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Le journal de Pierre-André Comte

Manifestation à Moutier

DISCOURS AUX MILITANTS

Mesdames, Messieurs, chers amis jurassiens, 

Il m’appartient de remercier les organisateurs de la fête au nom du Comité exécutif du Mouvement autonomiste jurassien. Soyez, avec eux, chaleureusement salués et félicités. Le retour d’une manifestation d’envergure à Moutier revient à dire que la cité prévôtoise se situe au cœur de la Question jurassienne. Qu’elle l’est plus qu’hier et moins que demain.  Moutier a vocation à jouer un rôle central dans le futur de la région. Peut-être capitale d’un Etat réunifié ou partiellement remembré, ou ville ordinaire dans un arrière-pays soumis à la domination bernoise, tels sont les termes de l’alternative. Il faudra tantôt choisir. L’échéance de 2015 est fixée. Il faut nous y préparer. 

On l’a vu, pour inoffensif qu’il soit, le rapport final de l’AIJ a semé le désarroi parmi les rangs antiséparatistes. La confusion s’empare des esprits, les triture et les torture, les assèche et offre au monde le spectacle d’une grande sottise. A parler vrai, le micmac probernois prête plus à rire qu’à pleurer. Dans quelle situation nous trouvons-nous ?

Sur le plan institutionnel, les choses sont claires. L’Accord du 25 mars 1994 désigne les interlocuteurs qualifiés : ni Bienne, ni la république de Neuchâtel n’en font partie. Pour ce qui concerne les relations futures de l’Etat réunifié, le principe d’une alliance privilégiée avec la cité seelandaise a déjà été accepté par le Parlement jurassien. Pour ce qu'il retourne des perspectives de l’Arc jurassien, constatons qu'elles sont hors de propos. Le rapport de l’AIJ préconise l’ouverture d’une phase d’« information interactive. » Un vote populaire doit sanctionner l’aboutissement du processus politique. Si ce dernier est l’objet d’un blocage, la loi « Un seul Jura », co-fondatrice du dispositif juridique agréé par les deux cantons et la Confédération, ouvre la voie du partage de souveraineté. Dans tous les cas, le Jura méridional décide seul de son avenir. Que veut-on de plus ? Qui craint la foudre, la peste et le choléra ? 

Seuls les gens peu sûrs se font du souci, le moindre étant de se trouver conséquents avec eux-mêmes. Forts des encouragements enfiellés du Quinquet, les mandataires d’en face se répandent en râles désabusés et, toutes trompettes embouchées, ramènent la pensée politique vers son degré zéro. Le plus bel exemple de cette débandade vient de nous en être donné par le Conseil du Jura bernois, dont l’inconsistance et la vacuité s’imposent désormais aux yeux de tous. Ne nous explique-t-il pas que la démocratie, c’est l’information sans débat et la décision sans vote ? Nos anxieux fanfarons ne sont en retard d’aucune couardise, pour reprendre les termes du journal Le Temps, et répondent au garde-à-vous ! A la vue du patron, le petit personnel fait du zèle. Mais aussi, il faudra bien un jour se poser la question de la cohérence autonomiste au sein de ce conseil. 

Le Conseil du Jura bernois se prétend parlement régional. A cette fable institutionnelle et juridique, le Gouvernement jurassien donne un écho lucide dans son rapport sur l’unité du Jura. Bien élevé, il déplore « l’absence d’interlocuteur au bénéfice de prérogatives décisionnelles équivalentes » dans le Jura méridional. Traduction superflue. Un nain a beau se tenir sur une montagne, il n'en est pas plus grand pour cela (1).

Chers amis jurassiens, nous possédons de puissants atouts. La loi « Un seul Jura » est le principal. Le vœu irrécusable de la ville de Moutier en est un autre. Notre capacité au débat démocratique en est un troisième. Enfin, le projet lui-même, avec son originalité, sa légitimité, son bon sens, son opportunité, ses promesses, en est un quatrième qui coiffe et couronne les trois autres. Alors, prenons notre bâton de pèlerin, courons les assemblées, affirmons nos convictions et transmettons notre enthousiasme.  

