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Le journal de Pierre-André Comte

Les enjeux de demain

     Le temps d'une indispensable refondation

Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle parce que son projet était clair. Parce qu’il a su décomplexer la droite, tout en éradiquant son extrême, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites. Les Français ont largement voté pour sa volonté d’action et le retour a des valeurs basiques laissées à l’abandon depuis longtemps. Ségolène Royal a perdu son pari pour plusieurs raisons, dont un manque flagrant de précision, s’agissant du financement de ses propositions. Elle a surtout souffert de représenter un parti devenu archaïque au fil de ses querelles d’appareil et du déphasage de ses thèses. Passer de Krivine à Bayrou n’était pas non plus de nature à lui donner l’avantage. Enfin, elle a été scandaleusement trompée (même légèrement pompette, Bernard Tapie avait parfaitement raison au soir du premier tour à la télé) par quelques éléphants trop contents de la faire perdre pour faire valoir leurs intérêts plus tard (par analogie, c’est précisément l’attitude qu’ont eu certains voyous et voyoutes à mon égard en octobre 2006). Une refondation de la gauche s’impose. En dehors de la sociale démocratie, elle n’a aucune chance d’aboutir. Je suis assez d’accord avec DSK et Kouchner : il faut choisir la raison. Ni Besancenot, ni Bové, encore moins Voynet ne l’incarnent. Il faut voir ailleurs et… penser à commencer de répondre aux préoccupations des gens. N’est-ce pas justement ce que disent Micheline Calmy-Rey et Franco Cavalli - qu'on ne peut pas accuser d'être affreux centristes - à propos des socialistes suisses ? S’ils ne changent pas leur fusil d’épaule, ceux-ci se ramasseront une gamelle aux prochaines élections fédérales. Ce n’est pas en pondant des tonnes d’expertises toutes plus intelligentes et incompréhensibles les unes que les autres, qu’on y parviendra. Il faut secouer la poussière, ici comme dans l’Hexagone. Et dans le Jura ? N’en parlons même pas ! (PAC)


Ségolène revient

Victoire aux points

Si Ségolène est élue dimanche prochain, elle le devra au débat d’hier soir. Mon impression est qu’elle a dominé Nicolas. Certes, ce dernier ne subit pas une défaite, mais le fait de ne l’avoir pas emporté comme le prédisaient les milieux prétendus autorisés a installé dans l’esprit des Français l’idée que sa concurrente pouvait faire une bonne présidente de la République. Elle s’est crédibilisée, ainsi que le concèdent les machistes – y compris dans son parti – qui raillaient la femme. De ce point de vue, je suis assez d’accord avec Laurent Joffrin de Libération : « Nicolas Sarkozy n’a pas perdu, mais Ségolène Royal a gagné » ! La championne socialiste parviendra-t-elle à combler son retard en quarante-huit heures ? Ce n’est pas impossible. La dernière semaine de la campagne a mieux commencé pour elle avec le triomphe de Charlety, lequel a surpassé l’imposant succès de Bercy de son adversaire. Cette semaine cruciale se terminera-t-elle par une victoire « sur le fil »  de la candidate socialiste ? Tout est ouvert. (PAC)


Duel décisif

 Un débat télévisé qui promet

Le débat télévisé de tout à l’heure sera décisif. Tel est mon sentiment, qui repose sur les quelques évidences suivantes. Un duel homme-femme est plus difficile qu’un combat unisexe. Trop pugnace, la femme apparaît comme trop agressive. C’est comme cela, et on n’y peut rien. Être agressif à l’égard d’une femme, l’homme n’a même pas le droit d’y penser, car il serait instantanément cuit ! Ferait-il preuve de condescendance qu’il passerait légitimement pour un affreux goujat, voire un orgueilleux malhonnête. Délibérément sur le mode de « l’incarnation » matriarcale, ou sur celui de la séduction par l’image, la femme se condamne à être prise pour incompétente ou trop légère pour enfiler l’habit présidentiel. Ces données-là, souvent décrites dans les manuels, sont simples à comprendre. Une erreur d’interprétation à leur propos sera fatale. Les programmes de l’une et de l’autre ? On les connaît par cœur, et il est inutile d’épiloguer. Qu’on le veuille ou non, l’apparence l’emportera sur toute autre considération. Il faudra de l’éloquence. Par rapport à leurs prédécesseurs (Mitterrand et Giscard en premier lieu), ils n’en possèdent que peu, et dire cela n’est pas leur faire injure. L’un deux trouvera-t-il la saillie, la phrase, le mot, le trait dont l’esprit s’empare sur-le-champ pour en faire son beurre électoral ? Je le souhaite à Ségolène car, s’il m’était donné le privilège d’être aussi électeur français, je voterais pour elle. Ce qui ne m’empêche pas de souhaiter bonne chance aux deux gladiateurs qui seront jetés dans l’arène devant vingt-cinq millions de spectateurs ! Quel qu’il soit, républicain, le président de la France est hautement respectable. (PAC)

La France que j'aime !

