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Le journal de Pierre-André Comte

Pour ceux qui doutent...

FOYER

Elle est petite, la patrie

Qui verdoie entre Suze et Doubs;

Elle n'en est que plus chérie,

Et son ciel n'en est que plus doux,

C'est la vieille maison des pères,

Où l'on partage avec les siens

Les jours sombres, les jours prospères.

C'est le foyer, Jurassiens.

POURQUOI JE L'AIME

Je l'aime! Voulez-vous savoir pourquoi je l'aime,

Mon Jura si petit sous le grand ciel de Dieu ?

Je l'aime autant qu'on peut l'aimer, et tout de même

Il mesemble parfois que je l'aime trop peu.

 

Poèmes de Virgile Rossel (extraits)


Coopération parlementaire

Réunion du Comité mixte tripartite à Delémont, les 17 et 18 novembre 2008

Le Comité mixte a traité deux thèmes de réflexion et d’action, le premier ayant trait à la gestion des eaux, le second à celle des déchets. Avant cela, il a débattu de la situation institutionnelle et politique des trois entités. Les représentants de la Communauté française Wallonie-Bruxelles ont détaillé l’évolution des divergences  inter-communautaires quant à l'avenir de l'Etat fédéral belge, soulignant leur gravité pour l’avenir du pays en raison de l’intransigeance des partis d’extrême droite flamands dans les négociations relatives à la réforme de l’Etat. Il a été indiqué à ce propos qu’une commission « Wallonie-Bruxelles » planchait sur les conditions d’une plus forte association institutionnelle entre la capitale européenne et la région wallonne. (Suite)

Retour aux sources

Ô ma belle

J'y ai découvert un petit bijou de La Bruyère. Je me tais. "La même justesse d'esprit qui nous fait écrire de bonnes choses nous fait appréhender qu'elles ne le soient pas assez pour mériter d'être lues..." Grand homme. (PAC)


Lecture d’été

Dans les bulles sublimes…

Qui que ce soit que vous ayez à l’apéro, et si Dieu dans sa bonté et sa grande prévoyance vous en fait posséder une ou deux bouteilles – plus aussi –, n’hésitez pas à lui offrir du champagne ! « Aux voix sans nombre qui l'ont loué, ce champagne générateur de passion créatrice, de bon sens et de belle humeur, je voudrais ajouter ma louange enthousiaste. » Je ne connais pas l’auteur de cette phrase aux allures d’hommage solennel. Je la fais mienne, en espérant l’indulgence dudit auteur. Dans un ouvrage signé par un certain Dr Maury, je découvre également les vertus des bulles divines, de ce vin blanc couleur d’or pâle, au bouquet sublime que l’on doit à Dom Pérignon : action euphorisante et stimulante sur les centres affectifs… excellent préventif des affections cardiaques, tonique psychique, j’en passe et des meilleurs. J’étais samedi en fort bonne compagnie en mon antre. Excellente soirée à vrai dire, comme il se doit « inaugurée » par un champagne qui tenait son rang. D’ici peu, avant qu’il ne s’envole vers l’Empire du Milieu pour y narrer les exploits de ses chers gymnastes, je retrouverai mon ami commentateur, et nous nous enverrons une p’tite coupe, dans un rituel parfaitement réglé. Après, on verra. Bref. A votre santé ! (PAC)


Nouvelle littéraire

... grand cadavre à la renverse... 

Je n'avais pas encore lu le dernier essai de BHL. Un ami me l'a gentiment prêté. Le « grand cadavre à la renverse » dont il est question - et déjà sous celle de Sartre -, c'est la gauche. Comment avoir été de gauche et le demeurer aujourd'hui, alors même que la gauche est morte et que l'état avancé de décomposition de la dépouille autorise à diagnostiquer que « les vers s['y] sont mis » ? Comment la ranimer, cette momie ? Ce sont peu ou prou les questions que se pose ici l'auteur de La Barbarie à visage humain (1977) et auxquelles il tente de répondre avec une fidélité, une vraie dignité, un sentiment d'urgence que ne lui contesteront que ses contempteurs les plus fanatiques. Ces phrases sont de Nathalie Crom. Elles résument bien l'oeuvre de BHL. Tout homme de gauche devrait le lire. (PAC)


6 juin !

Bonne fête, Philou !