Un jour ou l’autre, nous aurons raison de l’ordinaire dénégation. Un jour ou l’autre, le front du refus se brisera. Alors le dialogue interjurassien, le seul auquel nous souscrivons, mettra fin au verbiage inutile et à la mauvaise foi qu’il véhicule à bon compte.  L’unité du Jura n’est pas un leurre. C’est une vérité première. Peu nous chaut la critique, peu importe la remontrance politiquement correcte ! Nul ne peut empêcher la rivière de couler, personne n’est apte à donner à l’histoire un sens qu’elle se refuse à prendre.  Vive le Jura libre, de Boncourt à la Neuveville ! 

Pierre-André Comte

Secrétaire général du MAJ (RJ-UJ) 

Moutier, 27 juin 2009  

(1) Sénèque

 


Rapport sur l'unité du Jura

Rapport sur la reconstitution de l'unité du Jura au Parlement

Le gouvernement s’inscrit dans la continuité. Son rapport confirme un idéal et conforte une volonté. De ce point de vue, il satisfait à notre attente.

 

Quel que soit le commentaire qu’on puisse en faire, les conclusions de l’AIJ militent en faveur de l’unité du Jura. En réalité, l’institution ne dit rien d’autre que nous ne savions déjà. Avant elle, la Commission consultative fédérale avait établi un constat identique : seule l’édification d’un canton nouveau, formé des six districts de langue française du Jura, est apte à régler définitivement « le conflit jurassien », pour reprendre les termes de l’Accord du 25 mars 1994.

 

 (Suite)

Discours du 23 Juin à Saint-Ursanne

Reconstruire l'unité du Jura

Chers amis jurassiens,

 

Nous avons vécu dans notre histoire succès et désillusions. Nous avons passé du découragement à l’espoir, du doute à la certitude, de la défaite à la victoire, tout cela dans les deux sens. Nous n’avons jamais abandonné. Héritiers des fondateurs de la République et Canton du Jura, nous avons sans cesse remis l’ouvrage sur le métier. Certains appellent ça de l’obstination. D’autres du courage. Les premiers nous regardaient et nous toisent avec condescendance, les seconds nous félicitent et nous vouent quelque reconnaissance. Il fallait poursuivre la lutte. Il est toujours historiquement légitime, économiquement, culturellement et politiquement juste de vouloir reconstituer l’unité du Jura.

 

Nous voici, au trentième anniversaire de l’Etat jurassien, au début d’une nouvelle phase. Après le dépôt du rapport de l’Assemblée interjurassienne, un processus s’est enclenché. En prédire la réussite ou l’échec relève de la conjecture. Une chose est sûre : de l’énergie que nous mettrons à la faire respecter dépendra l’aboutissement de notre démarche.

 

Le 18 juin, le Gouvernement jurassien a publié son Rapport sur la reconstitution de l’unité du Jura. Ses conclusions sont claires. Elles confirment la volonté commune des forces politiques. L’exécutif cantonal doit bénéficier de la marge de manœuvre utile, et c’est dans cette perspective-là que nous soutenons ses options politiques. Considérons que le gouvernement bernois, dont on a perçu ces derniers temps la crispation, ne fera aucun cadeau. On peut aussi craindre que la Confédération, dont la représentante s’est discréditée en tenant des propos manquant singulièrement de clairvoyance, le 4 mai à Moutier, rechigne à prendre ses responsabilités. On aura alors compris que la « feuille de route » de l’Etat jurassien sera exposée à l’embûche et aux vents contraires.

 

Le décor étant posé, il nous reste, chers amis, à nous mobiliser et à agir. Nous savons faire cela. Dans le canton du Jura, il nous appartient de rappeler que la loi « Un seul Jura » demeure l’atout maître dans nos rapports futurs avec les deux Berne. De même, nous avons à affirmer l’exclusivité de l’unité du Jura comme solution définitive à la Question jurassienne. Cela veut dire en clair que, s’il ne nous gêne pas de voir fleurir d’autres « pistes », nous ne pouvons les soutenir en l’état actuel des choses. Le MAJ estime qu’elles génèrent d’inutiles confusions et constituent une dénégation des efforts fournis par l’Assemblée interjurassienne dans l’accomplissement de son mandat. Il nous intéresse de réunir le Jura sous un même toit institutionnel, non de le disperser aux quatre vents d’un montage régional hors de propos.

