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Le journal de Pierre-André Comte

Question jurassienne, suite

L'action publique de l'Etat

Etant donné l’état d’esprit qui règne au Rathaus bernois, le Mouvement autonomiste estime que le canton du Jura doit repenser sa « politique jurassienne ». Le processus institutionnel pouvant être mis en déroute à tout moment par un interlocuteur dont la mauvaise foi est patente, l’Etat jurassien, constant dans sa volonté de reconstituer l’unité du Jura, doit réfléchir à la façon de s’adresser directement à la population des trois districts restés sous tutelle bernoise. On peut appeler cela de la « propagande d’Etat », et il nous semble que rien, ni légalement, ni politiquement, n’empêche de s’y adonner. Dans l’hypothèse plausible d’un démantèlement de l’Assemblée interjurassienne, le canton du Jura, dont l’objectif reste le même à juste titre, devra imaginer l’action publique apte à susciter un intérêt toujours croissant dans le sud du Jura. Il ne pourra se contenter d’avoir pour vis-à-vis un Conseil du Jura bernois dépourvu de tout pouvoir dans les domaines essentiels de la coopération interrégionale, même pas dans celui de la culture. Outre l’offre de partage de souveraineté, dont la formulation et le temps de la réaliser sont laissés à la libre appréciation du gouvernement jusqu’à décisions connues, relatives au sort de l’AIJ et aux conditions de la poursuite de son mandat, l’Etat jurassien ne doit ne se sentir freiné dans le lancement de projets qui lui seraient propres (exemple du CREA), alors que le sud du Jura ferait la sourde oreille ou serait contraint de s’en détourner par faute de moyens et de volonté politique. Le canton du Jura demeure un Etat souverain qu’il convient de mettre en valeur, et au passage de faire respecter. A ce propos, le Mouvement autonomiste dénonce l’autodénigrement qui s’est emparé des esprits, des cafés et des rues depuis un certain temps. Il en appelle à un ressaisissement des Jurassiens face à une critique dont le côté systématiquement négatif la rend contre-productive (on me pardonnera une fois ce mot) et grossièrement dit parfaitement imbécile. Les élites politiques, culturelles et économiques de ce canton, à l’instar de leurs homologues de la Vallée d’Aoste et de bien d’autres régions rivalisant de dynamisme avec elle, feraient bien de changer leur fusil d’épaule, de poser un autre regard sur le canton du Jura, et cesser de le prendre pour un ectoplasme tout juste bon à se discréditer dans la bisbille, dans la petite affaire transformée en gros scandale, ou dans le soupçon généralisé quant à l’intégrité de sa fonction publique. Certes le canton du Jura doit s’attaquer à ses écuries d’Augias s’il en abrite, mais il doit surtout et par-dessus tout se respecter davantage et montrer que son avènement était légitime, qu’il reste hautement profitable à sa population et plus largement au peuple jurassien tout entier. (PAC)

Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

Un grand canton de l’Arc jurassien 

Il convient d’aborder brièvement un thème traité par le « Jura Libre » dans une suite de trois articles signés par Alain Charpilloz, à savoir l’idée d’un super-canton dit « ARC », regroupant Neuchâtel et les deux moitiés du Jura. Rappelons qu’elle n’a pas fait l’objet d’un débat formel au sein du MAJ, mais on peut affirmer qu’une forte convergence d’opinions se dégage des discussions spontanées. Elle recoupe l’analyse du « Jura Libre » et pourrait être résumée ainsi :

a) Le super-canton est une excellente idée in abstracto, si l’on considère l’aspect administratif et financier des choses au premier chef.

b) Ses chances de réalisation sont proportionnelles à la volonté de fusion manifestée par ses trois composantes.

Les avantages de l’idée ont été plaidés à plusieurs reprises, par l’ancien maire de la Neuveville Jacques Hirt d’abord, par Jean-Daniel Tschan du Noirmont plus récemment. La presse régionale leur a donné un bon écho. Dernièrement, des hommes politiques neuchâtelois en vue, comme MM. Studer et Bonhôte, ont exprimé leur sympathie pour le projet en question. 

