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Le journal de Pierre-André Comte

Quelle histoire !

Aller-retour à Paris

Je rentre d’un périple. Pour repartir pour un autre. Paris. Je loge à deux minutes du 22, rue de Bièvre. Madame Mitterrand y vit toujours, sans protection particulière. Combien de photos de l’ancien président avec les grands de ce monde, Helmut Kohl, Gorbatchev, Pérès, et les autres, entrant et sortant par la porte discrète de cet immeuble d’une si grande modestie ? Par centaines et centaines. On reconnaît là la grandeur. Puis au 9 de l’Avenue Frédéric Leplay, instant de mort, pour un souvenir. Avant ce lieu où règne l’Ecole militaire, j’ai revisité Jean Moulin, René Cassin, André Malraux et Jean Monnet, tous les quatre dans la même alcôve mortuaire du Panthéon. Que d’émotion. Enfin, le Dôme des Invalides, le vainqueur d’Iena, de Wagram, d’Austerlitz, de tant de grandes victoires françaises. On me redira que, et dira que... Et alors? Notre-Dame sous les yeux, un orchestre de jazz, un chanteur de rue qui chante merveilleusement Mouloudji. Comme à la Bastille hier soir, cet acrobate aux exploits littéralement inimitables. Des milliers et des milliers de jeunes. Du bruit, de la vie, de la gaieté, du grand ciel de Paris. Tout à l'heure peut-être à Saint-Julien, Mozart, Beethoven, joués par un des meilleurs pianistes du moment. Paris. Je t’aime. (PAC)

Paris toujours

Paris, merveille du monde !

Dimanche matin, ciel et esprit clairs. Se réveiller à l’appel des cloches de Notre-Dame. Paris ! Le centre du monde. La capitale lumineuse. La France en or. Qu’il fait bon ici, les enfants, sur les bords de Seine, sous les arcs et les arches, parmi la foule immense.

 

Tout à l’heure, à Saint-André-des-Arts, je retrouverai ma librairie où, pour la vingtième fois, je dévorerai des yeux cette collection rare des œuvres de Voltaire, que jamais mes indemnités parlementaires ne suffiront à payer ! Je suis bien, là, jouissant de l’atmosphère enivrante de la rive inspirée, où tant de grands esprits se sont développés depuis tant de siècles.  Je passerai devant le Procope, l’historique « premier café de Paris » où je ne peux me priver de m’arrêter alors qu’à chaque pas franchi dans la rue de l’Ancienne Comédie, François Arouet, Rousseau et Diderot me rappellent que sous ses lustres de cristal naquit l’Encyclopédie, qu’on y rencontrait Danton, Marat et Robespierre et, plus excitant encore s’il se pouvait, que Franklin y peaufina la constitution américaine !  Je repense à Michel Tournier et à ses réflexions sur les relations entre l’écrivain et le pouvoir, entre culture et politique.

 

C’était à la Sorbonne il y a vingt-cinq ans, à l’occasion d’un colloque organisé par Jack Lang, Ministre de la Culture de François Mitterrand, le « grand littéraire » avec lequel, avoue Alain Duhamel, « la politique devenait un art ». Je me remémore ce que disait l’auteur du Roi des Aulnes à propos des relations délicates, souvent orageuses et parfois catastrophiques entre le pouvoir politique et la création littéraire. L’histoire lui donnait raison. Histoire de couples : Molière et Louis XIV, Diderot et « Catherine le Grand »(ainsi nommée par le Prince de Ligne),  Germaine de Staël et Napoléon, Voltaire et Frédéric II, Chénier et Robespierre, Soljenitsyne et Brejnev, Malraux et de Gaulle ; j’oubliais Victor Hugo et « Napoléon le petit ». Ils se sont affrontés, adorés ou haïs. Soucieux de leurs intérêts, certains écrivains (des grands aussi) ont cédé à la « récupération », ont accepté de porter la muselière et de « laisser leurs testicules aux vestiaires », selon l’expression crue de Tournier. Mais à quoi servirait de les blâmer ? Tout le monde n’a pas la vocation du martyre. Tout le monde n’est pas prêt à l’exil ou au goulag ...

 

J’en finis avec Tournier: « Un chef-d’œuvre littéraire retentit toujours comme un rappel au désordre », d’où le fait que le pouvoir considère l’écrivain comme un fauteur de trouble, alors que « le chef politique sage et lucide sait qu’il faut laisser à toute société sa marge d’évolution et de révolution, parce que c’est la vie même »… Oui. Ce chef-là a compris que la culture est le pont aux ânes d’un renouvellement social et économique. Et puis ? Et puis peut-être pourrait-on s’inspirer de cette sentence mémorable pour provoquer chez nous une rencontre des intellectuels et des politiques, alors même que les seconds se lamentent de la désertion des premiers quand ils évoquent, la larme à l’œil, l’« état d’esprit » qui nous procura l’indépendance… Associer les femmes et les hommes de culture à la vie et à l’organisation de la communauté est un devoir « éternel » de l’État. Pour peu qu’on s’y applique - je reprends ici la parole de Mitterrand, qui résonne en moi, parvenant au bout de la Rue Hautefeuille -, « la cité tout entière en sera changée et peut-être même le sens profond de la politique. » Mettons-nous à table !

 

La table, c’est bientôt l’heure d’y penser. Peut-être une brasserie, sûrement un excellent blanc de Touraine… Gastronomie ? Je ne sais pas encore… Je souris à la mémoire de la phrase de Michel Voirol : « Paris est un des poumons par lesquels le Jura respire… » Paris est une fête, dirait le grand Ernest. Je la vis. C’est le bonheur. Le Panthéon. Dans quelques minutes, je rendrai tout à l’heure visite aux grands hommes… Histoire d’oublier les petits. Paris, je t’aime…

 


