Manifestation à Moutier

DISCOURS AUX MILITANTS
Mesdames, Messieurs, chers amis jurassiens,Il m’appartient de remercier les organisateurs de la fête au nom du Comité exécutif du Mouvement autonomiste jurassien. Soyez, avec eux, chaleureusement salués et félicités. Le retour d’une manifestation d’envergure à Moutier revient à dire que la cité prévôtoise se situe au cœur de la Question jurassienne. Qu’elle l’est plus qu’hier et moins que demain. Moutier a vocation à jouer un rôle central dans le futur de la région. Peut-être capitale d’un Etat réunifié ou partiellement remembré, ou ville ordinaire dans un arrière-pays soumis à la domination bernoise, tels sont les termes de l’alternative. Il faudra tantôt choisir. L’échéance de 2015 est fixée. Il faut nous y préparer.
On l’a vu, pour inoffensif qu’il soit, le rapport final de l’AIJ a semé le désarroi parmi les rangs antiséparatistes. La confusion s’empare des esprits, les triture et les torture, les assèche et offre au monde le spectacle d’une grande sottise. A parler vrai, le micmac probernois prête plus à rire qu’à pleurer. Dans quelle situation nous trouvons-nous ?
Sur le plan institutionnel, les choses sont claires. L’Accord du 25 mars 1994 désigne les interlocuteurs qualifiés : ni Bienne, ni la république de Neuchâtel n’en font partie. Pour ce qui concerne les relations futures de l’Etat réunifié, le principe d’une alliance privilégiée avec la cité seelandaise a déjà été accepté par le Parlement jurassien. Pour ce qu'il retourne des perspectives de l’Arc jurassien, constatons qu'elles sont hors de propos. Le rapport de l’AIJ préconise l’ouverture d’une phase d’« information interactive. » Un vote populaire doit sanctionner l’aboutissement du processus politique. Si ce dernier est l’objet d’un blocage, la loi « Un seul Jura », co-fondatrice du dispositif juridique agréé par les deux cantons et la Confédération, ouvre la voie du partage de souveraineté. Dans tous les cas, le Jura méridional décide seul de son avenir. Que veut-on de plus ? Qui craint la foudre, la peste et le choléra ?
Seuls les gens peu sûrs se font du souci, le moindre étant de se trouver conséquents avec eux-mêmes. Forts des encouragements enfiellés du Quinquet, les mandataires d’en face se répandent en râles désabusés et, toutes trompettes embouchées, ramènent la pensée politique vers son degré zéro. Le plus bel exemple de cette débandade vient de nous en être donné par le Conseil du Jura bernois, dont l’inconsistance et la vacuité s’imposent désormais aux yeux de tous. Ne nous explique-t-il pas que la démocratie, c’est l’information sans débat et la décision sans vote ? Nos anxieux fanfarons ne sont en retard d’aucune couardise, pour reprendre les termes du journal Le Temps, et répondent au garde-à-vous ! A la vue du patron, le petit personnel fait du zèle. Mais aussi, il faudra bien un jour se poser la question de la cohérence autonomiste au sein de ce conseil.
Le Conseil du Jura bernois se prétend parlement régional. A cette fable institutionnelle et juridique, le Gouvernement jurassien donne un écho lucide dans son rapport sur l’unité du Jura. Bien élevé, il déplore « l’absence d’interlocuteur au bénéfice de prérogatives décisionnelles équivalentes » dans le Jura méridional. Traduction superflue. Un nain a beau se tenir sur une montagne, il n'en est pas plus grand pour cela (1).
Chers amis jurassiens, nous possédons de puissants atouts. La loi « Un seul Jura » est le principal. Le vœu irrécusable de la ville de Moutier en est un autre. Notre capacité au débat démocratique en est un troisième. Enfin, le projet lui-même, avec son originalité, sa légitimité, son bon sens, son opportunité, ses promesses, en est un quatrième qui coiffe et couronne les trois autres. Alors, prenons notre bâton de pèlerin, courons les assemblées, affirmons nos convictions et transmettons notre enthousiasme.Un jour ou l’autre, nous aurons raison de l’ordinaire dénégation. Un jour ou l’autre, le front du refus se brisera. Alors le dialogue interjurassien, le seul auquel nous souscrivons, mettra fin au verbiage inutile et à la mauvaise foi qu’il véhicule à bon compte. L’unité du Jura n’est pas un leurre. C’est une vérité première. Peu nous chaut la critique, peu importe la remontrance politiquement correcte ! Nul ne peut empêcher la rivière de couler, personne n’est apte à donner à l’histoire un sens qu’elle se refuse à prendre. Vive le Jura libre, de Boncourt à la Neuveville !
Pierre-André Comte
Secrétaire général du MAJ (RJ-UJ)Moutier, 27 juin 2009
(1) Sénèque
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28 Juin 2009 à 09:05 dans
- Politique jurassienne