 

Nous avons d’autres arguments en main que ceux liés à la loi « Un seul Jura ». La cité prévôtoise se rappelle tous les jours au bon souvenir du pouvoir bernois et des milieux politiques régionaux. De même, s’il se faisait que le canton de Berne renie sa signature, alors nous nous chargerions d’exiger la remise en cause de l’Accord du 25 mars 1994 et la réactualisation du Rapport Widmer avec ses effets pratiques.

   

Durant les années écoulées, parcimonieux en critiques, nous avons travaillé à l’élaboration d’une doctrine dont on reconnaît généralement les mérites. Elle a produit une expression populaire sans concurrence dans le succès de l’initiative populaire « Un seul Jura » ; de celle-ci est née une loi qui a permis au Parlement jurassien de montrer sa détermination ; la loi a donné naissance au mandat de l’AIJ et elle peut à tout moment être mise en œuvre comme garantie contre un nouveau blocage politique. Voilà quelque chose qui a du corps. Faisons-en bon usage.

 

L’Etat jurassien, la reconstitution de l’unité du Jura, la perspective de la construction d’une nouvelle entité politique adaptée à son temps, celle d’un développement économique harmonisé et dynamique par sa cohérence, enfin celle d’une société jurassienne qui éprouve l’avantage et la satisfaction d’exercer sur elle-même la souveraineté qui en conforte l’appartenance culturelle commune, tout cela n’est pas dérisoire. C’est peut-être encore un rêve, une utopie. Peu importe. C’est un projet concret, légitime, beau, qui mérite que nous lui consacrions toutes nos forces.

 

Vive le Jura libre de Boncourt à La Neuveville !

Vive l’unité du Jura.

Pierre-André Comte - Secrétaire général du MAJ (RJ-UJ)

 

Saint-Ursanne, le 23 juin 2009


COMMUNIQUE DE PRESSE DU MAJ (RJ-UJ)

 

MOUVEMENT AUTONOMISTE JURASSIEN

 

Déclaration du 23 juin 2009

 

Le 23 juin 2009 s’inscrit dans une perspective nouvelle. Le processus engagé à partir du dépôt du Rapport final de l’Assemblée interjurassienne doit, dans un premier temps, aboutir à une large information des populations concernées. Le Mouvement autonomiste jurassien y participera et conviera ses partenaires à en faire de même. L’étude de l’AIJ montre que la reconstitution de l’unité du Jura reste la seule solution apte à résoudre définitivement la Question jurassienne. Le statu quo politique, avec ou sans aménagement, ne règle en rien le conflit jurassien et est par conséquent inacceptable. Le Mouvement autonomiste constate en outre que l’intrusion de propositions exclues du cadre juridique fixé par l’Accord du 25 mars 1994 – qui vont de la création d’un grand canton ARC à l’intégration de Bienne dans la problématique interjurassienne – sont contraires aux intérêts du Jura-République et du Jura méridional. Leur exploitation politicienne et leur publicité fallacieuse n’ont pour effet que de semer la confusion et de saborder les efforts de l’AIJ en vue de faire évoluer positivement la Question jurassienne. Le Mouvement autonomiste appelle les forces politiques du Jura historique à s’écarter de ces « pistes », parce qu’elles sont prématurées et dépourvues de toute légitimité juridique et politique. Le Mouvement autonomiste rappelle que, dans la phase qui s’ouvre, le canton du Jura dispose d’un atout majeur avec l’application de la loi « Un seul Jura ». La Question jurassienne demeurant une question suisse, la Confédération ne saurait se dérober à ses responsabilités et au devoir de neutralité auquel la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a dérogé de façon cavalière le 4 mai à Moutier. Au surplus, le Gouvernement bernois serait de même bien mal inspiré de contrevenir aux accords signés, car, ce faisant, il réactiverait ipso facto le Rapport Widmer et les justes revendications de la ville de Moutier quant à son avenir politique. La communauté d’intérêts et de destin qui lie les Jurassiens se réalisera dans la réunion des six districts francophones au sein d’un même Etat confédéral. L’édification démocratique d’un canton nouveau, son adaptation aux défis du monde moderne, la formulation d’un nouveau projet de société, voilà qui doit susciter enthousiasme et foi en l’avenir. En ce 35e anniversaire du plébiscite d’autodétermination et 30e  anniversaire de l’Etat jurassien, c’est à cette tâche passionnante que le Mouvement autonomiste invite toutes les Jurassiennes et Jurassiens, en particulier les jeunes, à s’atteler avec conviction et détermination. Vive le Jura souverain et uni ! 

