Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Le journal de Pierre-André Comte

La mort d'un grand patriote

PHOTO Le Quotidien jurassien

HOMMAGE A JOSEPH VOYAME

La mort de Joseph Voyame plonge les patriotes jurassiens dans la tristesse. Père de la Constitution, juriste de haute renommée, mandataire de l’ONU, humaniste et brillant esprit, l’ancien coprésident de l’Assemblée interjurassienne laissera le souvenir d’une personnalité de premier rang, d’une grande sagesse et farouchement attachée à l’idéal de la reconstitution de l’unité du Jura.  Consulté dans le processus de rédaction de l’initiative « Un seul Jura », Joseph Voyame n’a jamais été avare de ses conseils. Toujours au fait d’une actualité parfois brûlante, il a répondu à toutes les sollicitations relatives à l’évolution de la Question jurassienne. Sa réflexion et son engagement manqueront beaucoup au Jura des six districts francophones, le pays ancestral auquel il a donné le meilleur de lui-même. C’est avec un profond sentiment de gratitude que le Mouvement autonomiste jurassien (RJ-UJ) rend hommage à l’intellectuel d’envergure, au serviteur intransigeant des Droits de l’Homme, à l’homme de coeur et à l’infatigable compagnon de route.

Mouvement autonomiste jurassien (RJ-UJ)


ELECTIONS CANTONALES BERNOISES - COMMUNIQUE DE PRESSE

courrier sud

L'autonomie: le seul avenir digne du Jura-Sud !

Les élections cantonales bernoises de 2010 revêtent une importance politique accrue. Elles s’inscrivent dans un contexte marqué par le débat public sur l’avenir politique de la région. En effet, l’Assemblée interjurassienne fera part à l’automne du bilan qu’elle tire de ses « séances interactives ». A n’en pas douter, les résultats du grand rendez-vous électoral de mars prochain pèseront puissamment sur l’évolution de la Question jurassienne ces prochains mois.

 

Les autonomistes sont engagés à trois nivaux dans ces élections : Gouvernement, Grand Conseil et Conseil du Jura bernois. Ils disposent de listes (PSA – PDC-PLJ – Alliance jurassienne et sympathisants) sur lesquelles figurent des personnalités de premier plan, de très grande qualité et toutes vouées au développement économique, culturel et social des trois districts francophones. A ce titre, elles méritent le soutien unanime de celles et ceux pour qui l’autonomie de la région constitue le fondement-même de sa prospérité future.

La candidature de Maxime Zuber au gouvernement a pour vertu première de donner une voix forte à la tribune offerte aux prétendants. Par son intermédiaire, les autonomistes et les gens de progrès disposeront du représentant le mieux qualifier pour défendre leurs idées. Ils pourront mettre les autres candidats du sud devant la vacuité de leur programme, souligner leur insignifiance dans la politique cantonale et dénoncer leur participation active à des politiques qui privent le « Jura bernois » des pouvoirs dont il a besoin pour s’affranchir et sauvegarder ses intérêts fondamentaux.

La notoriété, l’expérience, le talent et le bilan exceptionnels de Maxime Zuber le désignent incontestablement comme le chef de file le plus respecté et le plus crédible du Jura-Sud. Chacun le reconnaîtra ainsi et concourra au fait que son résultat personnel récompense une action et un engagement dignes de la reconnaissance et de l’admiration publiques. 

Au Grand Conseil, les députés sortants ont accompli au cours de la législature un travail remarquable. Ils méritent amplement d’être reconduits dans leur fonction. A leurs côtés devraient siéger d’autres autonomistes. Les listes jurassiennes comptent une foison de personnalités aux éminentes qualités. On peut compter sur elles dans le combat politique pour un Jura-Sud qui prenne son destin en main, impose le respect de ses choix particuliers, se débarrasse de toute tutelle et va de l’avant !  

