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Le journal de Pierre-André Comte

Intrigue, honneur, trahison...

Fondation dont sont exclus les ladres et les petites têtes

Cadeau... 

Quelque journaleux donne sa leçon: la politique, c'est le domaine de l'intrigue ! Il est content, a déposé sa petite fiente au verso de son torchon. Dans sa tannière, un notable insignifiant, d'accord avec cette noble sentence, se frotte les mains, fier de l'indignité qui le frappe.

L'honneur est le mobile le plus puissant des actions de l'homme. Etant ordinairement le fruit de l'éducation, ses principes sont invariables, et ni l'autorité, ni la crainte ne peuvent les faire changer; il ne souffre ni bassesses, ni lâcheté et fait préférer la mort à l'ignominie.

Rien n'est si méprisable que le traître; car souvent il se sert des moyens que lui offrent la confiance et l'amitié que nous lui avons données, pour nous affaiblir et nous précipiter dans l'abîme. Heureusement que son caractère est si odieux qu'on le déteste pendant qu'on profite de sa trahison, et qu'on l'abandonne à ses remords dès qu'on s'en est servi; car il finirait bientôt par tromper celui qui l'a employé.

François Mitterrand disait que "les grands principes politiques et philosophiques, c'est comme une lumière qui éclaire le terrain dans la nuit. Ensuite entrent en jeu les égoïsmes et la médiocrité", valeurs sur lesquelles comptent beaucoup les gens de petite vertu morale. Ce qu'un humoriste de ses amis traduisait ainsi: la liberté d'être soi-même, à laquelle chacun devrait tenter d'accéder, c'est aussi, pour certains, la liberté d'être un con ou un salaud. Je dédie ces lignes à celles et ceux qui s'y reconnaîtront aisément, du perchoir à la fosse. (PAC)


Vacances

 

Réflexions...

Je vois, là-bas la vallée vadaise, le Jura. On le regarde différemment lorsqu'on est en vacances, et on l'aime davantage. Le paysage qui s'étend devant moi comporte douceurs et rudesses. Des mots qui définissent bien le caractère des gens du pays. Le regarder au fond des yeux, le saisir par la chair, l'entendre chanter, l'écouter protester, le voir se retrouver. Jura, terre d'asile, terre de progrès, où l'identité se construit encore, prend ici et là parmi son peuple, diversité, idéal de liberté, un projet d'avenir, non de repli sur soi, non d'auto-célébration, non de communautarisme, mais d'équité, où de l'idée qu'on peut s'en faire, de laïcité, d'honneur. Je devine le Jura comme ça, rien qui n'ait à voir avec un ressentiment, une volonté de vengeance ou une litanie de regrets. Je ne le devine pas, il est comme ça, j'en suis sûr. Y a-t-il mieux au monde que des vacances jurassiennes ? Peut-être. Certainement. Certainement pas. Peu importe. J'y suis et j'y reste. Allez, salut! Bonnes vacances ! (PAC)


Le départ d'un homme immense

Adieu Aimé Césaire

Telle est la poésie de cet homme de combats: aussi violente qu'un volcan, aussi pure que la neige, aussi magique que l'évidence. Ainsi parlait quelqu'un de l'oeuvre et du poète.

J'habite une blessure sacrée - J'habite des ancêtres imaginaires - J'habite un vouloir obscur

Dit-on encore que sa poésie est hermétique ? se demande un autre. Elle parle plus vite à un illettré africain qu'à un diplômé, à une paysanne du nord de l'île qu'à un professeur. Il s'en amuse et le sait.