Ce soir, la France présidente !

La France vote. Au terme d’une campagne qui a passionné les foules, la République franchit aujourd’hui un pas décisif vers la désignation de son président. Sera-ce Ségolène-Sarkozy ? Sarkozy-Bayrou ? Bayrou-Ségolène ? Et quel résultat obtiendra le Menhir ? Nouvelle surprise créée par Le Pen ? On retient son souffle. C’est un pays extraordinaire, qui garde son peuple en haleine de longs mois face à une échéance électorale, fut-elle la reine ! Héritière de la Révolution, la démocratie française fait preuve d’une remarquable (incomparable ?) vigueur. C’est le dernier endroit au monde où trois trotskistes briguent la magistrature suprême ! Quel succès remporteront-ils ? Olivier Besancenot paraît bien parti – et à juste titre – pour « casser la baraque » ! Voilà le tableau, qui annonce une soirée électorale des plus chaudes. Je le dis sans retenue : j’adore cette France-là, celle des palabres, des idées, des invocations des grands hommes du passé ! Cette France de toutes les trouvailles sociales, de toutes les inventions les plus fabuleuses (qu’elle se fait malheureusement piquer séance tenante par des pirates d’outre océan…), de tous les excès pardonnables, de toutes les passions irrationnelles, de tous les vins les meilleurs, de tous les plats les plus grandioses, de tous les terroirs abondants, de toutes les cultures réunifiées à l’abri de la plus belle langue du monde, de tous les patrimoines enchevêtrés, de toutes les histoires de rois, de chevaliers, de savants, de poètes, d’artistes, de sportifs, de prédicateurs et de … présidents ! Allons, enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé ! Vive la République, et vive la France ! (PAC)


L’Histoire au présent

La référence ultime des candidats

Ce qui est incroyable, dans la campagne présidentielle 2007, c’est que les candidats importants invoquent François Mitterrand dans leurs discours ou leurs postures médiatiques. Etonnant, vraiment ? Nicolas Sarkozy le cite, Ségolène Royal flaire ses traces et le copie, François Bayrou y fait appel pour rendre plus crédibles ses chances de succès. On connaît l’admiration de Chirac pour son prédécesseur, autant que celle que lui vouent des personnalités de centre-droite comme Philippe Séguin ou François Léotard. Quant à celle que manifestent à son égard des personnalités aussi remarquables que Robert Badinter, Laurent Fabius, Pierre Joxe ou Hubert Védrine, elle traduit dans sa force le rayonnement inégalable du personnage. Bref, «Dieu» est sur toutes les lèvres. En toute humilité je me réjouis, moi qui suis un inconditionnel du plus grand des présidents français avec le Général. Dans les rangs socialistes, il n’y a que les péronnelles et les niquedouilles, ces petits bourgeois ultragauchisants (ça existe, je vous le promets), pour revendiquer le « droit d’inventaire » qui les incite paraît-il à rejeter l’immense homme. Mais ces gros ballots n’ont aucune espèce d’importance. Ce qui compte, c’est l’extraordinaire emprise du géant sur le débat présidentiel et, au-delà, sur la définition du profil de l’homme d’Etat, le vrai. (PAC)


Gros bruits de campagne

Le spectacle continue...

La « une » du dernier Canard enchaîné (7 février 2007) m’a beaucoup fait rire. Se référant à la candidate socialiste qui dévoile son projet, il titre : « La rebonditude pour éviter la plantance ! » Une allusion directe à la « bravitude » désormais mondialement célèbre, inventée en Chine par Ségolène. Joyeux « foutage de gueule ». La campagne électorale virerait-elle au désert rhétorique ? « Ils communiquent bien » affirment pourtant les « fils de pub » (expression chère au Canard) ! On veut bien. Soyons indulgents. C’est la France, quand même. Et retournons à la campagne présidentielle. Je me régale. (PAC)


Vive le Québec libre !

