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Le journal de Pierre-André Comte

La proposition de l’AIJ

Refonder l’Etat cantonal et régénérer le fédéralisme
 

« Nous nous trouvons confrontés aujourd’hui à un phénomène autrement puissant : le centralisme suisse et l’affaiblissement de la conscience cantonale qui l’accompagne. Le groupe breton « Tri Yann » a formulé la question ainsi : « La Bretagne existe-t-elle ? Elle existe en conscience. Si nous avons conscience de son être particulier, elle vit. Sinon, elle disparaît ». C’est pareil pour le Jura. Si nous étudions notre passé, si nous sentons en nous la continuité historique profonde, si nous cultivons la connaissance des lieux et des gens, si nous savourons la beauté de notre terre, si nous pensons lui appartenir comme elle nous appartient, le Jura vivra. Et il vivra ensemble du nord au sud, quelle que soient les formes politiques ou administratives auxquelles il devra se plier. A l’opposé, si les habitants de ce pays pensent qu’ils pourraient être ailleurs aussi bien qu’ici, que le plus important de la vie se trouve dans les impôts, les cotisations de l’assurance-maladie ou l’accès aux supermarchés, s’ils croient que la langue sert à « dire ce qu’on veut », que l’histoire est une marotte de vieillards ou d’instituteurs ayant trop de vacances, que les bâtiments sont des cailloux superposés et les forêts des endroits faits pour du jogging, le Jura comme tel mourra en silence. Ce n’est pas l’hypothèse la plus invraisemblable, malheureusement. » Ceci est un extrait de la préface qu’Alain Charpilloz a eu l’amabilité de rédiger pour mon livre « Un seul Jura, une chance unique ». C’est toujours dans cette perspective qu’il faut penser à la résolution de la Question jurassienne. Le cas échéant d’examiner, d’analyser ou de commenter la proposition de l’AIJ, visant à l’édification d’un canton nouveau formé de six communes recouvrant l’actuel territoire des six districts francophones du Jura. Refonder l’Etat cantonal et régénérer le fédéralisme : c’est un grand et passionnant chantier que nous avons devant nous. Un défi tout aussi grand. Que nous saurons relever, je n’en doute pas une seconde. (PAC)


Soutenir le théâtre

La famille du théâtre réunie à l'Odéon

Des metteurs en scène et des directeurs de théâtre prestigieux se sont retrouvés sur la scène nationale de l’Odéon à Paris,  ce mercredi 27 février, pour dénoncer « l’asphyxie du théâtre public » ! Tous sont inquiets par la politique culturelle du gouvernement Sarkozy, qui se traduit par une baisse de 6% des subventions de l’Etat aux compagnies, salles  et scènes nationales. Directrice du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine s’emporte : « Nous n’avons pas un gouvernement normal ! » C’est dire l’angoisse légitime des milieux culturels, et du théâtre en particulier, face à une politique de désengagement que la ministre Christine Albanel a bien de la peine à expliquer. Et pourtant ! Il n’y a pas de pays économiquement riche qui ne soit culturellement riche. Que ce soit en France, en Suisse ou dans le Jura, le théâtre, le dynamisme culturel en général, doit être soutenu et considéré comme une composante importante du développement économique. Puisse le Gouvernement français s’imprégner de cette vérité et, à notre modeste mais honorable niveau, puisse l’Etat jurassien se doter dans les meilleurs délais d’un grand centre de création artistique (CREA), ou du moins d’une salle apte à accueillir des spectacles professionnels. (PAC)


Politique fiscale

Laisser la fraude se répandre et
baisser les impôts ne vont pas ensemble…

L’Europe est touchée de plein fouet par une gigantesque fraude fiscale. Des dizaines de riches ont été pris la main dans le sac en Allemagne, alors que la France brandit une liste de deux cent noms ! D’autres pays, en dehors du couple franco-allemand, déclenchent leurs propres enquêtes. Voilà qui en dit long sur la morale des nantis ! Ce monde est fou. Marche sur la tête. Desservi au surplus par les pantalonnades de certains de ses plus hauts dirigeants, le « casse toi, pauvre con » français s’emparant illico presto du haut de l’affiche ! Et, pendant ce temps-là, le salarié dont on gâte le pouvoir d’achat, remplit ses « devoirs citoyens » et attend sagement qu’on le plume. Une fois encore au plus grand plaisir des profiteurs patentés et autres flibustiers professionnels qui jonglent avec le fric et lui pissent à la figure… A ma dernière intervention parlementaire sur le sujet (le phénomène, certes dans une moindre mesure, existe bel et bien dans le Jura), le gouvernement jurassien a répondu qu’il mettrait tout en œuvre pour éradiquer la fraude fiscale, laquelle fait perdre 25 millions de francs au canton, selon certains hauts fonctionnaires courageux qui l'affirment en catimini et n’osent pas le dire publiquement ! On attend des actes. (PAC)