Et voici de tous les points du péril
l’histoire qui me fait le signe que j’attendais,
Je vois pousser des nations.
Vertes et rouges, je vous salue,
bannières, gorges du vent ancien,
Mali, Guinée, Ghana

Aimé Césaire est mort. Tristesse des jours. Regrets de toujours. (PAC)


Je prie pour lui

Le grand poète Aimé Césaire au plus mal

Le grand poète et homme politique Aimé Césaire est au plus mal. Je prie pour cet homme exemplaire, ancien maire de Fort-de-France et député durant près de cinquante ans de l’Assemblée nationale française, qui consacra toute sa vie à la défense de l’identité culturelle de son peuple. Avec son ami, le géant Léopold Sédar Senghor, il a forgé le concept de « négritude », (la conscience d’être noir) lequel promeut l’Afrique et sa culture dévalorisées par l’idéologie colonialiste et ses tentatives d’assimilation culturelle. De lui, André Breton dit : « Aimé Césaire est un Noir qui est non seulement un Noir ; mais tout l'homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s'imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité.» Le « père de la patrie martiniquaise » a un jour déclaré : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime.» Comme Senghor, l’humaniste Césaire est un homme qui mérite l’admiration du monde. Je prie pour lui. (PAC)

 (Suite)

Dimanche poème

Portrait de Lorenzo de Medicis, vers 1518

6 avril: le Divin est mort 

Le 6 avril 1520, à la suite d'excès de plaisirs et de divertissements (!), épuisé, Raphaël rendait l'âme à trente-huit ans. Les plus belles femmes d'Italie convoitaient le bellâtre, étaient folles du Divin. Mais lui n'avait d'yeux que pour La Fornarina, que les Princes qui hébergeaient le peintre pour la réalisation d'une commande, invitaient chez eux afin que leur hôte ne court la rejoindre et abandonne son travail... Ah ! divin Raphaël, que Florence et ses amoureux te chérissent à jamais ! (PAC)


Des Droits de l'Homme

La Déclaration universelle des Droits de l'Homme aura 60 ans le 10 décembre 2008. Tout au long des mois qui viennent se succéderont de nombreuses manifestations liées à cette "question" plus que jamais d'actualité: le cinquième anniversaire du déclenchement de la guerre contre l'Irak est là pour le rappeler, comme tant d'autres conflits où s'exprime la cruauté humaine avec la virtuosité sanguinaire dont elle est capable. La lutte est loin d'être terminée, c'est le moins qu'on puisse dire. Et l'idéal du respect des droits de l'homme, universels, paraît bien loin.

S'il est une discipline qui devrait faire son chemin à l'ONU, c'est la philosophie, écrit Edmond de Tarade (16 - UN Spécial - Mars 2008) dans un excellent article consacré aux droits et aux devoirs. "Devoirs", ce mot qui n'apparaît qu'une petite fois à l'article 29, alinéa 1 de la Déclaration ! L'auteur termine son plaidoyer ainsi: "Le problème est très simple: l'oubli de nos devoirs les plus fondamentaux nous enseigne à oublier les autres et à faire passer nos droits avant les leurs". Considérer les droits des autres, voilà certes un devoir que l'on ferait bien de méditer, ajoute-t-il, avant de conclure: cela s'appelle le respect ! Un bon sujet de réflexion pour un Vendredi Saint, n'est-ce pas ? Nous y reviendrons en temps voulu. (PAC)


Café Voltaire - http://regisdebray.com

 L'obscénité démocratique

« Combien de temps le respect de la vie ou la sacralité de la mort peuvent-ils résister à la dé-ritualisation des fins de vie, à la fin des cortèges funéraires, à l’escamotage des agonies à l’hôpital, aux enterrements à la sauvette ? Combien de temps le ciment politique peut-il tenir, après le nettoyage rhétorique de notre langue et le diktat partout du premier degré (le second ne passe pas à la télé, comme chacun sait) ? Quelle envie de futur, dans le narcissisme de l’instant ? Combien de temps encore la civilisation, si toute civilité apparaît embourgeoisement, toute maîtrise des affects, affectation ? » Et plus loin : « Comment échapper à la barbarie si l’on se moque de la grammaire ? Comment détacher l’amoureux du sexuel si on n’a que cent mots à disposition ? » Questions essentielles posées par Régis Debray dans l’un de ses derniers ouvrages, où il s’en prend avec une légitime véhémence à cette scène républicaine qu’il faut sauver de l’obscénité « au moment où la politique devient le tout-à-l’égo d’un pays en proie aux tyrannies de l’audimat, de l’émotif et de l’intime ». A lire absolument pour ceux qui, n’ayant pas appris à échanger des mots, ont plus envie d’échanger des coups ! « Comment ne pas comprendre que le manque de mots conduit à l’animalité de l’être » ? s’interrogeait Marc Bonnant à la radio. Lisons et relisons, c’est la seule façon, au mieux de s’extirper de la médiocrité ambiante, au pire de pouvoir le prétendre… (PAC) Lire: Régis Debray, L'obscénité démocratique, Flammarion, Paris, 2007


Mignonne, allons voir si la rose...