Au Conseil du Jura bernois, sortants, anciens et nouveaux candidats sont prêts à relever le défi d’une participation apte à faire avancer la région vers la liberté d’agir distinctement, vers l’émancipation. Si on peut s’interroger sur la réalité du pouvoir confié à cette institution régionale, on doit se dire que, en l’état actuel des choses, le bouder reviendrait à dérouler le tapis rouge à ceux dont la seule obsession est de ravaler le Jura-Sud au rang de région mineure, figée dans l'infériorité institutionnelle. Dès lors, les autonomistes sont appelés à se mobiliser massivement et à faire en sorte que le nombre de leurs mandataires augmente donnant au Conseil du Jura bernois une configuration politique hautement plus avantageuse pour la région qu’elle ne l’est aujourd’hui. 

Les autonomistes sont appelés à se rendre aux urnes, à n’égarer aucune voix et à n’en n’accorder aucune à d’autres candidats ni à d’autres listes que celles qui leur sont proposés (PSA – PDC-PLJ – Alliance jurassienne et sympathisants). 

Le choix jurassien n’est pas celui du statu quo politique, plus ou sans plus ! Il est celui de l’autonomie. L’avenir de l’unité du Jura dépend de ce choix, les autonomistes voteront pour cet avenir-là, avec conviction et enthousiasme ! 

Mouvement autonomiste jurassien

 

 

Moutier, le 6 février 2010


Pleurs haïtiens

Vu SUR CREAPoèmes.com 

Pourquoi tous ces visages en pleurs sur lesquels s’acharne le malheur ?

Y’a-t-il un dieu qui puisse voir ça, des enfants nus qui n’ont pas de toit ?

La terre les frappe, le vent les fouette, ils vivent de séismes en tempêtes.

Ce soir je m’en veux d’être là, d’être impuissant face à tout ça. 

Là-bas les murs ne sont que ruines, de chacun la mort est voisine.

Peut-on penser à l’avenir quand ce qui est veut s’évanouir ?

La vie n’est qu’une simple parenthèse, un peu de rouge sous l’épaisse braise.

Ma plume pleure ces disparus, son encre noire coule et ne sèche plus.


Un honneur qui rejaillit sur le Jura

Le chirurgien René Prêtre est le « Suisse de l'année 2009 » !

Le Jura a été à l’honneur hier soir à la télévision. Deux de ses personnalités – sur cinq romandes – étaient en lice pour l’obtention du prix de « Suisse de l’année », MM. René Prêtre et Pierre Kohler dans leur catégorie respective. La prestigieuse récompense a été attribuée à René Prêtre, le chirurgien de Boncourt, médecin-chef de la chirurgie cardiaque au Kinderspital de Zurich. Cet honneur hautement mérité rejaillit sur le Jura, sa terre natale. J’en suis particulièrement heureux et félicite chaudement ce compatriote dont l’histoire retiendra l’abnégation et l’immense talent. Il ne fait aucun doute que chaque Jurassien ressentira un profond sentiment de fierté face à l’événement d’hier soir.  (PAC)

Amnistie fiscale

La souveraineté cantonale battue en brèche

Ainsi, l’Administration fédérale des contributions n’est pas d’accord avec le canton du Jura et le fait savoir. Le droit fédéral n’a pas été respecté, affirme-t-elle péremptoirement. Le ministre des finances Charles Juillard lui répond du tac au tac, la renvoyant aux déclarations du Conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz devant le Conseil national, lequel trouve l’amnistie fiscale jurassienne « originale et créative », nullement contraire au droit fédéral ! Au passage, on remarquera que cette administration est vexée de ne pas avoir été préalablement informée des intentions jurassiennes ! Le Jura lui rétorque qu’il n’avait pas à la prévenir. Et pan sur le bec. Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle tentative de mainmise fédérale sur les affaires cantonales ? L’autonomie fiscale des cantons, déjà largement handicapée par « la norme de droit supérieur », ce dada de politiciens chétifs et fatigués, reste l’un des derniers, sinon le dernier bastion de la souveraineté cantonale. Courbons l’échine, et nous pourrons remettre définitivement les clés de l’Etat dans les mains des grands commis « des grands bureaux de Berne », comme dirait un humoriste ! Dès lors, la résistance s’impose, et je dois dire que le ministre Charles Juillard a eu parfaitement raison de répliquer comme il l’a fait aux injonctions de l’administration fédérale. Nous en reparlerons au Parlement, au sein duquel je forme le vœu que notre ministre des finances y obtienne, si nécessaire, l’appui qu’il mérite. Le Jura est un canton souverain et, à ce titre, il n’a pas à recevoir les remontrances ou autres remises à l’ordre d’une administration fédérale qui, de plus en plus arrogante, considère détenir seule la juste interprétation du droit fédéral en toute matière ! (PAC)

