Ben, voilà une "piste" : la réunification de la Bourgogne!
Le Jura… Le Jura bleu et vert, le calcaire et la chair des feuilles… je connaissais mal cette région, qui était mienne, et pour laquelle je n’avais pas d’amour. Il m’en vint pourtant, tout à coup, une nuit, et j’en fus déchiré. Ainsi parle Charles le Téméraire avant d’entreprendre le siège de Morat. Ainsi le fait parler Gaston Compère dans son merveilleux livre publié en 1985 (Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, Belfond, Paris, p.270). De quel Jura parle-t-il ? Du nôtre, peut-être. Je l’avoue. Je le revendique : j’ai toujours eu un faible pour Charles, le préférant de loin à Louis XI, ce jaloux qui finança les batailles décisives des Confédérés emmenés par les Bernois ! 1476, l’année suprême : « Charles le Téméraire, réagissant aux provocations de Berne et Fribourg, va subir deux défaites retentissantes aux batailles de Grandson et de Morat. Vainqueurs à Grandson et à Morat, les Confédérés raflent le fabuleux butin bourguignon, l’un des plus formidables butins de l’histoire mondiale. » Ces lignes sont celles du Musée historique de Berne, qui présente jusqu’au 24 août une exposition intitulée : « Charles le Téméraire, fastes et déclin de la cour de Bourgogne ». Rafler le butin ! Butin qui sera revendu, cela va de soi, bradé ! Le partage du butin (horrible mot et « butin » qui reflète sous toutes leurs formes les arts de l’une des plus florissantes époques de l’histoire…), provoqua de telles tensions qu’il fallut la médiation de Nicolas de Flue ( !) et le Convenant de Stans pour éviter la guerre civile ! Ah ! la grandeur des Suisses !
Un jour à Besançon, alors que, accompagné de Jean-Marie Mauron et d’Yvan Vecchi, j’avais le privilège de dîner aux côtés d’Edgar Faure, celui-ci me glissa à l’oreille : « Je n’ai jamais aimé les Bernois ! Souvenez-vous de ce qu’ils ont fait au Téméraire ! Combattez-les ! Ne leur laissez aucun répit ! » J’étais très étonné qu’un si grand personnage, même sur le ton badin qu’il affectionnait, fût à ce point passionné et me prît à témoin de son aversion pour les vainqueurs du duc de Bourgogne. Quel souvenir ! Ainsi, plaisantons un brin ce dimanche matin, pour adresser une suggestion à l’AIJ, qu’elle prendra avec le sourire, j’en suis convaincu. Puisqu’elle est invitée à explorer des « pistes », dont certaines, qu’on le veuille ou non, ne présentent d’intérêt (amusé) qu’en regard de leur côté loufoque, pourquoi cette noble institution n’examinerait-elle pas celle de la réunification de l’antique Bourgogne, dont nous faisions tous partie sous Rodolphe III avant que d’appartenir tous à la Principauté épiscopale de Bâle ? Se poserait alors la question de notre nouvelle capitale. Dijon ? Pas mal, non, le siège de l’Ordre de la Toison d’Or ! Beaune, où le Parlement de Bourgogne siégea jusqu’en 1477 ? Intéressante, non, la perspective de brillantes réceptions officielles dans la grande cour des Hospices ! Pommard ? Fort attrayant, n’est-ce pas, ce haut-lieu dont le vin – ah ! ce vin ! - fut si apprécié de Ronsard, d’Henri IV et de Victor Hugo ! Que n’y ai-je point pensé, à cette « piste » si alléchante, avant que ne s’achèvent les délais impartis ?… Il me reste à me rendre à Berne, pour y saluer l’arrière-grand-père de Charles Quint, sur l’Empire duquel le soleil ne se couchait jamais… (PAC)