Aide au développement et coopération

     Le devoir international

(Dépêche de l’ATS, 26.02.2008) « Les représentants de l’UDC n’ont pas manqué de s’attaquer une fois de plus à la politique de la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey et du chef sur le départ de la Direction du dé­veloppement et de la coopération (DDC) Walter Fust. «Chaque an­née, 1,3 milliard de francs sont dé­pensés sans que l’on puisse savoir ce qui se passe», a lancé devant la presse le président du parti Ueli Maurer. Aux yeux de l’UDC, l’aide suisse au développement est opa­que, inefficace et servirait trop souvent des gouvernements cor­rompus et des monstres bureau­cratiques. La droite nationaliste y va donc de ces propres recettes. Plus question pour l’Etat d’investir directement sur place. L’UDC veut que l’on soutienne davantage les projets de l’économie et des oeu­vres d’entraide privées travaillant avec des partenaires locaux sans but lucratif. Les allégements fis­caux aux donateurs privés de­vraient être augmentés. » Voilà bien une manière de réduire la Confédération au statut de pays rabougri, cher aux stratèges de l’UDC. Et pourtant. On a déjà entendu ce type de discours dans le Jura. Les arguments sont toujours les mêmes et conduisent à ce que Finkielkraut appellerait « la défaite de la pensée »… Réactionnaires de tous les coins de la Suisse primitive (au sens large), unissez-vous ! Heureusement et pour l’heure, malgré les difficultés abondamment relayées par la presse, l’Etat jurassien tient bon et maintient sa politique d’ouverture et d’aide au développement, ainsi que ses pionniers l’ont initiée au début de l’aventure cantonale. Puisse-t-il résister toujours aux sirènes « économistes » et autres adeptes du « réduit national », hermétiquement clos dans sa stérilité. (PAC)

Politique économique

Le retour du « salaire minimum »

La conjoncture économique permet à nos entreprises de réaliser en ce moment d’excellentes affaires. Chacun s’en félicite et réjouit. Cependant, les nouvelles richesses créées n’ont pas ou peu d’effets sur le niveau de vie des plus défavorisés. Dans ces conditions, l’Etat doit-il imaginer une politique qui conduise à une élévation sensible des salaires dans notre canton, cela aux fins d’assurer une redistribution équitable des fruits de la croissance ? Avec beaucoup d’autres, je le pense. D’où la question incidente de l’institution de « salaires minimaux ». 

On le sait, certains de nos compatriotes ne disposent pas des moyens financiers qui leur permettraient de nouer les deux bouts sans encombres. Parmi eux figurent souvent des jeunes, que les conditions générales de l’économie, un manque de formation ou l’absence de travail précipitent dans les difficultés. Les salaires à l’embauche dérisoires, ce sont eux qui les connaissent dans notre société dite solidaire, et notre devoir est de trouver les mesures politiques et économiques aptes à mettre fin à ce qu’on appelle pudiquement « phénomène des travailleurs pauvres ».  

Instaurer des « salaires minimaux », c’est refuser un marché du travail qui se développe et se structure autour de la précarité et de la flexibilité économiques. C’est établir un seuil, dont le but est d’installer le salarié dans une logique ou un processus de progression salariale. C’est un seuil minimum en deçà duquel on ne peut aller… ou descendre. C’est au bout du compte amener l’Etat à instituer une politique volontariste qui serve la sécurité de l’emploi et procure davantage de bien-être économique à la population dans son ensemble. (PAC)

 (Suite)

Où en est-on ?