Philippe Séguin n'est plus

La mort d'un grand seigneur

Les hommages posthumes sont souvent le réceptacle de grandes et piètres rédemptions. On trouve à l’homme mort toutes les qualités, même de celles dont il ignorait qu’il en fût pourvu ! Ainsi va la vie dans la famille humaine. Vivant, indépendant, avec votre voix tonitruante, votre sale caractère, votre talent bien supérieur à celui des médiocres en vue, vous êtes exécrable, impossible à vivre, et vous ne devez par conséquent rien obtenir qui vous place au-dessus de la mêlée, en dehors du clan dont vous êtes exclu ou à côté, simplement toléré. Vous êtes orgueilleux et contraint à espérer qu’à travers une lueur de bonté ou de justice inédite on vous récompense de vos mérites. Philippe Séguin, le gaulliste de gauche, le pourfendeur de la médiocrité partisane, le factionnaire des vertus de l’Etat, en son ultime ascension, croulant sous des masses d’hommage et des tonnes de dithyrambe, doit bien penser cela, n’est-ce pas ? J’ai eu l’occasion de rencontrer cet homme, alors qu’il était président de l’Assemblée nationale. Impressionné autant pas sa stature que par sa faconde, par son érudition que par sa civilité, je l’ai écouté parler, sans oser rien dire. Un grand. Un grand qu’on aime immédiatement pour peu qu’on ait le goût du grand. Serge Moati, un sincère lui aussi, a dit qu’il aurait fait « un formidable président de la République. » Il a tellement raison. Monsieur le Président, je vous salue. (PAC)

Développement durable

Le PSJ veut une véritable politique cantonale

(COMMUNIQUE DE PRESSE)

Le Parti socialiste jurassien attend une véritable politique cantonale respectueuse du développement durable. Il le fait savoir dans un communiqué, où il rappelle qu’une des commissions du Parlement étudie actuellement le projet d’inscription du développement durable dans la Constitution jurassienne. «La motion déposée par Pierre-André Comte a donné une impulsion décisive», souligne le parti. Il estime «que la notion de développement durable, à l’instar de ce qui s’est fait dans les cantons de Fribourg, Neuchâtel, Vaud et Zurich, mérite d’être inscrite dans le préambule même de la Constitution cantonale». «Bien que le Titanic de Copenhague ait sombré, le bateau jurassien se doit de maintenir le cap en direction d’une politique respectueuse de l’environnement. Ainsi, le PSJ attend que l’Etat mette en place une véritable politique soutenant les trois piliers du développement durable que sont la préservation de l’environnement, la justice sociale et le progrès économique.» (PSJ)


Rapport de l'Union suisse des paysans (USP)

Quelles solutions pour l'agriculture ?