Question jurassienne, suite

L'action publique de l'Etat

Etant donné l’état d’esprit qui règne au Rathaus bernois, le Mouvement autonomiste estime que le canton du Jura doit repenser sa « politique jurassienne ». Le processus institutionnel pouvant être mis en déroute à tout moment par un interlocuteur dont la mauvaise foi est patente, l’Etat jurassien, constant dans sa volonté de reconstituer l’unité du Jura, doit réfléchir à la façon de s’adresser directement à la population des trois districts restés sous tutelle bernoise. On peut appeler cela de la « propagande d’Etat », et il nous semble que rien, ni légalement, ni politiquement, n’empêche de s’y adonner. Dans l’hypothèse plausible d’un démantèlement de l’Assemblée interjurassienne, le canton du Jura, dont l’objectif reste le même à juste titre, devra imaginer l’action publique apte à susciter un intérêt toujours croissant dans le sud du Jura. Il ne pourra se contenter d’avoir pour vis-à-vis un Conseil du Jura bernois dépourvu de tout pouvoir dans les domaines essentiels de la coopération interrégionale, même pas dans celui de la culture. Outre l’offre de partage de souveraineté, dont la formulation et le temps de la réaliser sont laissés à la libre appréciation du gouvernement jusqu’à décisions connues, relatives au sort de l’AIJ et aux conditions de la poursuite de son mandat, l’Etat jurassien ne doit ne se sentir freiné dans le lancement de projets qui lui seraient propres (exemple du CREA), alors que le sud du Jura ferait la sourde oreille ou serait contraint de s’en détourner par faute de moyens et de volonté politique. Le canton du Jura demeure un Etat souverain qu’il convient de mettre en valeur, et au passage de faire respecter. A ce propos, le Mouvement autonomiste dénonce l’autodénigrement qui s’est emparé des esprits, des cafés et des rues depuis un certain temps. Il en appelle à un ressaisissement des Jurassiens face à une critique dont le côté systématiquement négatif la rend contre-productive (on me pardonnera une fois ce mot) et grossièrement dit parfaitement imbécile. Les élites politiques, culturelles et économiques de ce canton, à l’instar de leurs homologues de la Vallée d’Aoste et de bien d’autres régions rivalisant de dynamisme avec elle, feraient bien de changer leur fusil d’épaule, de poser un autre regard sur le canton du Jura, et cesser de le prendre pour un ectoplasme tout juste bon à se discréditer dans la bisbille, dans la petite affaire transformée en gros scandale, ou dans le soupçon généralisé quant à l’intégrité de sa fonction publique. Certes le canton du Jura doit s’attaquer à ses écuries d’Augias s’il en abrite, mais il doit surtout et par-dessus tout se respecter davantage et montrer que son avènement était légitime, qu’il reste hautement profitable à sa population et plus largement au peuple jurassien tout entier. (PAC)

Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

Un grand canton de l’Arc jurassien 

Il convient d’aborder brièvement un thème traité par le « Jura Libre » dans une suite de trois articles signés par Alain Charpilloz, à savoir l’idée d’un super-canton dit « ARC », regroupant Neuchâtel et les deux moitiés du Jura. Rappelons qu’elle n’a pas fait l’objet d’un débat formel au sein du MAJ, mais on peut affirmer qu’une forte convergence d’opinions se dégage des discussions spontanées. Elle recoupe l’analyse du « Jura Libre » et pourrait être résumée ainsi :

a) Le super-canton est une excellente idée in abstracto, si l’on considère l’aspect administratif et financier des choses au premier chef.

b) Ses chances de réalisation sont proportionnelles à la volonté de fusion manifestée par ses trois composantes.

Les avantages de l’idée ont été plaidés à plusieurs reprises, par l’ancien maire de la Neuveville Jacques Hirt d’abord, par Jean-Daniel Tschan du Noirmont plus récemment. La presse régionale leur a donné un bon écho. Dernièrement, des hommes politiques neuchâtelois en vue, comme MM. Studer et Bonhôte, ont exprimé leur sympathie pour le projet en question. 

Dans le sud du Jura, on sent bien que des esprits désespérant de voir le débat bloqué dans l’alternative Berne-Jura accueilleraient avec soulagement une tierce issue. Cette dernière, se disent-ils, exigerait des concessions moindres de chaque protagoniste, puisqu’elle éviterait à chacun ce qu’il redoute le plus. Pour les autonomistes, de rester une minorité romande infime dans un canton allemand. Pour leurs adversaires, de se retrouver pris dans un Etat dont ils ont combattu l’avènement. Avec le canton « ARC », le caractère romand est sauvegardé sans le moindre doute. Par ailleurs, Neuchâtelois et Jurassiens du Sud y formeraient une majorité confortable, ceci pour calmer les craintes des antiséparatistes face à l’actuel canton du Jura. 

Les avantages administratifs et financiers qui pourraient en résulter reposent sur l’idée répandue des « économies d’échelle »,  recyclées sous l’appellation « masse critique » en jargon branché. On pourrait débattre longuement des gains réels à en attendre, mais il serait absurde d’en nier la possibilité. Quant au « poids politique » d’un canton plus grand comparé à celui de deux cantons plus petits, la différence ne saute pas aux yeux. Reste la principale pierre d’achoppement, à savoir la volonté populaire de réaliser le projet. En l’état actuel des choses, tout pronostic relève de la divination. Qu’en pensent les citoyens concernés ? Nul ne le sait. Les sondages d’opinion reflètent, au mieux, l’humeur du moment chez ceux qui consentent à répondre. En général, le résultat satisfait le commanditaire du sondage. N’en disons pas plus… 

Une démarche pourrait clarifier le débat de manière décisive : ce serait une initiative populaire demandant qu’une étude en profondeur soit menée, puis que le peuple se prononce sur le principe de négociations entre cantons pour créer la nouvelle entité. Il nous paraît sensé qu’une telle initiative parte de Neuchâtel, où le climat politique est sans doute moins crispé que chez nous. De plus, Neuchâtel formerait la composante principale du super-canton. Sans une volonté clairement exprimée de sa part, le projet n’a plus de substance. Les sympathisants de l’idée sont-ils prêts à la transcrire dans la réalité, de la faire sortir des salons ou des salles de rédaction ? Il faut le souhaiter, car l’accueil que le peuple neuchâtelois réserverait à une telle initiative serait décisif pour l’avenir de toute la région. 

En effet, si nos voisins disent « OUI » au super-canton, la balle reviendra aussitôt dans le camp jurassien, qui aurait en théorie cinq issues devant lui : 

1) le statu quo

2) la réunification jurassienne sans Neuchâtel

3) la fusion Neuchâtel – sud du Jura

4) la fusion Neuchâtel – canton du Jura

5) l’alliance à trois. 