Le Jura dans l’attente

« C’est un nouveau Jura qu’il nous faut concevoir ensemble, conscient de sa taille, de ses qualités et de ses défauts, des alliances qu’il lui faut passer, des projets qui lui manquent et des idées qui le traversent, en un mot de son identité. Dans cette perspective, les autonomistes se veulent partie prenante du dialogue comme instrument de progrès. Comme dans un passé lointain, nous avons à défricher. Face à l’édifice à construire, puisse l’intelligence des actes l’emporter sur la maladresse des mots, la réflexion sur le ressentiment, l’imagination sur l’immobilisme. Comme le disait un prince, « il y a deux espèces de sots : ceux qui ne doutent de rien et ceux qui doutent de tout ». Si nous ne voulons pas croire que les Jurassiens de tous bords aient un jour appartenu à l’une ou l’autre de ces deux catégories, mieux vaut qu’ils en perçoivent bien l’accès pour ne pas s’y retrouver à l’avenir. » (Dans l’attente du rapport de l’AIJ, je ne change rien à ce discours prononcé le 22 juin 1997 à St-Ursanne)

 

Quelles nouvelles ?

Toile de Pénélope ou rocher de Sisyphe ?

 « Amis et camarades, bonjour. Actualité molle, ce matin. De la répétition, de la répétition. » C’est ainsi que l’excellent Jean-Michel Apathie ouvre tout à l’heure son blog sur  RTL. Qu’en est-il des nouvelles dans le Jura ? En fait de répétitions, les courriers de lecteurs du QJ en donnent un exemple édifiant. C’est rabâchage et redondance, un exercice rendu complètement inutile par la multiplication des textes. La liberté d’expression n’y trouve aucun intérêt. Au contraire, elle s’y abîme dans le fracas des phrases creuses et l’atomisation des idées. Je ne lis plus ces pages entières où chacun – légitimement, cela s’entend – proclame sa pensée. Trop fatigant. A quoi donc s’intéresser ce matin ? Il y aurait bien la « tribune » de Michel Probst, dans laquelle il annonce une révision de notre politique de prospection économique ! Notre appartenance au DEWS et à d’autres bastringues tout aussi inutiles pour nous vit-elle ses derniers instants ? Il faut l’espérer. Changement de décor : les patrons du Violat, leurs jambon-frites, choucroute et reuchetis tirent leur révérence ! Dommage, et merci mille fois à eux pour les bonheurs procurés aux clients. Et bonne chance au repreneur ! Du coq à l’âne. Je ne parlerai pas de la nouvelle trouvaille de Sarko à propos de la Shoah. Je laisse la grande nation se débrouiller avec, tout en attirant l’attention sur la nouvelle alliance Ségo-Bayrou-Villepin (cf. Le Monde), lesquels proclament ensemble « leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective » ! J’en termine avec la caricature du talentueux Jean-Paul Bovée, toujours dans le QJ, et son commentaire : « La Confédération et les grandes banques helvétiques jonglent avec les milliards, de bénéfice ou de perte. Au bas de l’échelle, cela ne change pas grand-chose. Un Suisse sur dix âgé de 20 à 59 ans est pauvre, selon les chiffres publiés cette semaine. » Répétition, disions nous ? Oui, certainement : les grosses nuques continuent de s’empiffrer et les pauvres de crever de faim. Et avec ça, on en a encore pour un moment… (PAC)


Expression et débat politique

L’art oratoire a fui les assemblées

Dans Le Temps d’aujourd’hui, D.S. Miéville alerte - ou apostrophe, c’est selon – l’électeur par ce titre qui fait office de conclusion : « Personne n’écoute personne. Etonnez-vous que vos élus soient des handicapés du verbe » ! Le journaliste parlementaire déplore la situation en ces termes : « On peut aller jusqu’à dire qu’il n’existe pas, ou plus, en Suisse romande, de culture du débat politique, qui se trouve réduit, dans les rares endroits où il subsiste, à une pâle caricature dans laquelle, en particulier à la télévision, la mise en scène l’emporte largement sur le contenu . » Tout cela est vrai. La TSR est incapable de produire une émission politique où les journalistes arrêtent de faire leur numéro, interrompant sans cesse leurs interlocuteurs et proposant ainsi aux téléspectateurs un spectacle lamentable. N’ont-ils jamais vu Yves Calvi, les divas du service politique de notre télévision ? Ou d’autres présentateurs très doués sur les chaînes d’à côté ? Pour le reste – les mots, le vocabulaire, la syntaxe ou le sens de l’humour –, on voit mal comment on élèvera le niveau des politiciens romands s’ils n’ont pas pleinement conscience du rôle qu’ils ont à jouer, du fonctionnement du fédéralisme ou encore de la dérive en cours vers un Etat suisse synonyme de médiocrité, d’affaissement des personnalités cantonales, de débandade intellectuelle et de langage convenu, insipide, engoncé dans des schémas où le verbe n’a plus aucune espèce de valeur… Mais la semaine n’est pas terminée. Il faut que je retourne à Paris, à l’Assemblée nationale, pour espérer encore en la capacité des hommes à débattre dans la langue française, celle que célébraient Boileau et sa célèbre maxime… (PAC)

