Le fédéralisme noyé dans le pétrole libyen

Caricature de Chappatte dans Le Temps du 22 août 2009
... au pays de l'or noir
A quoi bon nommer les gens ? Hans-Rudolf Merz, un ou une autre ? Ils agissent de concert, et ensemble sapent les fondements du fédéralisme. En humiliant la police et la justice genevoises, en sacrifiant aux intérêts économiques le principe de séparation des pouvoirs et la souveraineté cantonale, l’envoyé de Berne a porté un coup très dur au pacte confédéral. Les négociations secrètes, les arrangements équivoques, les compromis oublieux, tout ça retourne du cynisme ordinaire dont les Etats pimentent leurs relations internationales. En tous domaines, la concurrence est rude ! Cependant, si on peut comprendre l’immoralité sous l’angle de l’expression des rapports de force, on ne saurait adhérer à la reddition sans condition (1) qu’elle constitue en l’occurrence, de surcroît parfaitement contraire à nos propres règles internes ! Comment se fait-il donc que M. Merz, probablement avec l’accord formel, sinon tacite de ses collègues (ils nous racontent ce qu’ils veulent), puisse se permettre d’agir avec la « légèreté » unanimement dénoncée par les médias ? La réponse est simple. Il faut la chercher dans l’état de décomposition avancée du fédéralisme. Constamment et impunément mis à mal par une haute administration fédérale ne rencontrant aucune résistance dans les cantons, ce dernier expire. Inexorablement. Ecoutez et voyez ces députés et ministres se précipiter aux tribunes pour expliquer que le droit fédéral prime, qu’il se prépare quelque chose à la Confédération, qu’il faut par conséquent attendre, qu’on ne peut rien faire en raison des prescriptions auxquelles pensent ( !) les bureaucrates adeptes de l’Etat suisse ! Harmonisation ! Fi de 26 procédures ! Les autres l’ont fait, faisons-le ! Voilà dans quel monde on vit. La souveraineté cantonale, le pouvoir de proximité, l’organisation singulière dans un ensemble coopératif, l’addition des individualités pour la constitution d’un collectif dynamique et respectueux de chacun, la Suisse moderne montrant l’exemple à l’Europe ? Du pipeau ! De beaux principes sur lesquels des troupes d’inconscients s’asseyent sans autre souci que leur confort personnel. Les cantons ne seront bientôt plus qu’unités administratives décentralisées ! Et vogue la galère ! Les députés se prennent pour des députés, les Conseillers d’Etat pour des ministres, les Dupond et Dupont se prennent pour des détectives, le laideron de mon arrière-cousin pour Naomi Campbell et le boutonneux de la cousine de Madame Duglu pour Pearce Brosnan : c’est du pareil au même ! De la poudre aux yeux ! Il délire, diront certains, il débloque éructeront les autres. Le Préfet Monnin dépêchera Grock à mon exécution (j’adore !). Peut-être. Personne n’est à l’abri du vagabondage mental… Tant pis.
Je me souviens de l’accord intercantonal liant nos polices. Si je ne m’abuse, seuls les députés de CS-POP s’y étaient opposés. Ils avaient raison, comme presque toujours. A voir ce qui s’est passé dans l’affaire libyenne et dans la mise sous la tutelle d’un tribunal arbitral international parfaitement illégitime de la justice et de la police genevoises, ne doit-on pas se poser la question de la dénonciation de cet accord, et de tous les autres, subséquents, pour nous épargner les déconvenues qui, par ricochet, ne tarderont pas à nous atteindre ? Et quid de la nouvelle convention parlementaire (COPARL) si, après avoir dilué le droit des parlements cantonaux dans une soupe intercantonale d’avance mortifiée par les ronds-de-cuir de l’olympe administratif fédéral, celle-ci disperse nos intérêts particuliers aux vents des crises de nerfs internationales ? Poser la question n’engage à rien, bien sûr, et en tout cas pas à jouer aux kamikazes, car il s’agirait bien de cela dans un monde politique qui fait de l’abdication sa principale vertu, et j’ai déjà donné.
J’en termine par ce conte, qui n’en n’est pas vraiment un. Il fut un temps, c’était en avril 1986, où l’on organisait un raid aérien international pour détruire un chef d’Etat et sa famille. Le berger des Syrtes, Moammar el Kadhafi, apôtre ou démon, poète ou démiurge, chef des terroristes, derviche tourneur, Savonarole des souks populeux, ou encore Robespierre des collines rocailleuses, disait-on, devait mourir ! La Suisse applaudissait discrètement. On le manqua, et on l’oublia, du moins le bon peuple d’Occident le croyait-il. Car on savait une chose : sous le linceul de sable et de chardons de l’étrange Libye, sous l’immense désert de cailloux et d’épines venant mourir sur la rive des Syrtes, le ciel gratifiait son pays de fleuves de pétrole autant que de richesses inconnues et de ruines grandioses de cités de légende… Mais il y a un temps pour tout, dirait ma grand-maman et celle de tant et tant d’hommes. C’est celui, aujourd’hui, de la révérence au grand et ténébreux bédouin, que l’on voit bien un de ces quatre matins planter sa tente sur la place fédérale, comme il le fit en décembre 2007 sur la pelouse de l’Hôtel Marigny sous le regard attendri de Nicolas et de Carlita.
Le 2 septembre 1989, le Président de la Fédération mondiale des Villes jumelées m’a ramené de Tripoli, l’ancien repaire des corsaires, Tripoli de Barbarie, le « Livre vert » du colonel rebelle, dédicacé à mon nom ! C’est la « troisième théorie universelle », selon son auteur. Si un Conseiller fédéral souhaite s’en inspirer à l’avenir, je le lui prête volontiers. Un exemplaire portant la signature du guide enfoui dans son vaste barracan de laine brune, c’est autre chose qu’une édition bon marché achetée à la Fnac, non ? Et puis, il sera conforté dans l’idée que M. Merz avait raison de prendre quelques libertés avec l’organisation étatique de la Suisse, puisqu’il y est écrit que « l’assemblée parlementaire [donc nous, députés] est une représentation trompeuse du peuple, et les régimes parlementaires constituent une solution tronquée au problème de la démocratie » ! N’est-ce pas un bon sujet pour une prochaine question orale ? Enfin. Le soleil est dans le ciel. Retournons-y, car l’hiver approche… (PAC)
(1) La libération des otages est un leurre pour les Libyens, qui ne leur coûte rien.
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24 Août 2009 à 12:26 dans
- Politique fédérale








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