Théâtre chez moi

Le Théâtre Escarboucle en tournée romande

Quel honneur ! Je reçois chez moi ce soir les trois comédiens et le metteur en scène, l'excellente Anne-Lise Prudat. Nous allons, je le sens, faire un repas somptueux, entrecoupé de bons mots et de rires chaleureux. En gros, une soirée magnifique. Actif depuis plus de 25 ans, le Théâtre Escarboucle présente en ce printemps 2008 la tournée du spectacle MOI tit Jack, créé en septembre 2007 et, simultanément, la parution du texte original d'Emanuelle delle Piane, diffusé à 5'000 exemplaires et diffusé largement auprès des enfants et des adultes, permettant ainsi de réaliser parallèlement un travail d'éveil au métier d'auteur dramatique et aux questions du droit d'auteur. Il y aurait encore tant à dire à propos d'Escarboucle. Je me contente de lui rendre hommage et d'inciter les gens à suivre son activité et à admirer ses créations (www.theatre-escarboucle.ch). Le théâtre fait halte à Courrendlin, et en ce moment-même à Vellerat. J'ai le privilège et le plaisir d'être l'hôte des comédiens: Viviane Gay, Delphine Rudasigwa, et Stéphane Rentznik, tous trois jeunes comédiens fort talentueux et pleins d'avenir. Bienvenue à vous ! (PAC)


Ecrivain, suite...

Photo de l'excellent Jacques Bélat 

Fragments de pays et de mémoire

Page 47. " Cervelas. A la mi-temps des matchs au Tirage, on fait la queue à la buvette pour obtenir un cervelas, posé sur un rectangle en carton avec une grosse tache de moutarde et une épaisse tranche de pain de campagne. Je n'en ai jamais mangé de plus savoureux qu'en ces circonstances. Le haut-parleur du stade diffuse une musique sans intérêt, et quelques publicités pour des entreprises de la région, les gens partagent leurs impressions, repassent les actions dans leur tête, disent les remplacements à effectuer, tentent un pronostic, et nous repartons derrière les buts, avec un Sinalco dans l'autre main, la partie reprend, le cervelas est avalé.

Il arrive aussi qu'on fasse griller le cervelas sur un feu de bois, après avoir coupé en croix chacune des extrémités. L'effet est alors immédiat, les parties se recroquevillent et prennent l'allure d'un pied de porc. J'aime les cuire un peu trop, avec la croûte sombre qui crisse sous la dent."

Extrait du livre de Bernard Comment, présenté vendredi soir à Porrentruy par l'auteur. J'ai vécu quatre ans à Porrentruy, et me suis entraîné quatre ans sur la cendrée du Tirage. Au stade, j'ai vu plusieurs parties d'une époque glorieuse (Conz, Guélat, etc.). L'été, je continue d'adorer cuire quelque cervelas. Dérision ? Non, plaisir simple, rieur, qui fait rudement du bien. Le livre de mon ami doit être lu par tout Ajoulot bien né, par tout Jurassien, et bien au-delà, conscient de ce qu'il est. Excellente lecture à tous, bon dimanche, et bon cervelas s'il vous prend l'envie d'en griller un... Amitiés. (PAC)


Fragments de pays et de mémoire

Entre deux... Une enfance en Ajoie

Un livre magnifique, des textes courts, ciselés, qui accrochent aux premiers mots. Dans la collection "Originaires", Bernard Comment "revisite le territoire de ses premières années (...) Il s'en dégage un sentiment de bonheur, de joie et de mélancolie". Un vrai très bon livre que je vous recommande chaudement. L'auteur sera présent ce soir à Porrentruy, dans le cadre du deuxième Salon du Livre d'art et d'artistes d'Ornans mis sur pied par le Centre régional du livre de Franche-Comté. La soirée est organisée par la Bibliothèque cantonale jurassienne et se déroule dès 20 h.15 à l'Hôtel des Halles à Porrentruy. Un excellent moment en perspective avec l'écrivain... et patriote jurassien. (PAC)


