal, la ville de Bienne en tant que telle n’est pas concernée, mais les francophones bénéficient évidemment du bilinguisme de l’État bernois. A ce titre, ils craignent que la perte du Jura méridional conduise l’administration cantonale à abandonner peu à peu le français. Que cette crainte soit fondée ou non, nul ne peut le dire avec certitude. Il suffit qu’elle s’exprime pour être prise en compte. On pourrait donc s’attendre de la part des Romands de Bienne à une double réaction : d’une part, ils devraient se féliciter que l’Accord du 25 mars 1994 consacre les frontières actuelles; de l’autre, ils auraient avantage à long terme à appuyer le Jura-Sud et à soutenir ses élus face à l’administration bernoise. 

Jurassiens et Biennois partagent évidemment un certain nombre d’intérêts. Mais ils sont souvent aussi en situation de rivalité, ce qui est naturel. Or, l’astuce consiste à invoquer la solidarité pour l’emporter dans la rivalité. Il faut craindre que, d’une manière plus générale, Bienne considère cyniquement le Jura-Sud comme son arrière-pays, sorte de placard à piétaille dans lequel on va se servir de suffrages ou d’argent selon ses besoins. L’œuvre serait achevée le jour où les politiciens biennois, occupant le devant de la scène, se mettraient à parler au nom du Jura-Sud, entreprise avec laquelle certains et certaine s’adonnent déjà avec un culot spectaculaire… 

Fête du Peuple 2007: 

Dans le cadre bernois, Jurassiens du Sud et Biennois romands ont avantage à défendre ensemble la culture française, dans la mesure où elle est en question, notamment dans le domaine scolaire. Qu’ils se coalisent sur de tels objets ressortit à la simple logique. En revanche, il est capital pour nos districts méridionaux qu’ils disposent de contrepoids efficaces, afin de n’être pas phagocytés par une ville si proche et si prompte à tirer la couverture à elle. 

L’Assemblée interjurassienne, par son caractère uniquement jurassien, constitue donc bien une instance de rééquilibrage, dont les Biennois ne sont pas exclus par caprice ou par sectarisme, mais bien pour la sauvegarde du Sud. Il est essentiel que les choses restent en l’état, ce qui n’exclut nullement des contacts ponctuels avec Bienne lorsque les sujets traités y invitent. Mais sur le fond, il s’agit d’éviter des empiétements sur un Jura méridional, dont Dieu sait qu’il n’en a pas besoin !

A l’inverse de nos adversaires, nous proposons un élément positif dans ce débat, sous la forme d’un projet qui montre ce que pourraient être les relations entre un Jura-Sud indépendant et les Romands de Bienne, notamment par leur renforcement découlant des moyens politiques et matériels que fournirait cette indépendance. Nous réaffirmons, comme dans le passé, qu’un État confédéré francophone aux portes de la ville de Bienne est garant du maintien et de l’illustration du particularisme biennois.  

Tout le monde a intérêt à ce que le bilinguisme biennois soit renforcé et plus largement protégé. Cela est possible au gré de l’attribution d’un statut spécial pour la ville de Bienne, qui consacre son bilinguisme institutionnel et son appartenance bi-régionale, en fasse un territoire intercantonal, voire fédéral. Tel statut élèverait Bienne au rang de « cité de la coopération et du rayonnement interculturel » de la Suisse.

Elle serait un espace où l’expansion du plurilinguisme, co-financé par le canton de Berne et le nouvel Etat cantonal jurassien à ses portes, lui attribuerait un rôle central dans la promotion du fédéralisme helvétique. 

Des solutions existent, qui peuvent répondre aux interrogations des Romands de Bienne, qu’il importe d’évaluer et de défendre plutôt que, comme ces derniers ont tendance à le faire, de contribuer aux incompréhensions politiques dont ne profite que le canton de Berne dans ses relations avec le Jura méridional. 

C’est dans cette perspective que j’ai déposé le 20 juin 2007, avec le groupe de concertation créé en avril, la motion parlementaire (835), dans laquelle nous proposons qu’un « contrat d’association » avec la Ville de Bienne voie le jour. C’est en réponse à l’intervention de Mme la Ministre Elisabeth Baume-Schneider au Parlement que cette proposition a été formulée. Il est normal à nos yeux que l’Etat soit prospectif dans la définition de son futur institutionnel dans le cadre d’un partage de souveraineté avec le Jura méridional et qu’il serait, au demeurant, logique qu’une telle démarche s’applique de la même façon pour ce qui concerne ses rapports futurs avec Bienne comme nouvelle voisine. (PAC)


Commentaires

  1. Peut-être que ce n'était pas la bonne démarche à la bonne place...mais elle est faite, et disons, la mauvaise foi des uns, même journaliste cause pas mal de dégâts !!!
    Il n'y a rien à redire sur la position de base et il faut continuer d'offrir aux Biennois une place juste tout en faisant attention de ne pas se faire avaler par eux.
    L'avenir nous montrera qui a raison.

    Posté par Roger — 26 Jan 2008, 17:10

  2. Vaut-il vraiment la peine de s'énerver pour la soupe racoleuse et souvent nauséabonde servie par ce torchon?

    Posté par pointilleuse — 06 Fev 2008, 20:19


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