Dans le sud du Jura, on sent bien que des esprits désespérant de voir le débat bloqué dans l’alternative Berne-Jura accueilleraient avec soulagement une tierce issue. Cette dernière, se disent-ils, exigerait des concessions moindres de chaque protagoniste, puisqu’elle éviterait à chacun ce qu’il redoute le plus. Pour les autonomistes, de rester une minorité romande infime dans un canton allemand. Pour leurs adversaires, de se retrouver pris dans un Etat dont ils ont combattu l’avènement. Avec le canton « ARC », le caractère romand est sauvegardé sans le moindre doute. Par ailleurs, Neuchâtelois et Jurassiens du Sud y formeraient une majorité confortable, ceci pour calmer les craintes des antiséparatistes face à l’actuel canton du Jura. 

Les avantages administratifs et financiers qui pourraient en résulter reposent sur l’idée répandue des « économies d’échelle »,  recyclées sous l’appellation « masse critique » en jargon branché. On pourrait débattre longuement des gains réels à en attendre, mais il serait absurde d’en nier la possibilité. Quant au « poids politique » d’un canton plus grand comparé à celui de deux cantons plus petits, la différence ne saute pas aux yeux. Reste la principale pierre d’achoppement, à savoir la volonté populaire de réaliser le projet. En l’état actuel des choses, tout pronostic relève de la divination. Qu’en pensent les citoyens concernés ? Nul ne le sait. Les sondages d’opinion reflètent, au mieux, l’humeur du moment chez ceux qui consentent à répondre. En général, le résultat satisfait le commanditaire du sondage. N’en disons pas plus… 

Une démarche pourrait clarifier le débat de manière décisive : ce serait une initiative populaire demandant qu’une étude en profondeur soit menée, puis que le peuple se prononce sur le principe de négociations entre cantons pour créer la nouvelle entité. Il nous paraît sensé qu’une telle initiative parte de Neuchâtel, où le climat politique est sans doute moins crispé que chez nous. De plus, Neuchâtel formerait la composante principale du super-canton. Sans une volonté clairement exprimée de sa part, le projet n’a plus de substance. Les sympathisants de l’idée sont-ils prêts à la transcrire dans la réalité, de la faire sortir des salons ou des salles de rédaction ? Il faut le souhaiter, car l’accueil que le peuple neuchâtelois réserverait à une telle initiative serait décisif pour l’avenir de toute la région. 

En effet, si nos voisins disent « OUI » au super-canton, la balle reviendra aussitôt dans le camp jurassien, qui aurait en théorie cinq issues devant lui : 

1) le statu quo

2) la réunification jurassienne sans Neuchâtel

3) la fusion Neuchâtel – sud du Jura

4) la fusion Neuchâtel – canton du Jura

5) l’alliance à trois. 

Si Neuchâtel rejette cette dernière solution, il ne reste pour les Jurassiens que deux issues possibles : le statu quo (qui sera « sans plus », comme chacun sait), et le projet de l’AIJ. Imaginons maintenant que, dans cette hypothèse, le projet de l’AIJ soit refusé par Berne, puis par tout ou partie du Jura-Sud. L’affaire serait-elle réglée ? Pas le moins du monde. Le débat se poursuivra, l’offre restera ouverte, de nouvelles générations d’électeurs arriveront, moins crispées peut-être que la nôtre.  

Pour que le problème soit réglé une fois pour toutes, il faudrait que ce morceau de Romandie administré par Berne revienne à son souverain légitime, le canton du Jura refondé, ou alors qu’il se coule dans un nouvel Etat romand, le canton dit « ARC ». Autrement dit, la meilleure manière, pour les probernois les plus affolés, d’éviter la réunification jurassienne à coup sûr serait d’opter pour le super-canton. Y ont-ils pensé ? 

Certains se sont demandés si ce projet n’arrivait pas précisément aujourd’hui pour brouiller les cartes  et affaiblir le modèle proposé par l’AIJ.  Que l’idée de supercanton serve ou non à entraver la réunification reste un débat un brin surréaliste, tant que le projet n’a pas pris un tour concret, à savoir une décision populaire chez le partenaire principal, permettant aux deux autres de se déterminer à leur tour. Cela se fera-t-il ? Nous le souhaitons vivement.

Un canton Jura-Neuchâtel sans le sud du Jura 

Le Mouvement autonomiste jurassien est opposé à l’idée qu’un « Manifeste » en cours de rédaction répand depuis quelques jours dans la presse, visant à la fusion des cantons du Jura et de Neuchâtel, sans le Jura-Sud. La reconstitution de l’unité du Jura reste le fondement d’une doctrine à laquelle le MAJ ne dérogera sous aucun prétexte. Dans ce projet de « Manifeste », elle est sacrifiée a priori, les auteurs spéculant sur un « choc psychologique » dans le Jura-Sud à propos duquel on nous permettra d’exprimer les plus sérieux doutes. Le Jura-Sud, précisément, n’est pas un « territoire convoité », mais bel et bien la moitié d’une entité historique dont personne ne conteste ou ne devrait contester la communauté d’intérêt et de destin.  Qu’on le veuille ou non, la question identitaire, de même que la question des frontières, seraient-elles décrétées obsolètes et raillées, restent un élément de référence qu’il serait suicidaire de nier, et cela bien qu’il ne recouvre plus la même acception qu’en 1974.  