Qu’aurais-je d’abord à dire de l’agriculture, sinon poser un préalable d’humilité face à la complexité des problèmes et des intérêts en jeu, sociaux, économiques, environnementaux, paysagers. Nous connaissons et reconnaissons les difficultés de l’agriculture. Qui pourrait sérieusement dédaigner la méfiance qui affecte les rapports entre la société non agricole et l’agriculture, que les problèmes les plus spectaculaires et la façon dont ils sont traités ne font qu’aggraver ? Qui pourrait, sans se disqualifier, détourner le regard d’une crise de confiance, avant tout due aux politiques internationales qu’inspire le capitalisme triomphant, mal dissimulé sous quelques sigles aux résonances inquiétantes, PAC, GATT, OMC ? Quelles solutions proposer, qui conduisent à la résolution d’une crise qui sera durable si l’on évite d’en distinguer les raisons. Si nous disposions de la toute-puissance divine, nous décréterions des solutions définitives pour « un autre monde », garant de notre bien-être économique, de la sauvegarde de notre environnement ou encore d’un accès universel aux libertés individuelles. Mais nous ne sommes pas ceints de l’auréole sacrée, et restons contraints d’accepter notre humaine condition. Il y a un principe au moins, sur lequel tout le monde semble s’être mis d’accord : le développement durable, ce concept multidimensionnel qui intègre la préservation des écosystèmes et des grands équilibres écologiques, l’amélioration de la qualité de vie, le développement économique, l’équité entre les générations, entre les pays développés et ceux en voie de développement, et entre les citoyennes et citoyens à l’intérieur de ces mêmes pays. On connaît les efforts consentis ces dernières années par l’agriculture pour répondre aux critères du développement durable. Ils sont louables et ne peuvent que continuer à se développer. Prendre en compte de manière équilibrée les objectifs des producteurs, les attentes des consommateurs et le respect de l’environnement, telle me paraît être la voie raisonnable. Nous savons que les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à mettre en pratique les principes de bon sens et les savoir-faire d’une philosophie qui s’appuie à la fois sur toute l’expérience accumulée par les générations précédentes et les connaissances et techniques les plus récentes. Encourageons encore et toujours cela, sans perdre de vue qu’il est plus facile de parler des grands principes que de s’y conformer en préservant ses intérêts légitimes et incontestables. 

Le Quotidien jurassien, qui traite du rapport de l’USP, termine son article comme suit : « Dans vingt ans, la Suisse agricole sera-t-elle totalement isolée ou transformée en immense Ballenberg? Aura-t-elle passé au «tout bio» ou cédé à la libéralisation galopante? Personne ne peut encore le dire. «L’avenir est très très incertain dans l’agriculture mais beaucoup de jeunes se lancent là-dedans», a résumé hier une jeune agricultrice, Pauline Clément. La jeunesse est-elle folle ou optimiste? » Aidons-là à être les deux en lui fournissant de nouvelels raisons d’espérer. (PAC)


L'eau, source de vie

La mission des Porteurs d'eau

Le peuple jurassien se prononcera en 2010 sur l’inscription du développement durable dans la Constitution jurassienne. Ainsi le canton du Jura se distinguera-t-il quant aux valeurs dignes d’être illustrées et « mise en œuvre » dans le monde d’aujourd’hui. Au début de cette année qui pourrait être belle, et dans le prolongement de ce qui précède, je voudrais saluer l’action de France Libertés, fondation créée et dirigée par Madame Danielle Mitterrand. J'aimerais inviter les élus à se joindre à ses actions, notamment à celle des « Porteurs d’eau », la plus récente. J’ai signé l’appel du mouvement : pour une gouvernance publique internationale de la gestion de l’eau ; pour faire de l’accès à l’eau un droit inaliénable ; pour que cesse enfin la main mise des marchands d’eau sur ce bien commun de l’humanité ; pour que l’accès à l’eau pour tous soit demain une réalité. Vous pouvezn le faire en consultant le site de France Libertés (voir lien proposé par mon blog). Qu’est-ce qu’un « porteur d’eau » ? Selon la définition-même de la fondation « c’est une personne, un groupe de personnes ou une institution qui, éveillé et informé, a pris conscience de la gravité du problème de l’accès à l’eau potable dans le monde. Il s’engage, dans son travail, ses activités, son quotidien, à porter le message d’une prise de responsabilité individuelle et collective pour la sauvegarde de l’eau, élément vital. D’une eau libre, saine et potable dépend l’avenir de la planète, de nous tous et de toute forme de vie sur terre. » Qui pourrait rester indifférent à pareil engagement ? Il y a quelques mois, le canton du Jura a eu l’occasion de se doter d’une nouvelle loi sur la gestion de l’eau. Elle avait reçu l’aval du Parlement, mais a été refusée par le peuple pour les raisons que l’on sait. Cette loi comportait un article (le centime de la solidarité) qui nous aurait permis d’être remarqués ! Le sort des urnes, fortement influencé par une campagne de vertu douteuse, en a décidé autrement. Il faudra bien y revenir et faire en sorte que le Parlement, qui a manqué là une belle occasion de redorer son blason, soit plus efficace et plus engagé dans sa manière de présenter les choses aux gens. Alors nous retrouverons le goût de l’exception et de l’authenticité qui nous fait actuellement défaut. 2010, année du Jura ? Il n’appartient qu’à nous d’en décider. (PAC)

2010, année d'une solution ?