Bien sûr, on pourrait piquer à l’un ou à l’autre grand auteur quelques vers qui permettent de faire illusion. Sotte, la récipiendaire gloussera, subtile, elle saluera le compliment avec un sourire prometteur. Dans les deux cas, on atteindra des sommets… Ou alors on pourrait composer soi-même trois ou quatre rimes, mais la tâche est difficile. Il n’est qu’à entendre ceux que la radio diffuse pour s’en convaincre. Exercice trop risqué… publiquement. La fleur offerte est une belle chose, j’en conviens. Peut-on seulement parler de vin dégusté de concert sans passer pour vulgaire ? Non de pousse-au-crime, cela va de soi, mais d’une grande bouteille bordelaise ou bourguignonne, hautaine comme une duchesse… Que l’on boirait dans l’intimité des regards échangés, ici, là-bas, à la table carrée du bouchon lyonnais, Lyon, belle amoureuse, ou à celle de Maître Paul, VIe arrondissement, Paris, inflammable amante. Rue du Major Martin, Rue Monsieur-le-Prince, la Saône, la Seine, ses quais, ses ponts ; places mythiques, Saint-Paul sous le soleil des Canuts, Saint-Michel sous la lune de Lutèce, Saint-Valentin aux vents de la Champagne Berrichonne… Vellerat, neuf heures. La lumière s’est emparée de la falaise. Dans l’enchevêtrement des arbres dénudés se prolonge l’attente. Au sein de l’herbe sèche s’apprête un bruissement. Ailleurs, ici, toujours brille l’étoile… N’en disons mot. (PAC)

Nouvelle vie

 Je suis arrivé, juste à l'heure

Bonjour ! Je m’appelle Bady. Je suis arrivé chez Comte dimanche 24 juin 2007 dans l’après-midi. L’aboutissement d’une vraie aventure. En effet, j’étais perdu avec un de mes frères quand un marcheur allant bon pas et sifflotant dans l’air pur de la Cendre nous a aperçus sur le bord du chemin. Naturellement, j’étais ravi qu’il nous prête attention, car il avait l’air triste. J’ai appris plus tard qu’il devait adopter, deux jours avant, à Lausanne où il s’était rendu, un jeu labrador chocolat qui venait d’être confié, sans qu’il le sache, à une autre famille ! Vous imaginez sa déception ! Entre parenthèses, je crois au destin, et je pense qu’il devait en aller ainsi. Bref, nous avions suivi notre mère et, après qu’elle s’en fût retournée à la ferme, nous étions égarés. J’étais épuisé, affamé, assoiffé. Et PAC nous a trouvés, alors même que son épouse, qui faisait le chemin inverse, le rejoignait. Nous avons donc tant bien que mal suivi le couple qui comprit d’où nous venions (de la ferme du Cras des Chenals, lieu même où naquit la maman de ma future maîtresse) et nous porta dans ses bras pour nous empêcher de nous effondrer. Je dois dire que notre prise en charge à l’école de Vellerat a été particulièrement chaleureuse : eau fraîche pour commencer, puis quelques croquettes, bouchées pour chats, enfin os lardé tel qu’il était réservé à Saturne, le dogue bleu de la fille de mon hôte. Puis, exténués, nous nous sommes reposés.