Le « Manifeste » en question, dont ne connaît que quelques principes généraux, heurte le processus enclenché par le dépôt du rapport final de l’AIJ. En ce sens, il est inopportun. Au surplus, si la proposition connue à ce jour semble ne tenir nullement compte du processus en cours (loi « Un seul Jura », négociations gouvernementales pas entamées, formulation d’une offre de partage de souveraineté, implication de la Confédération), elle préconise une alliance déséquilibrée, dans laquelle le Jura serait l’arrière-pays d’un autre Etat qui n’en partage ni l’histoire, ni les aspirations profondes qui vont avec. Enfin, le MAJ ne peut adhérer à une proposition dont on doit regretter qu’elle puisse être considérée comme partisane dès sa formulation. (PAC)


Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

L'attitude bernoise face aux propositions de l'Assemblée interjurassienne

En résumé

La manœuvre bernoise est claire. La réaction est exactement la même qu'après le rapport Widmer.  


1. Le canton de Berne se prête à toutes les études, rapports, analyses, discussions, etc. tant qu'il les juge inoffensifs, c'est-à-dire tant qu'il pense qu'ils ne remettront pas en cause sa mainmise sur le sud du Jura.


2. Quand ces études ou projets lui échappent - et c'est le cas pour la deuxième fois - il revient à ses réflexes premiers, qui sont simplement de garder par tous les moyens ce qu'il a conquis. Que la majorité gouvernementale soit rose, verte, bleue, jaune ou brune ne change strictement rien.


3. A ce moment-là, Berne cherche immédiatement à saboter le travail accompli pour en annuler les effets. Il a refusé le rapport Widmer avec brutalité à l'époque, il rejette aujourd'hui le rapport de l'AIJ. Toutes ses interventions serviront donc à saboter la campagne d'information prévue par l'AIJ. Pour cela, un moyen simple : introduire les Biennois, qui diront exactement le contraire de l'AIJ. L'esprit et la lettre de l'Accord de mars 1994 sont donc violés de manière impudente, mais le but est d'une simplicité absolue. Pour une voix qui dira blanc, on en amènera une qui dira noir. C'est de l'information à l'iranienne.


4. L'AIJ a proposé une alternative, à savoir le canton du Jura à six districts ou le "Statu quo +" Sur cette seconde solution, le silence de Berne est assourdissant. En réalité, pas une ligne n'est consacrée à quelque amélioration du statut du Jura-Sud au sein du canton de Berne. Pas un mot, silence radio. 

5. La tactique est donc claire: saboter le rapport de l'AIJ, empêcher l'information de se faire librement, ne rien promettre sur la deuxicème voie, de sorte que rien ne bouge ni ne se fasse. Malgré toutes les simagrées, les risettes, les discussions sur "l'ouverture", etc., c'est l'immobilisme épais, absolu, intransigeant, celui que nous connaissons depuis des siècles. S'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il serait étonnant que ce soit différent à l'ombre de l'ours de Berne! (PAC) 


Pour ceux qui doutent...

FOYER

Elle est petite, la patrie

Qui verdoie entre Suze et Doubs;

Elle n'en est que plus chérie,

Et son ciel n'en est que plus doux,

C'est la vieille maison des pères,

Où l'on partage avec les siens

Les jours sombres, les jours prospères.

C'est le foyer, Jurassiens.

POURQUOI JE L'AIME

Je l'aime! Voulez-vous savoir pourquoi je l'aime,

Mon Jura si petit sous le grand ciel de Dieu ?

Je l'aime autant qu'on peut l'aimer, et tout de même

Il mesemble parfois que je l'aime trop peu.