Mignonne, allons voir si la rose...

Bien sûr, on pourrait piquer à l’un ou à l’autre grand auteur quelques vers qui permettent de faire illusion. Sotte, la récipiendaire gloussera, subtile, elle saluera le compliment avec un sourire prometteur. Dans les deux cas, on atteindra des sommets… Ou alors on pourrait composer soi-même trois ou quatre rimes, mais la tâche est difficile. Il n’est qu’à entendre ceux que la radio diffuse pour s’en convaincre. Exercice trop risqué… publiquement. La fleur offerte est une belle chose, j’en conviens. Peut-on seulement parler de vin dégusté de concert sans passer pour vulgaire ? Non de pousse-au-crime, cela va de soi, mais d’une grande bouteille bordelaise ou bourguignonne, hautaine comme une duchesse… Que l’on boirait dans l’intimité des regards échangés, ici, là-bas, à la table carrée du bouchon lyonnais, Lyon, belle amoureuse, ou à celle de Maître Paul, VIe arrondissement, Paris, inflammable amante. Rue du Major Martin, Rue Monsieur-le-Prince, la Saône, la Seine, ses quais, ses ponts ; places mythiques, Saint-Paul sous le soleil des Canuts, Saint-Michel sous la lune de Lutèce, Saint-Valentin aux vents de la Champagne Berrichonne… Vellerat, neuf heures. La lumière s’est emparée de la falaise. Dans l’enchevêtrement des arbres dénudés se prolonge l’attente. Au sein de l’herbe sèche s’apprête un bruissement. Ailleurs, ici, toujours brille l’étoile… N’en disons mot. (PAC)

"APPRENTIS" : et toc !

 23, quai de Conti

La leçon du Valais, où comment revenir à Paris...

Je me suis toujours opposé aux modes langagières que certains ballots veulent nous faire avaler. Je considère que la conservation du mot « lycée » dans la législation jurassienne est une victoire personnelle (je le dis sans complexe, et tant pis pour ceux qui me reprocheront cet intolérable accès de vanité…), car personne ne s’était étonné qu’on puisse y préférer celui de « gymnase ». C’était tout comme, aurait dit mère-grand. On voulait introduire dans la loi sur la formation (le terme a tué chez nous celui d’éducation au gré d’un assassinat institutionnel que je ne pardonnerai jamais à ses instigateurs) le libellé « division gymnasiale » !… Que vois-je, ce matin, dans le Nouvelliste ? Le député Laurent Léger, président de la Commission de l’éducation (vive le Valais !), de la formation, de la culture et des sports (comme si pareille appellation n’avait pas été possible chez nous !) indique que le mot « apprenant », à la mode ces dernières années pour parler des jeunes en apprentissage, disparaîtra définitivement du langage officiel au profit d’apprenti avec l’adoption de la loi d’application liée à la formation professionnelle ! Et le ministre valaisan Claude Roch de déclarer : « Même l’Académie française a reconnu que le terme « apprenant » n’était pas approprié » ! Que diable, on le savait, mais il fallait laisser à quelques bobos gauchiso-conservato-radico-cucul-la-pralino-pédants le soin de taillader dans le bon sens linguistique et de porter un nouveau coup à la langue française ! Elle est tellement stupide, cette langue, quand on essaie de la parler correctement, n’est-ce pas ? Les voilà refaits ! Je conclus en puisant cette édifiante pensée chez Pierre Merle : « S’attaquer aux dérives, au laxisme que nous connaissons aujourd’hui ne signifie nullement que l’on jette l’anathème sur toutes sortes d’évolutions ou d’innovations. En revanche, prendre n’importe quel tortillage langagier, celui-ci susciterait-il un engouement ou une petite mode passagère, pour une salutaire évolution de la langue est aussi ridicule que néfaste. » Et pan sur le bec ! Et vive le Valais ! (PAC)