Lecture au soleil de Pentecôte

Le livre est une fenêtre par laquelle on s'évade

Julien Green

Lecture à l’ombre douce d’un arbre en pleine renaissance. «Les livres ne sauveront sans doute pas le monde, mais ils nous aident à supporter sa folie, et tant que les gens liront, il y aura un peu d’espoir.» Je ne sais plus qui a dit cela, mais il avait raison. Aussi je passerai la journée à lire et relire, des textes sur le Jura, son histoire et ses espoirs. A ce propos-là, comme le recommandait Marcel Aymé, regardons plus loin en arrière ! Pour y trouver les valeurs fondamentales perdues, dissipées ou simplement négligées. Il y aura aussi quelques gaudrioles littéraires, toujours bonnes à prendre. Le bonheur, c’est le plaisir sans remords, disait Socrate. Brave philosophe. Dans la lecture se trouve le vrai secret du bonheur. Tournons cette page sublime, pour en trouver la sœur, passons à l’autre ouvrage, à ceux-là de même, tous objets de vénération… C’est tellement bon. (PAC)

Réflexion privée

A propos de l’apparente fuite devant les « responsabilités de l’intellectuel »

J’ai un bon Ami (le A majuscule est volontaire) parlementaire grand connaisseur de Camus. Comme moi, mieux que moi en raison de ses larges connaissances sur l’écrivain, il admire son œuvre, l’entoure d’une affection fidèle et y recourt quand une sentence définitive est nécessaire. Nous ne divergeons que sur un seul point : celui de la préférence de ou dans l’œuvre immense. Il préfère Le Mythe de Sisyphe, je me réserve La Chute. Bref. Je retourne à lui ces jours grâce à Jean-François Revel, qui rappelle dans son ouvrage publié en 1988, La Connaissance inutile, le cas de conscience algérien de Camus dans le débat plus large né de la polémique autour de L’Homme révolté (1951). Ayant dit, affirme Revel, « qu’il n’est pas de Bien absolu à gauche, pas plus qu’à droite, Camus avait déclenché contre lui une campagne de dénigrement dont la méchanceté et la malhonnêteté n’eurent d’égale que l’efficacité. » Et de poursuivre : « Toute déclaration publique de sa part était, sans délai, déformée, travestie, ridiculisée. Alors à quoi bon ? » Le silence qu’observait Camus à propos de la guerre d’Algérie, c’était aussi le silence auquel l’avait condamné l’intolérance de la gauche… Bon été camarade, et que la réflexion te soit propice. (PAC)


Ô orateurs incomparables !

Que vive cet art et périssent ses détracteurs !

J’écoute et réécoute. Je regarde et regarde à nouveau le film de l’hommage rendu à Me Dominique Poncet par ses amis illustres, le 29 septembre 2006 à Genève. Marc Bonnant m’en a gentiment offert une copie DVD. La joute oratoire met en présence des avocats d’un talent inégalable. Quelle jouissance d’entendre les plaidoiries de Me Henri Leclerc, de Me Halpérin, ou de Me Jacques Vergès. Un feu d’artifice. Tous sont exceptionnels. Me Vergès est flamboyant, et son cri du cœur, traversant le ciel comme un éclair lancé vers Farinet, secoue les tripes. Illumine le cœur. Et puis, le dernier orateur, Me Bonnant, Cicéron du barreau genevois, ou Démosthène, c’est comme on voudra, et son époustouflante éloquence ! Il y a des moments comme ça, sublimes, qui vous font espérer en la beauté des choses dans un monde qui aime tant la laideur, la vulgarité langagière, l’inculture des uns et l’inélégance des autres… « La passion de défendre » : c’est l’intitulé du film dont je parle. Je dormirai bien, après avoir relu de Platon quelque chapitre de son Protagoras, le maître… de mon maître. (PAC)

Ecrivez !

Délai: avant le 10 mai

Ceux qui veulent s'essayer à l'écriture peuvent participer à l'opération "Le roman noir de Libération". Cet été, précise le journal, sera publié un hors-série recensant les plus grands faits divers et affaire criminelles de ces trente dernières années. Les dernières pages seront consacrées à une nouvelle écrite par un lecteur. Le thème: une histoire policière, la longueur: 7 500 caractères, la date: avant le 10 mai. Textes à envoyer sous format Word à roman.noir@liberation.fr Alors, à vos plumes. Je ne sais pas, moi, il y a bien des sujets à traiter. Il suffit d'un peu d'imagination. Même dans le Jura, parfois, la réalité dépasse la fiction. Et si vous écriviez un polar sur l'affaire des vrais-faux courriels pour la répartition des départements au gouvernement ? Un peu de courage. Du Juragate, Canal+ en a déjà parlé. Alors pourquoi pas Libération ? Bon, j'en conviens. Il ne sert non plus à rien d'en rajouter, le Jura ayant déjà été suffisamment humilié dans cette pitoyable affaire de "corbeaux et de pleureuses", les secondes ne cédant rien aux premiers dans le genre ridicule. (PAC)


Vacances, oisifs ?