Se parler les yeux dans les yeux

En ce Premier de l’an, je forme le vœu que les Jurassiens trouvent en 2010 les moyens de surpasser leurs divisions. Les séances d’information interactives organisées par l’Assemblée interjurassienne seront l’occasion d’une réflexion profonde sur la communauté de destin qui unit Jura-Sud et Jura-Nord. La conscience du passé n’a jamais été un obstacle à une conception concordante de l’avenir. Nous partageons de formidables atouts, ne les galvaudons pas sur l’autel de rancunes largement dépassées, inutiles et parfaitement insensées. Le Jura des six districts francophones n’est pas qu’une réalité économique, défauts et qualités comprises, c’est une entité culturelle et sociale, aptitudes et carences incluses, une exigence naturelle autant qu’un fait historique. Nous irons au débat, avec confiance, et enthousiasme s’il le faut. Nous serons à la hauteur de nos responsabilités, en espérant que l’autisme, la mauvaise foi et la bêtise céderont le pas à la plus simple intelligence. Anfractuosités langagières, si je peux m’exprimer ainsi, vexations idéologiques, faux pas rhétoriques, bousculades idéologiques ? Tout cela paraît bien compliqué, n’est-ce pas ? Et si on se contentait de se parler les yeux dans les yeux de ce qui fait la force de notre unité perdue, et de la manière de l’illustrer avant peut-être de la réaliser, ainsi que nous y invite une multitude de si bonnes raisons ? Mes vœux à tous, et au Jura d’abord ! (PAC)

Dernier coup de gueule de l'année

Bonjour, Jurassien-enne-s, Romand-e-s, Suisse-esse-s, lecteur-trice-s, etc...

En 2010, grâce à Madame le Ministre Elisabeth Baume-Schneider, nous débattrons de la « Loi sur l’usage de la langue française ». De grands moments oratoires nous autoriseront à clamer notre amour du français, peut-être même à faire l’éloge du subjonctif, l’un de ses plus merveilleux attributs, son épatante forme euphonique qui fouette la phrase, la cambre, lui donne du nerf, lui insuffle une tonique musicalité, la délivre du fautif, ennuyeux, sempiternel et somnifère e muet final cher aux « nouveau curés » du politiquement correct et de la vulgarité langagière. Mais, pour l’heure, laissons-là des ornements dont seuls les beaux esprits sont dignes. 

Nous discuterons aussi d’autres choses. Tenez, de ceci, pour ramener au propos qui précède, qui fait que je me sente étranger dans ma propre patrie, laquelle, parfois, n’est plus pour moi qu’une occasion de colère et de dégoût. Lisez ! Plutôt, regardez ! « Si initialement, il était prévu de maintenir deux textes de loi distincts pour les « fonctionnaires » et les « enseignant-e-s », l’option a été prise de n’avoir qu’un seul texte qui régisse l’ensemble des rapports de service des employé-e-s, qu’il-elle-s soient fonctionnaires ou enseignant-e-s. Plus loin : « A l’avenir, l’employé-e ne pourra pas être licencié-e, s’il-si elle est en maladie ou accidenté-e par exemple… » ! S’il si elle et force traits d’union stupides, idiots, abrutis, absurdes, balourds, couillons, crétins, épais, godiches, imbéciles, ineptes, nuls, obtus, simplets, sots, voilà ce qu’on voit aux pages 4 et 6 du Message du Gouvernement relatif au projet de Loi sur le personnel de l’Etat ! Ah, oui, on imagine nos femmes (éradiquez-moi ce nos mâle et machiste, Monsieur !) se sentir honorées dans l’adoption de ces insupportables atteintes à l’esthétisme linguistique ! On les devine savourant une dignité nouvelle, agrégeant enfin l’égalité des sexes, dans l’hommage tonitruant de la plus crasse et plus monstrueuse bêtise ! Ceux qui écrivent ça devraient être passés par le fil de l’épée ! Et pourquoi les sinistres gommeux ne montent-ils pas au créneau, pourquoi ne renversent-ils pas la règle pour démentir l’inutilité de leur foutaise ? Ils pourraient pourtant écrire « autrement » l’article 4 de la loi, rédigé ainsi : « Les termes désignant des personnes s’appliquent indifféremment aux femmes et aux hommes », ce qui oblige – pour autant qu’on puisse obliger les mots –, parmi tant d’autres, l’article 8 à préciser : « Le Gouvernement encourage la formation de ses employés. » Au masculin !