Ségolène Royal sur une ligne gaulliste

Ségolène Royal a donc reçu à Paris André Boisclair, le président du Parti québécois. Que lui a-t-elle dit ? Qu’elle partageait avec lui des valeurs communes, « c'est-à-dire la souveraineté et la liberté » du Québec ! Le Premier ministre canadien a hurlé. Profitant de l’aubaine, Michèle Alliot-Marie, tout nouveau coupe-jarret de M. Sarkozy, le nouvel ami de Deubeuliou, a feint de s’étrangler. A six cent septante-deux mille années lumières du Général. Et puis ? Le grand journal montréalais Le Devoir a quant à lui réagi ainsi : « Quelle qu'en soit la portée exacte (...), la déclaration de la candidate socialiste va bien au-delà de la position française traditionnelle de non-ingérence et non-indifférence. Elle rompt aussi avec la distance plus grande que la direction socialiste, contrairement aux gaullistes, avait traditionnellement manifestée à l'égard de l'indépendance du Québec. » C’est tellement vrai. Je me souviens en effet que, en tant que « représentant accrédité du Jura libre », j’avais interrogé Lionel Jospin à Delémont (en visite au PSJ) lors d’une conférence de presse, lui demandant alors pourquoi les socialistes français ne réagissaient pas à l’immixtion de Bill Clinton dans les affaires québécoises : le président des Etats-Unis s’était opposé sur une chaîne de télévision à la souveraineté de la Belle Province ! L’ancien Premier secrétaire futur candidat à la présidence de la République m’avait carrément snober en répondant que c’était une question somme toute secondaire, et qu’en aucun cas les socialistes ne se mêleraient des affaires canadiennes ! J’étais très déçu. Plus tard, après avoir passé par Matignon et échoué face à Chirac et Le Pen dans la course à l’Elysée, M. Jospin a disparu. Aujourd’hui, devant le flirt de Mme Royal – qui témoigne d'un sentiment très largement répandu parmi les Français – avec la vision gaulliste (pas uèmpéiste) de l’avenir du Québec, je me régale. Et avec moi les sympathisants et militants du projet souverainiste et démocratique. J’approuve. Librement. (PAC)


Délices de campagne

D'un néologisme à l'autre. Un régal.

Dimanche 14 janvier au Grand Jury RTL. Dominique Strauss-Kahn, candidat malheureux à l’investiture socialiste : « En aucun cas nous ne devons augmenter les prélèvements obligatoires », dit-il en réplique au Premier secrétaire François Hollande, compagnon de Ségolène, qui s’est fendu quelques jours plus tôt d’une déclaration « à titre personnel » (sic!) sur la nécessité d’augmenter les impôts pour les contribuables dont le revenu dépasse 4000 euros (un relèvement qui semble d’ailleurs être approuvé par une petite majorité de Français…) Ambiance et cohérence, et presque cotillons à moins de quinze jours de la Sylvestre !

Lundi 15 janvier au Mont-Saint-Michel. Nicolas Sarkozy se laisse aller dans un de ces épanchements dont il enlumine désormais ses sorties : «Il y a quelques années, François Mitterrand, dans une réplique superbe, avait dit : "Vous n'avez pas le monopole du coeur.» Bourde monumentale. La phrase est de Giscard d’Estaing dans son duel télévisé de 1974 face au plus grand (futur à ce moment-là) des présidents français avec De Gaulle.

Mercredi 17 janvier au journal de Canal+. Arnaud Montebourg (« Celui qui a déjà déclaré la guerre à la Suisse ! » se lamentent quelques camarades enragés de la Rue de Solférino) se lâche sous le regard convulsé de Denisot : « Ségolène Royal n’a qu’un seul défaut, c’est son compagnon » ! La tronche du compagnon. Le fou rire du Nicolas. La gêne après la bonne blague de l’Arnaud qui se prend un mois de colle par celle qui le plie à son « ordre juste » ! Ségolène et sa bravitude. Montebourg et sa bourditude. Nicolas et sa changitude.

Vendredi 19 janvier à l’écoute. Cette fin de semaine s’annonce croustillante. Reste plus qu’à savourer François. L’autre. François le Béarnais, grand admirateur (et excellent biographe, soit dit en passant) d’Henri IV. Que va-t-il nous sortir ? Remettra-t-il une niaffe devant les caméras à l’un de ces sauvageons chers à Jean-Pierre Chevènement ? On attend avec impatience la suite de la campagne. Campagne au sommet de l’Olympe. La France est un si beau pays. Sa classe politique un spectacle du plus grand attrait. Quoi qu’en pensent les traîne-savates somniféro-dépressivants de la politique suisse, voire jurassienne. Vivement les prochains épisodes. Jusqu’à l’avènement du nouveau roi ou de Madame Royal. Une délectation assurée. N’en manquez pas une miette. Sûr. (PAC)


PRESIDENTIELLE 2007

Ségolène en chef d'Etat

La tournée proche orientale de la candidate PS était assimilable à un voyage d'Etat. Partout, elle a été reçue par les plus hautes personnalités : les Premiers ministres libanais Fouad Siniora, jordanien Maarouf Bakhit, israélien Ehoud Olmert, le président palestinien Mahmoud Abbas, le président chiite du Parlement libanais Nabih Berri, les leaders maronites et druzes, Amine Gemayel et Walid Joumblatt, les ministres israéliens des Affaires étrangères et de la Défense, le général Pellegrini, commandant la Finul. La candidate socialiste a fait une forte impression sur ses interlocuteurs, si l’on en croit les mines réjouies et plutôt empressées que ces derniers ont réservées à leur hôte. On comprend mieux dès lors la polémique dérisoire - expression d’une jalousie maladroite - déclenchée par la droite française contre une Mme Royal stupidement accusée «d’incompétence». (PAC)