Une vision neuve

L'intelligence et la beauté au pouvoir
Elle a déjà eu plusieurs vies. Une enfance facile au Sénégal, élevée par une mère professeur et un père diplomate, secrétaire particulier du président socialiste Léopold Sédar Senghor. Une deuxième vie dans un quartier résidentiel de Colombes, en banlieue parisienne, son père étant en mission en France. Une troisième dans une cité de Colombes, où sa mère s'est retrouvée brutalement seule à élever ses enfants, se sacrifiant pour leur offrir l'école privée et catholique, sans renoncer à la religion musulmane. Dans une vie récente, Rama Yade était administratrice au Sénat, est devenue secrétaire nationale de l'UMP "pour Sarkozy" et s'est mariée... avec un socialiste. (Cf. Le Monde) Une ministre remarquable, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Qui n’a sûrement pas apprécié d’être exclue du dernier voyage officiel en Chine pour l’éternelle raison de la « raison d’Etat ». Passons. Rama Yade a récemment écrit un livre (« Noirs de France ») et a donné à son propos une interview dans laquelle elle dit les choses suivantes : « Les sociologues n’expliquent pas : ils justifient ! Ce n’est pas la même chose. Ils portent sur les jeunes un regard misérabiliste qui déresponsabilise, aucune distinction n’étant faite entre ce qui relève de la violence gratuite et ce qui est imputable au désœuvrement. Quand ces sociologues se rendent en banlieues pour faire leurs analyses, on a l’impression qu’ils viennent visiter des zoos et prennent les habitants pour des bêtes curieuses. Et, cela fait trente ans que cela dure. Mais il n’y a pas que les sociologues qui sont en cause ! Face aux phénomènes de violences prospérant sur le terreau de l’insécurité sociale, les municipalités ont acheté le calme en infantilisant les familles africaines, considérées comme responsables de rien. Or, la responsabilité est l’autre face de la liberté : ce sont ces deux éléments qui font la dignité de l’homme. Et il n’y a pas de raison de ne pas appliquer les principes de liberté et de responsabilité aux Noirs. Autrement, c’est du paternalisme qui a généré un sentiment d’humiliation chez les parents. Pour les jeunes, la violence est revenue en boomerang, certains jeunes y voyant une façon d’exister en se rendant visibles par des actions spectaculaires. » Elle poursuit, à propos des « africanophiles », avec cette imparable critique : « Ces soi-disant amoureux de l’Afrique considèrent les Africains comme des victimes de la planète entière. Cette démarche peut a priori sembler généreuse. Mais les tenants de cette approche n’ont, ce faisant, jamais vraiment considéré l’Afrique comme un continent majeur. Aujourd’hui, l’Afrique ne donne son avis sur rien. Ce sont toujours les autres (le FMI, la banque mondiale, les ONG, etc.) qui parlent à sa place et qui lui disent ce qu’elle devrait faire. Même lorsqu’elle proteste, c’est avec les mots d’autrui, ceux des associations antilibérales occidentales. L’Afrique a eu une histoire grandiose qui ne peut être réduite à la colonisation : les Africains doivent se reconnecter à cette histoire précoloniale pour se rendre enfin compte qu’ils n’ont aucun complexe à avoir et qu’il fut un temps où ils tutoyaient le reste du monde. C’est la raison pour laquelle je suis intiment convaincue qu’avant d’avoir besoin d’ingénieurs, l’Afrique d’aujourd’hui a besoin d’historiens, de cinéastes, de pédagogues pour conter son passé. Elle a également besoin de nouveaux Sankara et Lumumba pas d'un José Bové! A partir de là, au lieu d’afficher ce terrible silence civilisationnel qui l’empêche d’être un acteur du monde, l’Afrique, continent vaincu mais encore debout, dira enfin quelque chose au monde. C’est le message intime de ce livre. » Quand on a lu cela, on n’a plus rien à dire. On s’incline et on admire. Bonne chance Madame Yade, et puissiez-vous faire beaucoup plus largement la démonstration de vos talents au sein de la classe politique française, au plus haut niveau. La France en a besoin. Amicalement. (PAC)-
30 Novembre 2007 à 17:58 dans
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