Je me tais, je sens que je vais trop loin, le dérapage étant si vite arrivé au temps de la chauffeuse de taxi, de la majordame et de l’enseignette de vaisselle pour faire pendant à l'enseigne de vaisseau ! Quel ringard, ce gars, doit-on se dire, sûrement de droite ! Tant pis. Vous souvenez-vous des stances du professeur de grammaire à sa bien-aimée la langue française, que l’on attribue à Alphonse Allais ? « Oui, dès l’instant où je vous vis, Beauté féroce, vous me plûtes ; De l’amour qu’en vos yeux je pris, Sur-le-champ, vous vous aperçûtes.» Qu’il fait bon vivre en si bonne compagnie. Fin. Ne vous fâchez point, Jurassien-enne-s, cher-ère-s ami-e-s député-e-s, enseignant-e-s ou employé-e-s, orateur-trice-s, interpellateur-trice-s, fêtard-de-s ou foireur-euse-s, je vous souhaite un-e excellent-e nouvel-le an-année 2010… et compte sur vous pour un soutien massif à la Loi sur la langue française, telle que nous l’a concoctée Madame le Ministre Baume-Schneider. Je dis bien Madame le Ministre pour échapper au sexisme qui vise à donner de l’importance au sexe du ministre, comme s’il en avait une, nom de Dieu ! Encore un écart ! Pardon. Soyez sûr-e-s de mon affection. PAC

La question de l'identité culturelle (thème traité par le Comité mixte parlementaire Jura - Aoste - Communauté française de Belgique)

COMMENT PRÉSERVER UNE IDENTITÉ CULTURELLE RÉGIONALE FORTE ?   

A. La culture 

Ce sont les sociétés culturellement riches qui font les sociétés économiquement riches. La culture est ainsi le pilier central de toute société.

L'un des objectifs fondamentaux de la charte fondamentale de la République et Canton du Jura consiste à préserver et à promouvoir cette identité culturelle jurassienne, avec la langue française qui en est la pierre angulaire. Juste trentenaire, le canton du Jura possède tous les leviers nécessaires au raffermissement et à l’expression de cette identité culturelle à laquelle nous sommes si profondément attachés. 

La culture est une dimension essentielle de la qualité de vie de tout individu et de toute collectivité. De ce point de vue, elle est la finalité du développement économique et contribue à accroître la capacité d'épanouissement d'une collectivité et des individus qui la composent. Seul un projet de développement fondé sur la souveraineté et s'appuyant sur une volonté politique ferme de consacrer la culture comme une dimension essentielle de la société jurassienne nous permettra d'envisager l'avenir avec optimisme.

Ainsi, la culture doit constituer un champ d’action prioritaire pour l’Etat jurassien. J’ajoute que la culture ne peut se réduire à une politique des arts et du patrimoine ; elle ne doit pas être considérée isolément de l'éducation. Culture et éducation sont les deux hémisphères d'un même cerveau. Des enjeux culturels majeurs sont en cause, dont on devine les incidences à long terme sur l’épanouissement de la société jurassienne. Ils sont : 

- la place de la culture dans la vie des citoyens

- la place du français et l'évolution de son pouvoir d'attraction

- l'acquisition et la maîtrise par les citoyens des technologies de l'information

- la diffusion des oeuvres et des produits jurassiens dans un contexte de concurrence renforcée et de libre circulation à l'échelle européenne.