Si Neuchâtel rejette cette dernière solution, il ne reste pour les Jurassiens que deux issues possibles : le statu quo (qui sera « sans plus », comme chacun sait), et le projet de l’AIJ. Imaginons maintenant que, dans cette hypothèse, le projet de l’AIJ soit refusé par Berne, puis par tout ou partie du Jura-Sud. L’affaire serait-elle réglée ? Pas le moins du monde. Le débat se poursuivra, l’offre restera ouverte, de nouvelles générations d’électeurs arriveront, moins crispées peut-être que la nôtre.  

Pour que le problème soit réglé une fois pour toutes, il faudrait que ce morceau de Romandie administré par Berne revienne à son souverain légitime, le canton du Jura refondé, ou alors qu’il se coule dans un nouvel Etat romand, le canton dit « ARC ». Autrement dit, la meilleure manière, pour les probernois les plus affolés, d’éviter la réunification jurassienne à coup sûr serait d’opter pour le super-canton. Y ont-ils pensé ? 

Certains se sont demandés si ce projet n’arrivait pas précisément aujourd’hui pour brouiller les cartes  et affaiblir le modèle proposé par l’AIJ.  Que l’idée de supercanton serve ou non à entraver la réunification reste un débat un brin surréaliste, tant que le projet n’a pas pris un tour concret, à savoir une décision populaire chez le partenaire principal, permettant aux deux autres de se déterminer à leur tour. Cela se fera-t-il ? Nous le souhaitons vivement.

Un canton Jura-Neuchâtel sans le sud du Jura 

Le Mouvement autonomiste jurassien est opposé à l’idée qu’un « Manifeste » en cours de rédaction répand depuis quelques jours dans la presse, visant à la fusion des cantons du Jura et de Neuchâtel, sans le Jura-Sud. La reconstitution de l’unité du Jura reste le fondement d’une doctrine à laquelle le MAJ ne dérogera sous aucun prétexte. Dans ce projet de « Manifeste », elle est sacrifiée a priori, les auteurs spéculant sur un « choc psychologique » dans le Jura-Sud à propos duquel on nous permettra d’exprimer les plus sérieux doutes. Le Jura-Sud, précisément, n’est pas un « territoire convoité », mais bel et bien la moitié d’une entité historique dont personne ne conteste ou ne devrait contester la communauté d’intérêt et de destin.  Qu’on le veuille ou non, la question identitaire, de même que la question des frontières, seraient-elles décrétées obsolètes et raillées, restent un élément de référence qu’il serait suicidaire de nier, et cela bien qu’il ne recouvre plus la même acception qu’en 1974.  

Le « Manifeste » en question, dont ne connaît que quelques principes généraux, heurte le processus enclenché par le dépôt du rapport final de l’AIJ. En ce sens, il est inopportun. Au surplus, si la proposition connue à ce jour semble ne tenir nullement compte du processus en cours (loi « Un seul Jura », négociations gouvernementales pas entamées, formulation d’une offre de partage de souveraineté, implication de la Confédération), elle préconise une alliance déséquilibrée, dans laquelle le Jura serait l’arrière-pays d’un autre Etat qui n’en partage ni l’histoire, ni les aspirations profondes qui vont avec. Enfin, le MAJ ne peut adhérer à une proposition dont on doit regretter qu’elle puisse être considérée comme partisane dès sa formulation. (PAC)


Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

L'attitude bernoise face aux propositions de l'Assemblée interjurassienne

En résumé

La manœuvre bernoise est claire. La réaction est exactement la même qu'après le rapport Widmer.  


1. Le canton de Berne se prête à toutes les études, rapports, analyses, discussions, etc. tant qu'il les juge inoffensifs, c'est-à-dire tant qu'il pense qu'ils ne remettront pas en cause sa mainmise sur le sud du Jura.


2. Quand ces études ou projets lui échappent - et c'est le cas pour la deuxième fois - il revient à ses réflexes premiers, qui sont simplement de garder par tous les moyens ce qu'il a conquis. Que la majorité gouvernementale soit rose, verte, bleue, jaune ou brune ne change strictement rien.


3. A ce moment-là, Berne cherche immédiatement à saboter le travail accompli pour en annuler les effets. Il a refusé le rapport Widmer avec brutalité à l'époque, il rejette aujourd'hui le rapport de l'AIJ. Toutes ses interventions serviront donc à saboter la campagne d'information prévue par l'AIJ. Pour cela, un moyen simple : introduire les Biennois, qui diront exactement le contraire de l'AIJ. L'esprit et la lettre de l'Accord de mars 1994 sont donc violés de manière impudente, mais le but est d'une simplicité absolue. Pour une voix qui dira blanc, on en amènera une qui dira noir. C'est de l'information à l'iranienne.


4. L'AIJ a proposé une alternative, à savoir le canton du Jura à six districts ou le "Statu quo +" Sur cette seconde solution, le silence de Berne est assourdissant. En réalité, pas une ligne n'est consacrée à quelque amélioration du statut du Jura-Sud au sein du canton de Berne. Pas un mot, silence radio. 

5. La tactique est donc claire: saboter le rapport de l'AIJ, empêcher l'information de se faire librement, ne rien promettre sur la deuxicème voie, de sorte que rien ne bouge ni ne se fasse. Malgré toutes les simagrées, les risettes, les discussions sur "l'ouverture", etc., c'est l'immobilisme épais, absolu, intransigeant, celui que nous connaissons depuis des siècles. S'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il serait étonnant que ce soit différent à l'ombre de l'ours de Berne! (PAC) 


Pour ceux qui doutent...

FOYER

Elle est petite, la patrie

Qui verdoie entre Suze et Doubs;

Elle n'en est que plus chérie,

Et son ciel n'en est que plus doux,

C'est la vieille maison des pères,

Où l'on partage avec les siens

Les jours sombres, les jours prospères.

C'est le foyer, Jurassiens.

POURQUOI JE L'AIME

Je l'aime! Voulez-vous savoir pourquoi je l'aime,

Mon Jura si petit sous le grand ciel de Dieu ?

Je l'aime autant qu'on peut l'aimer, et tout de même

Il mesemble parfois que je l'aime trop peu.

