Humaniser l'humanité
30 décembre 2006. Dans son blog publié sur le site du Monde, Pierre Assouline livre une « note » dans laquelle il salue «L’honneur de Miguel de Unanumo», revenant en cela sur le discours prononcé par le philosophe à l’université de Salamanque le 12 octobre 1936. Devant l’épouse de Franco et des généraux enragés, après avoir dû subir les diatribes anti-Basques et anti-Catalans du général Astray sous les approbations nazifiantes des phalangistes, le vieux Monsieur prononça des mots de désapprobation suscitant les «Viva la muerte» et les «Mueran los intelectuales !» du général en question : « Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez son enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous disposez de la force brutale ; vous ne convaincrez pas car il vous manque la raison. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai terminé.» Il quitta l’estrade dans un silence de mort avant d’être prestement évacué sous les insultes des phalangistes, précise Assouline. Démissionné, Miguel de Unanumo mourut peu après de «tristesse et d’écœurement». Honneur de l’homme. Honneur de l’humanité.
30 décembre 2006. La TV iraquienne diffuse l’image de Saddam Hussein allant à la pendaison. Exécuté. Bush exulte. Human Rights Watch (Observatoire des Droits de l'homme) condamne: «Saddam Hussein était responsable de terribles et nombreuses violations des droits de l’homme, mais ses actes, aussi brutaux soient-ils, ne peuvent justifier son exécution, une punition cruelle et inhumaine.» Avec à la mémoire la liquidation bestiale de Ceausescu, je partage cet avis. L’exécution d’un être humain, ce dernier fut-il parmi les monstres les plus abominables, demeure un acte d’irrationnelle sauvagerie, injustifié au regard même des droits fondamentaux au nom desquels il prétend s’imposer.
30 décembre 2006. Dans une réplique à Hutten, Erasme avait dit : «Mon devoir est de favoriser la cause de la civilisation!» La civilisation, oui. Mais qu’est-ce donc aujourd’hui ? J’en viens à Stefan Zweig dans son ouvrage consacré en 1935 au maître de Rotterdam : «Ce qu’Erasme transmettait à la postérité, dit-il, au milieu du désarroi de la guerre et des dissensions européennes, n’était que l’antique rêve, renouvelé des religions et des mythes, d’une future et inévitable humanisation de l’humanité, du triomphe de la lumineuse et équitable raison sur la vanité égoïste des passions.» Humaniser l’humanité.
30 décembre 2006 toujours. Humanisme. Puisse 2007 diriger les hommes vers cet idéal ou l’honneur de Unanumo et le rêve d’Erasme, réduisant à l’échec pulsions de mort et désirs de vengeance, s’imposent à tous, car l’homme, pour en finir avec Zweig, «ne pourra jamais vivre ni rien faire sans ce consolant espoir de progrès moral.» Cela reste notre actualité. (PAC)