Les enjeux étant exposés, il s’agit d’identifier les grandes orientations aptes à en relever le défi. Pour assurer la vitalité culturelle de la société jurassienne, il faut, nous semble-t-il : 

- soutenir la capacité de création des Jurassiennes et des Jurassiens et concevoir une politique culturelle qui soutienne et diffuse les productions régionales;

- conjuguer davantage culture et éducation aux fins de formation générale et professionnelle, de développement intégral de la personne et d'intégration; 

- développer les modes de conservation et de mise en valeur des patrimoines identitaires;

- rechercher de nouveaux modes de financement et de partenariat dans ce champ-là et celui de la culture et des communications. 

1. SOUTENIR LA CAPACITÉ DE CRÉATION DES JURASSIENS 

La production et la diffusion artistique, à l’échelle jurassienne, souffre d’un manque de moyens financiers, administratifs, techniques, ainsi que d’infrastructures appropriées. Une part prépondérante de ces moyens pourraient être fournis par l’émergence du Centre interjurassien d’Expression des Arts de la scène (CREA), le grand projet culturel actuellement en discussion dans les deux parties du Jura (Jura bernois et canton du Jura).

Selon le rapport de la Commission culturelle interjurassienne, « une nouvelle infrastructure culturelle, susceptible d’intéresser également les habitants des régions voisines et les touristes de passage, contribuera à dynamiser la région, à l’ouvrir sur l’extérieur et à stimuler la circulation des publics. » Nous adhérons pleinement à ce constat, encore faut-il se donner ces « moyens financiers » et faire preuve d’une « réelle volonté politique » pour faire en sorte que les grandioses – et justes – paroles de la commission se concrétisent par les actes que la population jurassienne attend depuis un bon demi-siècle ! L'éducation par l’art comme point de départ 

L'enseignement des arts en général contribue au développement de la personne. Il peut aussi susciter chez certains le désir d'acquérir une formation professionnelle dans ce domaine. Notre patrimoine artistique, architectural, archéologique est riche, mais il est très peu exploité dans les écoles. Rencontres, visites et sujets artistiques devraient être intégrés de manière plus systématique à la trame des programmes d'études réguliers, soit comme objets spécifiques, soit comme éléments de la connaissance de l'histoire, des civilisations, de la langue.

Renforcer le poids de l'éducation artistique constitue un choix politique qui se résume en quelques options essentielles : 

- intégrer l'enseignement des arts au cursus normal des programmes, à tous les niveaux du cursus scolaire, et ne pas cantonner l'éducation artistique à des cours optionnels ;

- inciter les créateurs et les artistes à contribuer activement et pratiquement à hausser le niveau d'éducation des publics scolaires ; 

- s'assurer que l’éducation publique assume son rôle de sensibilisation et d'initiation des jeunes à la culture, aux arts et au patrimoine, notamment en relation avec les institutions qui peuvent offrir un complément par des visites et des activités parascolaires ;

- favoriser la fréquentation des oeuvres: visites d'expositions (musées, galeries), spectacles (théâtre, danse, musique), cinéma, rencontre avec des auteurs, etc. ;  

- attacher une attention toute particulière à la fréquentation des bibliothèques par les jeunes en formation.

Ayons à l’esprit le point de vue de Xavier Darcos, ancien ministre français de l’Education : « Dans le domaine des politiques culturelles, la vraie priorité, ce sera toujours l’enseignement artistique. » La diffusion artistique 

L'amélioration de la diffusion des oeuvres est une priorité pour les artistes, mais aussi pour les publics. Sans un système de diffusion continu et efficace, la production est elle‑même menacée dans sa finalité.

Dans cette perspective, le développement de réseaux internationaux de diffusion entre le Jura, la France, la Belgique, le Québec, le Val d’Aoste pourrait constituer une réponse adéquate. Partant, il faudrait cibler ponctuellement et régulièrement des figures représentatives dans les différents domaines artistiques et culturels et les soutenir pendant un certain temps. Cela relève d'une stratégie qui concerne autant la carrière personnelle des créateurs que d’une politique « cantonale » de représentation par les arts et la culture. 