 

Poèmes de Virgile Rossel (extraits)


62e Fête du peuple jurassien

Ego Perron, président de l'Union valdôtaine et ancien Président du Conseil Régional de la Vallée d'Aoste sera le représentant des peuples frères à l'occasion de la réception officielle de la 62e Fête du peuple jurassien, samedi 12 septembre à 19 heures à l'Hôtel de Ville de Delémont. Il s'exprimera aux côtés de MM. Pierre Kohler, maire de Delémont, Ueli Leuenberger, Président des Verts suisses et de Christian Vaquin, président du MAJ (RJ-UJ)

De quoi parle-t-on ?

C’est toujours de la terre dont nous parlons à la Fête du peuple jurassien, d’un rêve inachevé, de quelque chose qui nous touche au plus profond de nous-mêmes et nous transforme, ce n’est pas du mauvais nationalisme, c’est du bon, c’est de l’affection, de l’amour en plus, de la passion même pour les plus irréfléchis, de l’attrait naturel qui remplit le corps et occupe l’esprit, c’est le Jura du pasteur Charles-Ferdinand Morel, de l’écrivain Virgile Rossel, de l’intellectuel Auguste Viatte, de l’historien Victor Erard, de l’artiste Jean-François Comment, du poète Alexandre Voisard, des combattants Roland Béguelin et Roger Schaffter, et de tous ces héros du génie technologique, de la création industrielle, de ces êtres admirables qui ont façonné la demeure intime du Jurassien, le refuge confidentiel de ses paysages, l’ombre discrète de ses monuments, le secret public de ses racines, l’histoire millénaire de son unité. C’est le Jura aussi des talents en devenir, de ses fils et filles qui étonnent le monde quand l’un d’eux dévoile une part de l’intimité du ciel, le Jura de cet avenir qui se concocte dans nos lieux de savoir, de travail et de création. (PAC)           


Bientôt la Fête du peuple jurassien

Le Jura, son unité, ses droits

Il est une question qu'on doit se poser: «Pourquoi le Jura entier, alors qu'un peuple peut fort bien vivre sur plusieurs Etats?» A plus forte raison devrait-il pouvoir le faire sur ces Etats diminués que sont les cantons suisses. Les exemples ne manquent pas dans le monde, et certains peuples le subissent dans des conditions infiniment plus dures que les nôtres. C'est vrai.

 

Il faut pourtant voir les choses dans le long terme. Quand on dit « qu'on peut fort bien », on commet un abus de langage, car c'est « plus ou moins bien » partout où le phénomène se produit. Même dans le cas, somme toute confortable et pacifique des cantons suisses, la division se paie, car toute chose a un prix.

 

Pour le canton du Jura, on peut considérer qu'il paie la division du peuple jurassien par une perte de poids au sein de la Confédération. On mettra entre parenthèses, encore que ce soit une erreur, la brisure historique, les regrets de l'unité perdue, la frustration d'avoir été l'objet d'une mécanique cynique, les complications pratiques.

 

Le prix le plus élevé est payé par le Jura-Sud, nous l'avons expliqué cent fois à la Fête du peuple en décrivant  la dépendance politique, la perte de pouvoir dans le cadre bernois, les obstacles immenses pour ses élites à le représenter sans être cooptées par l'ancien canton.

 

Si l'on y réfléchit, ce sont là, malgré tout, des conséquences découlant d'autre chose. Elles touchent une minorité de gens dans leur vie quotidienne, et même une minorité infime. Pour un grand nombre de citoyens, que nous appellerons d'un terme flou, la « société civile », l'appartenance à un canton ou à un autre est indifférente. Ce phénomène s'observe aussi dans le Jura-Sud, où le risque de germanisation s'est réduit à la couronne biennoise.

 

Alors, direz-vous, pourquoi faut-il nécessairement restaurer l'unité cantonale jurassienne ? Cela revient à se demander en définitive à quoi sert un canton en 2009. C'est l'être même des États confédérés qui se trouve, on ose à peine employer le terme en France, « mis en examen ». Au bout du raisonnement, on trouvera leur légitimité fondamentale, leur alliance, et non pas leur mise à genoux, qui fondent la Suisse. États anciens, hérités, modelés par l'histoire, les cantons sont-ils de simples survivances, encombrantes parfois, dont une prétendue « modernité » aurait pour mission de réduire la diversité archaïque ? La réponse est un OUI quasi unanime dans l'administration fédérale et les médias qu'elle nourrit, lesquels, tout « rebelles » qu'ils se disent, ne le sont pas au point de mordre les mamelles auxquelles ils tètent!

 

Alors, les cantons, et celui du Jura en particulier ? Au cœur de cette problématique se trouve un noyau dur: c'est la communauté historique, le groupe humain que cent raisons (dont le hasard n'est pas la moindre) ont poussé à vivre ensemble. Les autres raisons peuvent être de toute nature: géographiques, linguistiques, économiques, voire confessionnelles autrefois. Mais il arrive toujours un moment où le sentiment de former un peuple sert de ciment. Prenons Neuchâtel ou Soleure, deux voisins si proches à tant d'égards.

 

Les Neuchâtelois ne songent pas une seconde à se dissoudre dans le canton de Vaud, pas plus que les Soleurois dans celui d'Argovie. Pourtant, ni la langue, ni l'économie, ni la composition politique n'y font obstacle. Alors, simple force d'inertie? Absolument pas. Tous deux possèdent une conscience de leur identité ou de leur singularité, et ils en goûtent profondément la valeur, sans la moindre agressivité envers autrui. Ils sont eux-mêmes et veulent le rester, même si les justifications intellectuelles de ce sentiment ne sont pas formulées à chaque tournant.

 

Cela nous renvoie au Jura, et plus fortement encore au Jura-Sud. Ce dernier ne subit pas d'oppression brutale ou de pillage du fait de son appartenance au canton de Berne. Il subit, sans que les Bernois n'y soient  d'ailleurs pour rien, une dissolution de son identité profonde, qui est simplement remplacée par RIEN. Nos districts méridionaux sont plus francophones qu'ils ne l'étaient en 1947, leur statut ne ressemble pas à celui du Tibet, mais ils appartiennent à un canton qui n'est pas celui de leur peuple.