Une heure après cette entrée en scène, PAC et son épouse nous ont ramenés à la ferme, et là, figurez-vous, ils ont avoué à mes premiers propriétaires l’amour qu’ils me portaient. Ni une ni deux, l’accord était conclu : j’étais adopté ! Je suis si heureux d’avoir trouvé une famille d'accueil. Il y a chez Comte absolument tout ce qu’un chien peut espérer : nourriture variée en quantité raisonnable, couche confortable, promenades (courtes, parce que je suis né le 6 avril 2007 – le Vendredi Saint – et que je suis donc encore très jeune), éducation adaptée (je m’oublie encore quelquefois) et tout en douceur. Tout va très bien, car j’apprends très vite. Je sais où sont mes limites, je passe mes nuits (bon, il n’y en a eu que deux jusqu’à présent) sans geindre, et le matin à l’aube, je fais une fête à mon maître. Voilà, je crois que je suis déjà membre à part entière de la famille. Séra, la chatte noire, se méfie encore de moi, mais je crois que tout ira bien, et j’espère bientôt rencontrer Saturne. Allez, je retourne me coucher. Je dors beaucoup, ce qui fait que, éveillé, je suis dans une forme olympique. Ah ! Vellerat ! Si vous saviez quel beau village c’est. Le PAC a raison : c’est une sorte de paradis ! Bonnes salutations à tous ! Bady ? C’était le nom du chien que la famille du père Comte avait étant enfant. Ça me va très bien, parce qu’il paraît que je suis aussi futé et affectueux que ne l’était ce probable illustre ancêtre. A la prochaine ! Je vous embrasse. Bady.


Bonne chance !

Un grand jour pour une fête inoubliable !

Je connais une jeune femme et un jeune homme qui aujourd’hui se marient. Deux êtres de talent qui, je n’en doute pas une seconde, sauront faire de leur vie quelque chose qui sorte de l’ordinaire, une œuvre remodelée au fil des âges, embellie au gré des événements. En les serrant dans mes bras, je leur souhaite tout le bonheur du monde. Félicitations ! (PAC)


Juste avant la nuit

L’amitié, cette bonne et naïve amitié, cette excellente personne que tous les siècles ont honorée, la mâle amitié a ce privilège que jamais elle ne boude et ne fait la fâchée.

Alfred de Vigny


De l'indignité des cuistres

Souvenir du « Dialogue des sept sages » de Plutarque

Je me souviens qu’un jour, alors que le protocole me réservait une place centrale à la table des convives, quelques malotrus en avance avaient bouleversé le plan de nos hôtes. J’en entendis un ironiser sur le sort qui m’était fait et me conduisait à l’écart, là où se trouvait deux personnes qui désespéraient d’être accompagnées. Un incident était tout prêt à se produire, et les maîtres de maison en étaient fort irrités. Avec le sourire aux lèvres, je lançai alors aux cuistres et péronnelles agglomérées cette phrase que je connaissais par cœur, découverte dans les Dialogues de Plutarque : « Celui qui se plaint de la place qu’on lui assigne semble plus mécontent de son voisin que de son hôte, et se rend odieux à l’un et à l’autre. » Nos hôtes n’était pas responsables, mais je voulais que les butors qui m’avaient joué ce tour sachent qu'ils s'étaient montrés doublement indignes. Il y eut un froid toute la soirée à leur table, et je passai personnellement un moment des plus agréables avec les deux isolés du fond de la salle, qui avaient eux-mêmes été victimes de pareille indélicatesse. J’étais très heureux et le suis toujours à l’évocation de ce souvenir. (PAC)


L'arc d'or ne se rompt pas

L’amitié d'un homme de bien ne se perd pas facilement, et si elle se perd, on la regagne; un arc d'or ne se rompt pas sans beaucoup d'efforts, et quand il se rompt on peut rejoindre ses parties; l'arc de fer est fragile, et ses fragments ne peuvent plus se réunir.

Le Pancha Tantra


... un nom sacré...

L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte, elle ne se met jamais qu’entre gens de bien, ne se prend que par une mutuelle estime; elle s’entretient, non tant par un bienfait que par la bonne vie; ce qui rend un ami assuré de l’autre, c’est la connaissance qu’il a de son intégrité.

Montaigne