Mouvement autonomiste jurassien


Loi sur la langue française

INTERVIEW COMPLETE DONNEE LE 18 JUIN 2009 AU QUOTIDIEN JURASSIEN


Rôle de la langue française dans le combat jurassien pour l’indépendance

La langue française, comme fondement de l’identité culturelle, a joué un rôle déterminant. Facteur de cohésion de la communauté jurassienne, elle a participé de la mobilisation décisive des élites aux côtés des militants pour la souveraineté.

« Langue de liberté » ?

Je parle de la « langue de liberté » parce qu’elle a été historiquement porteuse des Droits de l’Homme issus du Siècle des Lumières et de la Révolution française. Comment la langue de Voltaire ne serait pas celle de la liberté ? Elle est d’autre part reconnue comme langue idéale de la diplomatie et garde donc sa vocation à être pourvoyeuse de liberté pour les peuples.

Mise à l’écart des gens du Sud ?

Pas du tout. Cette loi concerne directement ou indirectement l’ensemble du territoire historique du Jura. Elle a égard au plurilinguisme et s’inscrit dans le cadre d’une politique qui change notamment le rapport des Jurassiens avec l’allemand. En ce sens, elle est éminemment moderne et se préoccupe de l’essentiel : renforcer la maîtrise du français, langue maternelle, et en faire l’élément d’une nouvelle dynamique culturelle, économique et sociale du Jura des six districts francophones.
 

Anglicismes et glissements vers le … phonétique

Les anglicismes inutiles, dont les snobes et les imbéciles se gavent, doivent être combattues d’une manière ou d’une autre. Le combat pour le français n’est pourtant pas un combat contre l’anglais. Quant à abâtardissement du langage par sms et autres moyens rapides de communication,  je suis d’avis que l’école peut y apporter la réplique appropriée.

Ouvrage « Identité et langue française »

Après le rappel du lien indissoluble entre conscience identitaire et volonté d’émancipation, il montre les réponses possibles à l’uniformisation culturelle qu’entraîne une certaine mondialisation. J’essaie d’y décrire les difficultés et les pièges d’une législation, ce qui me permet d’en mettre mieux en évidence le bien-fondé. Il est la poursuite d’une réflexion que nous menons au sein de la Conférence des peuples de langue française, relative aux effets de la législation linguistique dans les pays et régions qui en disposent (Québec, France, Bruxelles, Aoste, Acadie). J’en ai retardé la publication (désormais prévue pour septembre) aux fins de laisser sa prédominance au débat parlementaire.

Motion… de 1985

Tout au long des années, les milieux économiques et certains barons de la haute administration ont exprimé de fortes réticences à l’égard de la proposition de Roland Béguelin. Si bien que le gouvernement a toujours botté en touche. Le Parlement a quant à lui refusé à deux reprises l’idée gouvernementale de ne pas y donner suite. Il a fallu enfin toute la force de conviction d’Elisabeth Baume-Schneider – approuvée par ses collègues - pour montrer qu’on pouvait consensuellement aboutir en privilégiant l’intelligence et la responsabilité.

Filière bilingue

Vous savez que je n’approuve pas la filière bilingue, mais je respecte les décisions démocratiques. Je veux voir dans la Loi sur la langue française l’affirmation d’une priorité linguistique et culturelle – la première – qui n’exclut pas mais renforce celle de tendre vers un meilleur apprentissage de l’allemand, langue du septième district jurassien et de la région avec laquelle nous entendons développer notre économie. (LQJ-PAC)