 

Ils l'ont choisi pour des raisons sur lesquelles nous voudrions revenir succinctement. Il existe, chez l'être humain, une tendance naturelle à se quereller d'autant plus fort qu'on est plus proche. Combien de gens, pleins d'amour pour le Tiers-Monde, haïssent leur belle-sœur ? Combien, prêts à abolir toutes les frontières, font un procès à leur voisin parce qu'il empiète sur leur verger ? Y a-t-il un notaire dans la salle ? Si c'est le cas, qu'il nous parle de guerres successorales !

 

Une majorité de citoyens du Jura-Sud a choisi Berne, non que cette dernière soit le Tiers-Monde et le Jura-Nord sa belle-sœur.  Pourtant, il a choisi le différent par hostilité au semblable. Le plus hilarant se trouve dans les politiciens probernois arguant de la « différence de mentalité » pour justifier leur hostilité au canton du Jura. Comme si cette différence était plus grande qu'entre le Jura-Sud et l'Oberland ! Au palmarès des prétextes pourris, celui-là mérite le podium.

 

Car si l'on y regarde de plus près, on cherchera des différences et on trouvera des similitudes. Il faut parcourir le Jura à pied, s'arrêter dans les bistrots, parler avec les promeneurs, observer les paysages et les villages, pour ressentir dans sa chair l'incroyable proximité entre les deux moitiés de notre pays. Ce sont les mêmes gens, les mêmes râleurs, les mêmes amoureux de la nature, les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes tout ce qu'on voudra. De plus, nous sommes liés par les familles, les études, les sociétés, le travail, les amitiés et, n'en déplaise à mes amies les femmes socialistes, par le service militaire.

 

Nous avons entre nous mille fois plus d'imbrications que nous n'en avons avec aucun autre peuple au monde. Cela va jusqu'aux noms de famille, les Morel, Voirol, Marchand, Sauvain, Schaffter, Boillat, Girardin, Prêtre, Juillerat, Rossé, Guenin, Joray et tutti quanti. Parlons-en, des familles. L'endogamie jurassienne est phénoménale, incluant les descendants d'immigrés bernois établis dans le Jura, avec des mariages mixtes à la pelle.

 

On regarde cela, les gens, les lieux, la langue et l'on se dit: il faut toute la folie des hommes pour avoir divisé ce qui se ressemble tant. Il y aura fallu la peur, l'obsession du détail sans valeur, la jalousie, la rancune, l'ignorance de l'essentiel, le calcul à la petite semaine, choses qui se rassemblent sous le grand chapiteau de la sottise.

 

Il faut donc réparer. Ce n'est pas facile, car s'il est aisé de se tromper, il l'est moins de le reconnaître. La classe politique, livrée aux calculs électoraux et aux ambitions personnelles, n'y est pas encline par nature. Les travaux de l'AIJ, tout imparfaits qu'ils puissent être, restent néanmoins un effort admirable pour arriver à l'essentiel: donner au peuple jurassien la chance de renouer avec sa nature profonde.

 

Et si cette chance n'était pas saisie ? Le seul grand perdant serait le Jura-Sud, qui oscillerait alors entre des récriminations régionales grincheuses, impuissantes, et une sorte de catalepsie identitaire, où l'on ne se sent rien et se résigne à tout, se rabattant alors sur les querelles de petite vertu. Bref, il ressemblerait à ce que deviendrait la Suisse si les cantons n'étaient plus là pour affirmer la solidarité et la diversité humaines, si belles quand elles marchent ensemble.

 

On le voit, malgré toutes les disputes, divergences, contorsions et dénégations, il existe un famille jurassienne meurtrie, qui aspire à son unité sur tous les plans, même si l’unité politique effraie une partie de ses enfants. Construisons-la dans la confiance mutuelle et le désir partagé de privilégier ce qui nous rassemble et de rejeter ce qui nous divise.

 

Vive l’unité du Jura ! (PAC)


La Fête de la Vallée d'Aoste

Le rendez-vous des peuples minoritaires

La quatrième édition de la Fête de la Vallée d'Aoste a débuté mercredi dernier au théâtre romain, avec le concert du groupe basque Oskorri, dans le cadre du Festival des Peuples Minoritaires.

Les célébrations principales s'achèveront durant le week-end, et surtout lundi 7 septembre prochain, à la Saint-Grat, patron de la Ville d'Aoste; ce sera la journée dédiée aux célébrations officielles, c'est-à-dire à la remise des titres d'Amis de la Vallée d'Aoste et de Chevaliers de la Vallée d'Aoste. Le président de la Région, Auguste Rollandin, présidera la cérémonie qui se tiendra à 18 heures au théâtre romain. Quelques heures plus tard, sur la Place Chanoux, on assistera aux concerts d'Antonella Ruggiero et des Subsonica.

"Cette fête - a déclaré le président de la Région - est dédiée surtout aux jeunes, qui sont les fondations de notre futur auxquels nous voulons offrir un moment d'agrégation typique de ce moment historique. Mais en même temps, nous désirons transmettre le sens de nos racines et de l'énorme patrimoine de traditions et de sens civique dont dispose notre Vallée d'Aoste; nous sommes bien conscients - a terminé Auguste Rollandin - que si l'on réussit à comprendre le passé, on réussira également à bâtir notre avenir."

En tant qu'ancien président du législatif cantonal, j'aurai l'honneur de représenter officiellement le Parlement jurassien (en sortie en Alsace) aux cérémonies de la Fête nationale valdôtaine. J'y suis également invité en ma qualité d'Ami de la Vallée d'Aoste, un titre dont on comprendra qu'il me remplisse de fierté. Amis Valdôtains, à bientôt! (PAC)


La Question jurassienne à la 62e Fête du peuple jurassien

 

Des sujets fort intéressants...