 

Poèmes de Virgile Rossel (extraits)


62e Fête du peuple jurassien

Ego Perron, président de l'Union valdôtaine et ancien Président du Conseil Régional de la Vallée d'Aoste sera le représentant des peuples frères à l'occasion de la réception officielle de la 62e Fête du peuple jurassien, samedi 12 septembre à 19 heures à l'Hôtel de Ville de Delémont. Il s'exprimera aux côtés de MM. Pierre Kohler, maire de Delémont, Ueli Leuenberger, Président des Verts suisses et de Christian Vaquin, président du MAJ (RJ-UJ)

De quoi parle-t-on ?

C’est toujours de la terre dont nous parlons à la Fête du peuple jurassien, d’un rêve inachevé, de quelque chose qui nous touche au plus profond de nous-mêmes et nous transforme, ce n’est pas du mauvais nationalisme, c’est du bon, c’est de l’affection, de l’amour en plus, de la passion même pour les plus irréfléchis, de l’attrait naturel qui remplit le corps et occupe l’esprit, c’est le Jura du pasteur Charles-Ferdinand Morel, de l’écrivain Virgile Rossel, de l’intellectuel Auguste Viatte, de l’historien Victor Erard, de l’artiste Jean-François Comment, du poète Alexandre Voisard, des combattants Roland Béguelin et Roger Schaffter, et de tous ces héros du génie technologique, de la création industrielle, de ces êtres admirables qui ont façonné la demeure intime du Jurassien, le refuge confidentiel de ses paysages, l’ombre discrète de ses monuments, le secret public de ses racines, l’histoire millénaire de son unité. C’est le Jura aussi des talents en devenir, de ses fils et filles qui étonnent le monde quand l’un d’eux dévoile une part de l’intimité du ciel, le Jura de cet avenir qui se concocte dans nos lieux de savoir, de travail et de création. (PAC)           


Bientôt la Fête du peuple jurassien

Le Jura, son unité, ses droits

Il est une question qu'on doit se poser: «Pourquoi le Jura entier, alors qu'un peuple peut fort bien vivre sur plusieurs Etats?» A plus forte raison devrait-il pouvoir le faire sur ces Etats diminués que sont les cantons suisses. Les exemples ne manquent pas dans le monde, et certains peuples le subissent dans des conditions infiniment plus dures que les nôtres. C'est vrai.

 

Il faut pourtant voir les choses dans le long terme. Quand on dit « qu'on peut fort bien », on commet un abus de langage, car c'est « plus ou moins bien » partout où le phénomène se produit. Même dans le cas, somme toute confortable et pacifique des cantons suisses, la division se paie, car toute chose a un prix.

 

Pour le canton du Jura, on peut considérer qu'il paie la division du peuple jurassien par une perte de poids au sein de la Confédération. On mettra entre parenthèses, encore que ce soit une erreur, la brisure historique, les regrets de l'unité perdue, la frustration d'avoir été l'objet d'une mécanique cynique, les complications pratiques.

 

Le prix le plus élevé est payé par le Jura-Sud, nous l'avons expliqué cent fois à la Fête du peuple en décrivant  la dépendance politique, la perte de pouvoir dans le cadre bernois, les obstacles immenses pour ses élites à le représenter sans être cooptées par l'ancien canton.

 

Si l'on y réfléchit, ce sont là, malgré tout, des conséquences découlant d'autre chose. Elles touchent une minorité de gens dans leur vie quotidienne, et même une minorité infime. Pour un grand nombre de citoyens, que nous appellerons d'un terme flou, la « société civile », l'appartenance à un canton ou à un autre est indifférente. Ce phénomène s'observe aussi dans le Jura-Sud, où le risque de germanisation s'est réduit à la couronne biennoise.

 

Alors, direz-vous, pourquoi faut-il nécessairement restaurer l'unité cantonale jurassienne ? Cela revient à se demander en définitive à quoi sert un canton en 2009. C'est l'être même des États confédérés qui se trouve, on ose à peine employer le terme en France, « mis en examen ». Au bout du raisonnement, on trouvera leur légitimité fondamentale, leur alliance, et non pas leur mise à genoux, qui fondent la Suisse. États anciens, hérités, modelés par l'histoire, les cantons sont-ils de simples survivances, encombrantes parfois, dont une prétendue « modernité » aurait pour mission de réduire la diversité archaïque ? La réponse est un OUI quasi unanime dans l'administration fédérale et les médias qu'elle nourrit, lesquels, tout « rebelles » qu'ils se disent, ne le sont pas au point de mordre les mamelles auxquelles ils tètent!