Une apologie des oisifs...

Dans son Apologie des oisifs (1877), Robert Louis Stevenson dit ceci, qui en fera frémir plus d’un : « Aujourd’hui, chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. La partie adverse se contente de vivre modestement, et préfère profiter du temps ainsi gagné pour observer les autres et prendre du bon temps, mais leurs protestations ont des accents de bravade et de gasconnade. Il ne devrait pourtant pas en être ainsi. Cette prétendue oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail »… La paresse et la conversation – au même titre que l’assassinat – méritent de figurer parmi les beaux-arts : voilà ce qu’on découvre (ou qu'on peut découvrir...) en parcourant les textes jubilatoires de l'auteur écossais, non dépourvus, au contraire, de ces excentricités britanniques dont l’esprit est aisément friand… Et puis, de nos jours, des phrases légères, si joyeusement éloignées des incantations ségolèsarkonesques sur la valeur du travail… Bon, d’accord. Il s’agit de littérature.(PAC)


Littérature et politique

Mignonne, allons voir...

C'est le titre d'un livre brillant de Marc Lambron (acquis à la Page d'Encre à Delémont). Parfois trop à travers quelques passages lustrés à un esthétisme littéraire qui peut paraître pédant (pardon pour cette outrecuidance !). Mais vraiment brillant, que l’on avale en moins de trois heures en lecture lettres à mots et mots à phrases. Voilà pour la forme. Sur le fond, l’analyse est passionnante, mordante, corrosive, quelquefois même enfiellée. Ségolène Royal y est décrite dans son amnésie (elle a été 25 ans dans les arcanes du pouvoir, au parti, au Conseil des ministres et à l’Elysée) au service d’une virginité à propos de laquelle les Français commencent à se poser des questions. « Avec Ségolène, la gauche avoue son immense désir de droite», décoche l’auteur. Ça fera plaisir à ses égéries du coin ! « Le thème de l’ordre juste, inspiré de saint Thomas d’Aquin, vient d’une encyclique de Benoît XVI. Même si Ségolène ne va plus à la messe, puisqu’elle l'a dit elle-même, on sent très bien dans son discours une dispersion du christianisme en particules élémentaires : le souci de la famille, le respect de l’enfant, la compassion spectaculaire, le prêche moral. » On appréciera comme on voudra. Revient aussi, comme chez Besson, l’ex-conseiller économique dont le livre vengeur sortira ce mardi 20 mars, la description d’une sorte d’irrépressible « volonté de pouvoir personnel » chez Ségolène. La tueuse « d’éléphants » qui « flique ses enfants », comme elle l’a avoué, se préparerait-elle à fliquer la France ? Au-dessus de cette France transformée «en gigantesque réunion Tupperware » règnera-t-il une «Mère la Pudeur », comme jadis un « Père la Victoire », alias « Le Tigre », alias Clémenceau (l'allusion n'est ici qu'effet de manche sans rapport avec le sujet, cela va de soi), rigidement engoncée dans son tailleur immaculé, prête à taper sur les doigts des impertinents et sauvageons chers à Jean-Pierre Chevènement ? L’avenir, et surtout les Français en décideront. Pour le reste, la description du naufrage programmé de l’ex-trotskiste Jospin butant sur l’obstacle du petit postier révolutionnaire est admirable de réalisme. Un point de désaccord : quelques soupçonneuses diatribes à l’encontre de François Mitterrand, mon idole malgré les critiques les plus sombres. A propos de Ségolène, le philosophe Alain Finkielkraut, jamais en reste d’une cruauté intellectuelle, parle de « vacuité maternante » ! Pour Lambron, on trouve chez elle «l’enfant de l’armée-Etat-parti qui habille de fanfreluches participatives une poigne de fer et un tempérament d’autocrate »… Mais, au risque d’être qualifié d’affreux misogyne par les misandres de tous poils qui peuplent nos contrées, n’en disons davantage. Excellente lecture donc que celle de Mignonne, allons voir… de Marc Lambron, chez Grasset. (PAC)