Enseignement de l'allemand (TRIBUNE PARUE DANS LE QJ DU 11 FEVRIER 2008)

Excellente initiative du Ministère de l'Education

Le 25 janvier dernier, le Service de l’enseignement a adressé une circulaire aux écoles qui annonce l’engagement d’un « processus visant à rehausser, dans la durée, les compétences des enseignants d’allemand de l’école primaire. » La solution immédiate pourrait venir de la mise en place d’un corps professoral semi-généraliste. Par un mécanisme d’échanges de branches, certains enseignants désireux de recentrer leur activité sur l’enseignement de l’allemand se verront proposer des adaptations d’horaire et de matière au sein de leur établissement. Il faut applaudir cette initiative, qui s’inscrit dans la volonté du Département de l’éducation de presser le pas vers un apprentissage plus efficace des langues étrangères, à commencer par l’allemand, langue de nos voisins. (PAC)

 (Suite)

Toujours à Paris

Saint-André-des-Arts, Paris, ô merveille du monde !

Tout à l’heure, à Saint-André-des-Arts, je retrouverai ma librairie où, pour la vingtième fois, je dévorerai des yeux cette collection rare des œuvres de Voltaire, que jamais mes indemnités parlementaires ne suffiront à payer ! Je suis bien, là, jouissant de l’atmosphère enivrante de la rive inspirée, où tant de grands esprits se sont développés depuis tant de siècles.  Au sortir d’une soupe de merlan « Colbert » et de quelques trésors de la mer, je m’apprête à quitter le Procope (1), l’historique « premier café de Paris » où je ne peux me priver de m’arrêter alors qu’à chaque pas franchi dans la rue de l’Ancienne Comédie, François Arouet, Rousseau et Diderot me rappellent que sous ses lustres de cristal naquit l’Encyclopédie, qu’on y rencontrait Danton, Marat et Robespierre et, plus excitant encore s’il se pouvait, que Franklin y peaufina la constitution américaine !  Je repense à Michel Tournier et à ses réflexions sur les relations entre l’écrivain et le pouvoir, entre culture et politique. (PAC)

  (Suite)

18, rue des Canettes

Un jour à Saint-Germain-des-Prés

Chez Alexandre, aux Trois Canettes. Cuisine familiale traditionnelle italienne. Une table d’amis. Haute personnalité littéraire, éminents députés du Jura, rayonnants citoyens de Paris. Les paroles s’envolent, les idées s’amoncellent. C’est une joyeuse cantate, une bruyante harmonie, un instant de bonheur. La porte s’ouvre, un vendeur de journaux à la criée proclame sa « une » : « Ça y est, ça y est, c’est le divorce, cet après-midi, c’est confirmé ! » Divorce de Nicolas et de Carla. Le « Monde » à la main, Ali s’empare de l’attention des clients. Le divorce ! Comme accroche, c’est difficile de faire mieux en ces temps d’hystérie médiatique autour du couple élyséen. Eclats de rire, mains qui se lèvent, appellent le vendeur. Il tient une pile de journaux et un exemplaire de son livre. A notre invitation il s’assied, nous parle de lui, nous l’en pressons. Foudroyance de l’amitié. Deux convives achètent le livre, les dédicaces tombent instantanément. L’homme est pressé. Nous le reverrons, aux « Charpentiers », rue Mabillon, devant chez Lipp, à la terrasse du Flore, à celle des « Deux Magots ». Il nous repérera, dans un clin d’œil fera allusion à nous dans sa « une », dont je reparlerai. Saint-Germain-des-Prés, ces 8, 9 et 10 février. Une joie extrême, une émotion vive. J’ai lu son témoignage. Un acte d’amour né du malheur d’un homme. Le destin d’un être qui a tout donné et si peu reçu. Je l’aime à mon tour et lui ferai signe. Amis, achetez son livre (« Je fais rire le monde… mais le monde me fait pleurer » - Jean-Claude Gawsewitch Editeur, Paris) ! Vous y verrez le monde tel qu’il est, et aurez l’envie de le changer. Encore et toujours. Merci Ali. Je vous embrasse. (PAC)


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