Décidément, la Question jurassienne excite les esprits. On doit l’effervescence actuelle au « niet » du canton de Berne à l'Assemblée interjurassienne. La position bernoise n’est pourtant pas étonnante. Elle était prévisible, et le Mouvement autonomiste jurassien l’avait prévue. Mais à quoi sert-il d’épiloguer sur la naïveté des chantres du dialogue interjurassien ? Passons donc, pour constater que rien n’a changé sur les bords de l'Aar. Le Jura-Sud restera lié à l'Ancien canton, coûte que coûte, affirment en chœur les autorités bernoises. Le canton du Jura, dans ces conditions, n’est-il pas en situation de dénoncer les accords passés, du moins d’exiger de la Confédération qu’elle prenne ses responsabilités et les fasse respecter ? Comment réagir au grognement bernois ? C’est à cette question que nous donnerons une réponse à la prochaine Fête du peuple jurassien (11 au 13 septembre). Bien sûr, nous tiendrons compte de l’ensemble des éléments du débat public, qu’il soit alimenté par nos adversaires irréductibles ou par quelques initiés portant estampille de modernité et de dépassement de soi ! Canton de six communes, immixtion de Bienne, grand canton Arc, alliance Jura-Neuchâtel, partage de souveraineté, avenir de l’AIJ, loi « Un seul Jura », vote communal à Moutier en 2015, voilà bien des sujets intéressants que nous ne manquerons pas de traiter avec tout le sérieux qui convient. Rendez-vous à la 62è Fête du Peuple jurassien, lequel, à ma connaissance, existe encore. (PAC)


Le dernier des Kennedy

L'exceptionnel législateur du clan Kennedy

Les Kennedy ont marqué l’histoire des Etats-Unis, et par conséquent du monde. Le lion du Sénat tire sa révérence alors qu’Obama en aurait grand besoin, notamment pour faire passer sa réforme de la santé. Mais c’est ainsi. Les Kennedy, quelle dynastie ! En 1963, j’avais 8 ans, le président américain opérait une même attirance que le locataire actuel de la Maison Blanche sur les foules du monde entier. C’est à la radio que nous avions appris son assassinat. C’était un drame, un rêve brisé, l’image effacée d’un homme magnifique, jeune, charismatique. Certes, nous ignorions tout de sa vie privée... et alors, ça ne m’intéresse pas. John Kennedy était une idole adulée partout sur la planète, ou presque. Robert lui succéda. J’avais quatorze ans quand la mort le faucha : une même catastrophe, qui se mêlait à celle de la disparition de Martin Luther King. Période cruelle avec un pic de guerre froide et l’écrasement meurtrier du Vietnam. Enfin Teddy Kennedy, peut-être le plus brillant des trois, malgré ce qu’on en a dit à une certaine époque. Là aussi, le monde entier s’émeut. Et moi avec. La terre d’Arlington s’apprête à recevoir un géant de la politique américaine. (PAC)

COMMUNIQUE DE PRESSE DU MAJ (RJ-UJ)

Berne se rebiffe: tous à la Fête du peuple !

Les dés sont jetés. Berne refuse toute idée de création d’un canton des « six communes », ainsi que la préconise l’AIJ ; Berne implique Bienne dans la Question jurassienne ; Berne donne des gages au mouvement pro-bernois et renie les accords signés ! Nous voilà revenus au temps des plébiscites, ou presque.

 

Dans sa récente prise de position, le Gouvernement bernois ridiculise l’Assemblée interjurassienne. Il ironise sur le sérieux de l’étude commise, n’accepte d’informations interactives que minées d’avance, et renvoie à la niche l’institution censée organiser le dialogue interjurassien.

 

Le Mouvement autonomiste jurassien n’est aucunement surpris par la rebuffade bernoise. Elle ne le gène pas outre mesure puisqu’elle a le mérite de clarifier la situation, et notamment de remettre les choses en place s’agissant des prétendues vertus d’un dialogue dévoyé au seul bénéfice de la mainmise bernoise sur le Jura méridional.

 

Face au « niet » bernois, le canton du Jura, ni les autonomistes ne peuvent rester les bras ballants. La réaction, tout aussi prospective soit-elle, doit être vigoureuse. Loi « Un seul Jura » et partage de souveraineté, contrat d’association avec la cité prévôtoise, puis vote en 2015 sur le rattachement de Moutier à l’Etat jurassien, dénonciation de l’Accord du 25 mars 1994, retour au Rapport Widmer et dégel de la loi « Unir », les arguments ne manquent pas.

 

Par l’intransigeance qu’il retrouve à l’approche des élections, le canton de Berne montre sa vraie nature. Les Jurassiens sauront répondre à son non-respect de la parole donnée. L’occasion leur en sera offerte d’ici quelques jours lors de la 62e Fête du peuple jurassien, les 11, 12 et 13 septembre prochains à Delémont. Qu’ils soient au rendez-vous pour réaffirmer leur attachement à la réunification du Jura !

 

Mouvement autonomiste jurassien


Le fédéralisme noyé dans le pétrole libyen

Caricature de Chappatte dans Le Temps du 22 août 2009

... au pays de l'or noir

A quoi bon nommer les gens ? Hans-Rudolf Merz, un ou une autre ? Ils agissent de concert, et ensemble sapent les fondements du fédéralisme. En humiliant la police et la justice genevoises, en sacrifiant aux intérêts économiques le principe de séparation des pouvoirs et la souveraineté cantonale, l’envoyé de Berne a porté un coup très dur au pacte confédéral. Les négociations secrètes, les arrangements équivoques, les compromis oublieux, tout ça retourne du cynisme ordinaire dont les Etats pimentent leurs relations internationales. En tous domaines, la concurrence est rude ! Cependant, si on peut comprendre l’immoralité sous l’angle de l’expression des rapports de force, on ne saurait adhérer à la reddition sans condition (1) qu’elle constitue en l’occurrence, de surcroît parfaitement contraire à nos propres règles internes ! Comment se fait-il donc que M. Merz, probablement avec l’accord formel, sinon tacite de ses collègues (ils nous racontent ce qu’ils veulent), puisse se permettre d’agir avec la « légèreté » unanimement dénoncée par les médias ? La réponse est simple. Il faut la chercher dans l’état de décomposition avancée du fédéralisme. Constamment et impunément mis à mal par une haute administration fédérale ne rencontrant aucune résistance dans les cantons, ce dernier expire. Inexorablement. Ecoutez et voyez ces députés et ministres se précipiter aux tribunes pour expliquer que le droit fédéral prime, qu’il se prépare quelque chose à la Confédération, qu’il faut par conséquent attendre, qu’on ne peut rien faire en raison des prescriptions auxquelles pensent ( !) les bureaucrates adeptes de l’Etat suisse ! Harmonisation ! Fi de 26 procédures ! Les autres l’ont fait, faisons-le ! Voilà dans quel monde on vit. La souveraineté cantonale, le pouvoir de proximité, l’organisation singulière dans un ensemble coopératif, l’addition des individualités pour la constitution d’un collectif dynamique et respectueux de chacun, la Suisse moderne montrant l’exemple à l’Europe ? Du pipeau ! De beaux principes sur lesquels des troupes d’inconscients s’asseyent sans autre souci que leur confort personnel. Les cantons ne seront bientôt plus qu’unités administratives décentralisées ! Et vogue la galère ! Les députés se prennent pour des députés, les Conseillers d’Etat pour des ministres, les Dupond et Dupont se prennent pour des détectives, le laideron de mon arrière-cousin pour Naomi Campbell et le boutonneux de la cousine de Madame Duglu pour Pearce Brosnan : c’est du pareil au même ! De la poudre aux yeux ! Il délire, diront certains, il débloque éructeront les autres. Le Préfet Monnin dépêchera Grock à mon exécution (j’adore !). Peut-être. Personne n’est à l’abri du vagabondage mental… Tant pis.