A lire et relire

Au sommet de la littérature

« On ne préserve ces amitiés exaltantes et douces qu’en vivant du souvenir d’où jaillit l’eau fraîche ; mais qu’on ne tente pas de répéter le choc de la baguette sur le rocher ; il ne se fendra pas ; et seule demeurera la sécheresse, d’autant plus désolante qu’elle exprime désormais l’abandon de la grâce. » Ces phrases figurent dans ce très beau livre publié en 1996 par les Éditions Odile Jacob. On y découvre, comme dans les autres ouvrages du Président, l’immense écrivain qu’il était, dont la carrière littéraire aurait été des plus brillantes s’il lui eût été donné d’y consacrer sa vie. Le destin en a voulu autrement, ce qui n’empêche nullement François Mitterrand d’atteindre des sommets que nul autre homme ou femme politique n’a eu la moindre chance de côtoyer avant lui, à l’exception de l’homme du 18 juin. Je relis cet ouvrage avec la même voracité ( ! ) qu’il y a dix ans. (PAC)


Rêve de Ramuz

C'est la montagne qui est tombée...

J’ai rêvé. J’étais au sommet de la Quille du diable, que j’avais jadis gravie au service militaire. Au Nord-Est, il y avait le glacier de Tsanfleuron, puis après un quart de tour de tête, du surplomb j’ai vu le vallon de Derborence et son éboulement, immortalisé par le roman de Ramuz. Justement. C’est qu’avant de fermer l’œil, si tard dans la nuit, j’ai relu quelques chapitres de «Derborence», ainsi XI : « Derborence, le mot chante triste et doux dans la tête pendant qu’on se penche sur le vide, où il n’y a plus rien, et on voit qu’il n’y a plus rien. C’est l’hiver au-dessous de vous, c’est la morte-saison tout le long de l’année. Et si loin que le regard porte, il n’y a plus rien que des pierres et des pierres et toujours des pierres. Depuis deux cents ans à peu près. Seul quelquefois un troupeau de moutons se montre dans ces solitudes, à cause d’un peu d’herbe qui y pousse, là où la roche lui laisse la place de percer ; il y erre longuement comme l’ombre d’une nuage. » (…) Ramuz, merveilleux, le style, la langue qui se façonne, se taille, authentique, profonde, qui ne vieillira jamais. (PAC)


Poésie chinoise

Clos aux cerfs

Montagne vide. Plus personne en vue. Seuls échos des voix résonnant au loin. Rayon du couchant dans le bois profond: Sur les mousses un ultime éclat: vert. Wang Wei (Calligraphie de Fabienne Verdier)


Nouveautés fracassantes

Viennent de sortir, à ne pas manquer. Des lectures passionnantes !

TUEZ LES TOUS !

"Le voyage auquel nous convions le lecteur n'a rien d'une partie de plaisir. C'est un voyage au bout de l'enfer, un enfer qu'on ne gagne qu'à force de vouloir gagner le paradis. Il n'y a là aucun sadisme, ni prédilection particulière pour le sang versé au nom de Dieu, ce voyage est plus qu'utile, il est urgent. Car la guerre de religion, que nous autres Occidentaux croyions reléguée depuis longtemps au rayon des antiquités barbares, refait surface, et de quelle terrible manière." (Les auteurs)

LES BULLOCRATES

(...) "Quand les lustres clament, sur tous les tons, que nos difficultés proviennent du fait que le coût du travail (et donc des salaires) sont beaucoup trop élevés, et quand la moquette réplique, cadres et classes moyennes compris, que l'usure de son pouvoir d'achat contribue à casser la dynamique de croissance, qui est le plus proche de la vérité, les lustres ou la moquette?" (JFK - p.130) Du tout grand Kahn ! (PAC)


Lecture d'été

Tzvetan Todorov - Ed. Laffont, Paris, 2000

A l'heure où les bombes enlisent un pays, à celle où des terroristes fomentent l'élimination d'un autre, au moment où dans le Darfour s'assèchent les coeurs de milliers de victimes abandonnés à leur sort, à l'instant où le hasard tue par centaines les enfants de Bagdad, une deuxième lecture de l'oeuvre de Todorov s'impose à moi. Pour essayer de comprendre le temps d'aujourd'hui. La faillite inaugurale de ce siècle: ne devait-il pas se débarrasser des totalitarismes qui ont ensanglanté le précédent, le mien puisque j'y ai grandi? Une quête de vérité.

 (Suite)