 

Alors, les cantons, et celui du Jura en particulier ? Au cœur de cette problématique se trouve un noyau dur: c'est la communauté historique, le groupe humain que cent raisons (dont le hasard n'est pas la moindre) ont poussé à vivre ensemble. Les autres raisons peuvent être de toute nature: géographiques, linguistiques, économiques, voire confessionnelles autrefois. Mais il arrive toujours un moment où le sentiment de former un peuple sert de ciment. Prenons Neuchâtel ou Soleure, deux voisins si proches à tant d'égards.

 

Les Neuchâtelois ne songent pas une seconde à se dissoudre dans le canton de Vaud, pas plus que les Soleurois dans celui d'Argovie. Pourtant, ni la langue, ni l'économie, ni la composition politique n'y font obstacle. Alors, simple force d'inertie? Absolument pas. Tous deux possèdent une conscience de leur identité ou de leur singularité, et ils en goûtent profondément la valeur, sans la moindre agressivité envers autrui. Ils sont eux-mêmes et veulent le rester, même si les justifications intellectuelles de ce sentiment ne sont pas formulées à chaque tournant.

 

Cela nous renvoie au Jura, et plus fortement encore au Jura-Sud. Ce dernier ne subit pas d'oppression brutale ou de pillage du fait de son appartenance au canton de Berne. Il subit, sans que les Bernois n'y soient  d'ailleurs pour rien, une dissolution de son identité profonde, qui est simplement remplacée par RIEN. Nos districts méridionaux sont plus francophones qu'ils ne l'étaient en 1947, leur statut ne ressemble pas à celui du Tibet, mais ils appartiennent à un canton qui n'est pas celui de leur peuple.

 

Ils l'ont choisi pour des raisons sur lesquelles nous voudrions revenir succinctement. Il existe, chez l'être humain, une tendance naturelle à se quereller d'autant plus fort qu'on est plus proche. Combien de gens, pleins d'amour pour le Tiers-Monde, haïssent leur belle-sœur ? Combien, prêts à abolir toutes les frontières, font un procès à leur voisin parce qu'il empiète sur leur verger ? Y a-t-il un notaire dans la salle ? Si c'est le cas, qu'il nous parle de guerres successorales !

 

Une majorité de citoyens du Jura-Sud a choisi Berne, non que cette dernière soit le Tiers-Monde et le Jura-Nord sa belle-sœur.  Pourtant, il a choisi le différent par hostilité au semblable. Le plus hilarant se trouve dans les politiciens probernois arguant de la « différence de mentalité » pour justifier leur hostilité au canton du Jura. Comme si cette différence était plus grande qu'entre le Jura-Sud et l'Oberland ! Au palmarès des prétextes pourris, celui-là mérite le podium.

 

Car si l'on y regarde de plus près, on cherchera des différences et on trouvera des similitudes. Il faut parcourir le Jura à pied, s'arrêter dans les bistrots, parler avec les promeneurs, observer les paysages et les villages, pour ressentir dans sa chair l'incroyable proximité entre les deux moitiés de notre pays. Ce sont les mêmes gens, les mêmes râleurs, les mêmes amoureux de la nature, les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes tout ce qu'on voudra. De plus, nous sommes liés par les familles, les études, les sociétés, le travail, les amitiés et, n'en déplaise à mes amies les femmes socialistes, par le service militaire.

 

Nous avons entre nous mille fois plus d'imbrications que nous n'en avons avec aucun autre peuple au monde. Cela va jusqu'aux noms de famille, les Morel, Voirol, Marchand, Sauvain, Schaffter, Boillat, Girardin, Prêtre, Juillerat, Rossé, Guenin, Joray et tutti quanti. Parlons-en, des familles. L'endogamie jurassienne est phénoménale, incluant les descendants d'immigrés bernois établis dans le Jura, avec des mariages mixtes à la pelle.

 

On regarde cela, les gens, les lieux, la langue et l'on se dit: il faut toute la folie des hommes pour avoir divisé ce qui se ressemble tant. Il y aura fallu la peur, l'obsession du détail sans valeur, la jalousie, la rancune, l'ignorance de l'essentiel, le calcul à la petite semaine, choses qui se rassemblent sous le grand chapiteau de la sottise.

 

Il faut donc réparer. Ce n'est pas facile, car s'il est aisé de se tromper, il l'est moins de le reconnaître. La classe politique, livrée aux calculs électoraux et aux ambitions personnelles, n'y est pas encline par nature. Les travaux de l'AIJ, tout imparfaits qu'ils puissent être, restent néanmoins un effort admirable pour arriver à l'essentiel: donner au peuple jurassien la chance de renouer avec sa nature profonde.