 

Je me souviens de l’accord intercantonal liant nos polices. Si je ne m’abuse, seuls les députés de CS-POP s’y étaient opposés. Ils avaient raison, comme presque toujours. A voir ce qui s’est passé dans l’affaire libyenne et dans la mise sous la tutelle d’un tribunal arbitral international parfaitement illégitime de la justice et de la police genevoises, ne doit-on pas se poser la question de la dénonciation de cet accord, et de tous les autres, subséquents, pour nous épargner les déconvenues qui, par ricochet, ne tarderont pas à nous atteindre ? Et quid de la nouvelle convention parlementaire (COPARL) si, après avoir dilué le droit des parlements cantonaux dans une soupe intercantonale d’avance mortifiée par les ronds-de-cuir de l’olympe administratif fédéral, celle-ci disperse nos intérêts particuliers aux vents des crises de nerfs internationales ? Poser la question n’engage à rien, bien sûr, et en tout cas pas à jouer aux kamikazes, car il s’agirait bien de cela dans un monde politique qui fait de l’abdication sa principale vertu, et j’ai déjà donné.

 

J’en termine par ce conte, qui n’en n’est pas vraiment un. Il fut un temps, c’était en avril 1986, où l’on organisait un raid aérien international pour détruire un chef d’Etat et sa famille. Le berger des Syrtes, Moammar el Kadhafi, apôtre ou démon, poète ou démiurge, chef des terroristes, derviche tourneur, Savonarole des souks populeux, ou encore Robespierre des collines rocailleuses, disait-on, devait mourir ! La Suisse applaudissait discrètement. On le manqua, et on l’oublia, du moins le bon peuple d’Occident le croyait-il. Car on savait une chose : sous le linceul de sable et de chardons de l’étrange Libye, sous l’immense désert de cailloux et d’épines venant mourir sur la rive des Syrtes, le ciel gratifiait son pays de fleuves de pétrole autant que de richesses inconnues et de ruines grandioses de cités de légende… Mais il y a un temps pour tout, dirait ma grand-maman et celle de tant et tant d’hommes. C’est celui, aujourd’hui, de la révérence au grand et ténébreux bédouin, que l’on voit bien un de ces quatre matins planter sa tente sur la place fédérale, comme il le fit en décembre 2007 sur la pelouse de l’Hôtel Marigny sous le regard attendri de Nicolas et de Carlita.

 

Le 2 septembre 1989, le Président de la Fédération mondiale des Villes jumelées m’a ramené de Tripoli, l’ancien repaire des corsaires, Tripoli de Barbarie, le « Livre vert » du colonel rebelle, dédicacé à mon nom ! C’est la « troisième théorie universelle », selon son auteur. Si un Conseiller fédéral souhaite s’en inspirer à l’avenir, je le lui prête volontiers. Un exemplaire portant la signature du guide enfoui dans son vaste barracan de laine brune, c’est autre chose qu’une édition bon marché achetée à la Fnac, non ? Et puis, il sera conforté dans l’idée que M. Merz avait raison de prendre quelques libertés avec l’organisation étatique de la Suisse, puisqu’il y est écrit que « l’assemblée parlementaire [donc nous, députés] est une représentation trompeuse du peuple, et les régimes parlementaires constituent une solution tronquée au problème de la démocratie » ! N’est-ce pas un bon sujet pour une prochaine question orale ? Enfin. Le soleil est dans le ciel. Retournons-y, car l’hiver approche… (PAC)

 

(1) La libération des otages est un leurre pour les Libyens, qui ne leur coûte rien.


Fidèle à lui-même, l’Ours grogne

Répondons-lui !

C’est sans surprise que le Gouvernement bernois jette au feu le rapport de l’Assemblée interjurassienne. On pouvait penser qu’il refuserait poliment d’entrer en matière, il rétorque par une grossière prise de bec. Un grognement. Rien n’a changé sur les bords de l’Aar. L’Ours protège sa tanière, en défend avec acharnement les limites, renvoyant à leurs études les ingénus – ou les double-nature, c’est selon – qui rebattent les oreilles des gens avec les vertus du dialogue interjurassien, dialogue dont ils remettent systématiquement les clés dans les mains bernoises depuis des lustres ! Berne ne consent à entrer dans un « dialogue » institutionnel qu’à la condition de pouvoir le faire échouer. Et Berne fait d’une pierre deux coups, ce qui montre une habileté que les autonomistes n’ont jamais négligée : non seulement il balance par-dessus bord l’idée d’une réunification du Jura, mais aussi celle d’une quelconque réorganisation territoriale à l’échelle de l’Arc jurassien. Tout peut se faire sans modification de frontières ! Les choses sont nettes au moins, ce qui arrange nos affaires. Que faire donc, se demandent bien des âmes professionnellement désemparées ? Une chose est sûre : face au dogmatisme bernois, le canton du Jura est en situation de dénoncer l’Accord du 25 mars 1994 (dans lequel la problématique biennoise est expressément exclue alors que le Gouvernement bernois l’impose dans les discussions futures), de réactiver la loi UNIR et de préparer la mise en application de la loi « Un seul Jura ». Le Gouvernement jurassien, auquel on peut faire confiance, doit naturellement disposer de la marge de manœuvre utile pour agir. Dressé sur ses pattes arrières, l’Ours bernois pousse sa beuglée. On connaissait d’avance le ton et les mots qui en accompagneraient l’écho. Le grognement n’ébranle pourtant, ou ne devrait émouvoir personne. Nous avons de solides bases juridiques pour lui répondre. La loi dont découle le mandat de l’AIJ, le vote à Moutier en 2015, les arguments ne manquent pas. La réaction bernoise a un immense mérite, et j’en remercie infiniment Leurs Excellences : éclairer un certain nombre de dirigeants et de penseurs autoproclamés sur la nature de la Question jurassienne, laquelle, malgré sermons, exposés, exordes, dissertations et leçons inaugurales, reste avant tout une affaire de rapports de force. A la bernoise. Répondons-lui à la jurassienne ! (PAC)

Correspondances

    La nature est un temple où de vivants piliers
    Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
    L'homme y passe à travers des forêts de symboles
    Qui l'observent avec des regards familiers.
   
    Comme de longs échos qui de loin se confondent
    Dans une ténébreuse et profonde unité,
    Vaste comme la nuit et comme la clarté,
    Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Charles Baudelaire


New York et Clochemerle

Pourquoi ils changeraient ?

« Le 23 octobre 1929 se produisit à New York l’effondrement du marché de la Bourse, qu’on devait nommer le krach de Wall Street. Juchés orgueilleusement au sommet du crédit et d’une prospérité qui reposait sur la convention de faire circuler l’argent à toute allure, les U.S.A. s’aperçurent avec épouvante que si l’on arrêtait brutalement ce circuit forcé, les citoyens ne possédaient plus que du papier dévalué et restaient en présence de leurs dettes. » Ainsi commence le chapitre « New York et Clochemerle » de Clochemerle-Babylone, le magnifique roman publié en 1951 par Gabriel Chevallier ! On se croirait en 2009 ! (PAC)

 

  (Suite)

De Delémont à Hollywood !

Hier à Locarno: Nicolas Bideau, Elisabeth Baume-Schneider, Pierre Kohler

Le film choisi pour représenter la Suisse aux Oscars en 2010 le sera dans la capitale jurassienne. Bravo ! 

Hier à Locarno, Nicolas Bideau, Chef de la Section cinéma de l'Office fédéral de la culture, Elisabeth Baume-Schneider, Ministre de l’Education et de la Culture, et Pierre Kohler, Maire de Delémont, ont procédé à la présentation publique d’un événement considérable : « De Delémont à Hollywood ». On trouvera ci-dessous des extraits des interventions des trois responsables précités. On peut remercier Nicolas Bideau d’avoir accepté d’organiser cette manifestation à Delémont, de même qu’on peut saluer l’engagement de notre ministre de la culture dans le soutien manifesté par l’Etat jurassien, enfin féliciter vivement Pierre Kohler d’avoir obtenu pour sa ville un rendez-vous culturel d’importance majeure. Tous les amoureux du cinéma s’en réjouissent. C’est comme cela que le Jura se distingue; c’est comme cela qu’il se rend apte à séduire alentour. Bravo ! (PAC)

 (Suite)

Sortie de crise

Inquiétante stratégie allemande

Si l’on en croit les sondages, l’Allemagne sera, à l’automne, gouvernée par une coalition ultra-libérale. Une coalition qui, selon « contre-feux.com », veut en finir avec l’Etat social « à l’européenne ». Les solutions de la droite : réduction conséquente du filet social, interdiction de l’endettement, même pour financer les investissements publics, baisses fiscales considérables. Cette « orientation » politique, déjà promise, conduit à un résultat connu d’avance : exportations allemandes de marchandises et de services en hausse massive; exportation du chômage allemand grâce à un fort regain de compétitivité des entreprises allemandes payant moins de charges et d’impôts, avec, à la clé, ou l’implosion de l’euro ou un alignement des pays partenaires en Europe sur la stratégie allemande. Par-dessus tout, le risque d’une envolée du protectionnisme dans le monde, car qui aura envie d’accueillir les "chômeurs allemands" chez lui ? Au-delà de cette projection plutôt inquiétante, remarquons qu’en gros on reporte la responsabilité de la crise sur l’Etat alors qu’elle résulte de sa mise au rancart par les voyous de la haute finance internationale… « Cette saison [l’été] fut aussi celle de la crise financière, et de la perte de contrôle de la dette en France. L’avez-vous noté? Marianne a rejoint le camp de la dénonciation de la dette. Un thème de droite, assurait l’hebdo naguère. Dont acte: Marianne, à droite. Foutue saison. » Telle est l’opinion publiée par Jean-Michel Aphatie sur son blog. Il y a de quoi réfléchir… (PAC)

De Cléopâtre à Laurent

Jour de bonne compagnie...

10 août. La Saint-Laurent : c’est pour avoir protégé les Livres Saints que le martyr est le patron des libraires et des bibliothécaires. Pour qui aime les livres, ce jour de l’année prend une singulière importance. 10 août 1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose le français dans les actes notariés. Fait par François Premier, le « gentil roy » protecteur des Lettres et ami de Léonard de Vinci, grand roi qui a sauvé la France de l’étreinte de Charles-Quint ! 10 août de l’An 30 avant J.-C. : hélas, suicide de Cléopâtre, la reine si intelligente et polyglotte, selon Plutarque… Le 10 août, on est toujours en bonne compagnie, non ? (PAC)


Embellissement, beauté des lieux

Chapelle de l'Assomption à Vellerat (1962, architecte: Jeanne Bueche)

Préserver nos richesses patrimoniales

En 2008, Patrimoine suisse a inscrit la Chapelle de Vellerat dans l'inventaire de ses sites d'intérêt national. Cette flatteuse "nomination" demande que l'ouvrage soit mis en valeur. C'est particulièrement le cas aujourd'hui, grâce notamment à la rénovation fort réussie du Restaurant du Coq-d'Or, à proximité immédiate. Les alentours de l'établissement et la chapelle s'intègrent harmonieusement et créent un environnement paysager très agréable à l'oeil. Chacun doit prendre garde à ce que notre richesse patrimoniale fasse l'objet de soins attentifs et permanents. A propos du Restaurant du Coq-d'or, dont on peut vanter les mérites avec enthousiasme, je signale au lecteur qu'il rouvre ses portes à partir d'aujourd'hui, jeudi 6 août, cela après quinze jours de vacances - certainement bienvenues - des tenanciers. Bonne fin d'été à tous ! (PAC)