 

Et si cette chance n'était pas saisie ? Le seul grand perdant serait le Jura-Sud, qui oscillerait alors entre des récriminations régionales grincheuses, impuissantes, et une sorte de catalepsie identitaire, où l'on ne se sent rien et se résigne à tout, se rabattant alors sur les querelles de petite vertu. Bref, il ressemblerait à ce que deviendrait la Suisse si les cantons n'étaient plus là pour affirmer la solidarité et la diversité humaines, si belles quand elles marchent ensemble.

 

On le voit, malgré toutes les disputes, divergences, contorsions et dénégations, il existe un famille jurassienne meurtrie, qui aspire à son unité sur tous les plans, même si l’unité politique effraie une partie de ses enfants. Construisons-la dans la confiance mutuelle et le désir partagé de privilégier ce qui nous rassemble et de rejeter ce qui nous divise.

 

Vive l’unité du Jura ! (PAC)


La Fête de la Vallée d'Aoste

Le rendez-vous des peuples minoritaires

La quatrième édition de la Fête de la Vallée d'Aoste a débuté mercredi dernier au théâtre romain, avec le concert du groupe basque Oskorri, dans le cadre du Festival des Peuples Minoritaires.

Les célébrations principales s'achèveront durant le week-end, et surtout lundi 7 septembre prochain, à la Saint-Grat, patron de la Ville d'Aoste; ce sera la journée dédiée aux célébrations officielles, c'est-à-dire à la remise des titres d'Amis de la Vallée d'Aoste et de Chevaliers de la Vallée d'Aoste. Le président de la Région, Auguste Rollandin, présidera la cérémonie qui se tiendra à 18 heures au théâtre romain. Quelques heures plus tard, sur la Place Chanoux, on assistera aux concerts d'Antonella Ruggiero et des Subsonica.

"Cette fête - a déclaré le président de la Région - est dédiée surtout aux jeunes, qui sont les fondations de notre futur auxquels nous voulons offrir un moment d'agrégation typique de ce moment historique. Mais en même temps, nous désirons transmettre le sens de nos racines et de l'énorme patrimoine de traditions et de sens civique dont dispose notre Vallée d'Aoste; nous sommes bien conscients - a terminé Auguste Rollandin - que si l'on réussit à comprendre le passé, on réussira également à bâtir notre avenir."

En tant qu'ancien président du législatif cantonal, j'aurai l'honneur de représenter officiellement le Parlement jurassien (en sortie en Alsace) aux cérémonies de la Fête nationale valdôtaine. J'y suis également invité en ma qualité d'Ami de la Vallée d'Aoste, un titre dont on comprendra qu'il me remplisse de fierté. Amis Valdôtains, à bientôt! (PAC)


La Question jurassienne à la 62e Fête du peuple jurassien

 

Des sujets fort intéressants...

Décidément, la Question jurassienne excite les esprits. On doit l’effervescence actuelle au « niet » du canton de Berne à l'Assemblée interjurassienne. La position bernoise n’est pourtant pas étonnante. Elle était prévisible, et le Mouvement autonomiste jurassien l’avait prévue. Mais à quoi sert-il d’épiloguer sur la naïveté des chantres du dialogue interjurassien ? Passons donc, pour constater que rien n’a changé sur les bords de l'Aar. Le Jura-Sud restera lié à l'Ancien canton, coûte que coûte, affirment en chœur les autorités bernoises. Le canton du Jura, dans ces conditions, n’est-il pas en situation de dénoncer les accords passés, du moins d’exiger de la Confédération qu’elle prenne ses responsabilités et les fasse respecter ? Comment réagir au grognement bernois ? C’est à cette question que nous donnerons une réponse à la prochaine Fête du peuple jurassien (11 au 13 septembre). Bien sûr, nous tiendrons compte de l’ensemble des éléments du débat public, qu’il soit alimenté par nos adversaires irréductibles ou par quelques initiés portant estampille de modernité et de dépassement de soi ! Canton de six communes, immixtion de Bienne, grand canton Arc, alliance Jura-Neuchâtel, partage de souveraineté, avenir de l’AIJ, loi « Un seul Jura », vote communal à Moutier en 2015, voilà bien des sujets intéressants que nous ne manquerons pas de traiter avec tout le sérieux qui convient. Rendez-vous à la 62è Fête du Peuple jurassien, lequel, à ma connaissance, existe encore. (PAC)