2. ACTIVER LE PATRIMOINE DANS L'ESPRIT DES CITOYENS 

La notion de patrimoine, qui renvoyait d'abord à la protection des biens meubles et immeubles, s'est considérablement élargie au cours des vingt dernières années sous la double impulsion de son appropriation progressive par la population et de la montée des préoccupations écologiques. On parle volontiers aujourd'hui de patrimoine archéologique, de patrimoine agricole et forestier, de patrimoine urbain, de la protection du paysage, des savoir-faire et des techniques, etc. Implicitement, la notion glisse vers une sorte de propriété universelle du patrimoine, alors que les réalités sont le plus souvent locales et régionales. Le vocabulaire du patrimoine en est même à importer des notions écologiques, comme le développement durable.

II faut donc prendre acte du fait que le patrimoine dépasse désormais le seul domaine culturel et qu'il est une dimension du territoire et de son aménagement, de la qualité de vie des citoyens, un témoin des us et coutumes qui se perpétuent, ainsi qu'un moteur du tourisme. Aux seuls arguments esthétiques, historiques ou d'exemplarité qui servent à déterminer ce qui devait faire l'objet d’une protection patrimoniale s'ajoutent ceux de l'usage par les contemporains. C'est ainsi que l'État partage encore davantage la responsabilité de protection du patrimoine avec les instances locales et régionales et avec les citoyens directement. Ces orientations commandent de maintenir et consolider les acquis du Jura en matière de protection du patrimoine et d’impliquer les collectivités locales dans la protection et la gestion du patrimoine. 

Véritable mémoire collective, le patrimoine doit être connu, compris et expliqué. C'est pourquoi les activités liées à la promotion du patrimoine doivent favoriser pour tous et partout une accessibilité accrue à l'ensemble des institutions et des biens patrimoniaux, y compris par les moyens électroniques et informatiques.

B. Le français 

Le français est le fondement même de l'identité jurassienne. Le Jura doit se donner les outils nécessaires afin d'en assurer la promotion et l'épanouissement.

La valorisation, la promotion et le renforcement du français ressortissent à la responsabilité de l’Etat et des acteurs sociaux, de même qu’à celle des citoyens. La langue française fonde l’identité culturelle du Jura. A ce titre, elle doit être défendue, protégée et promue avec toute l’énergie nécessaire. Politique linguistique Le destin d'une langue est toujours au premier chef une affaire politique. Aussi devons‑nous nous interroger sur nos responsabilités, que nous soyons enseignants, représentants du peuple, politiciens, hommes de sciences, écrivains ou journalistes, commerçants ou publicitaires, citoyens ou simples usagers. « La responsabilité principale, disait Roland Béguelin, repose sur les Etats auxquels nous appartenons. Et nous pouvons, ajoutait-il, rendre hommage au Québec qui s'est donné la loi 101 dans un sursaut remarquable ; à la France, qui a légiféré en la matière; à tous les autres Etats, petits ou grands, qui s'engagent dans la même voie ». 

Aujourd’hui, ceux-mêmes qui se croyaient à l'abri commencent à voir les conséquences du mercantilisme, du snobisme, de la publicité ou de l'économie de marché à l'échelle mondiale. Combien de langues nationales restera-t-il dans 20 ou 30 ans ? Combien de centaines de langues régionales se seront-elles dissipées dans l’oubli, le désintérêt et leur marginalisation mortelle ?

Législation 

Toute politique linguistique doit d'abord se concrétiser dans un texte législatif. Nous n'échapperons pas à cette évidence. C'est pourquoi, sur proposition de Roland BEGUELIN, le Parlement de la République et Canton du Jura a adopté sans opposition, le 12 septembre 1985, une motion portant sur la présentation d'un projet de législation en matière linguistique. A travers cette décision, l'Etat jurassien n'a pas oublié qu'il est né par l'acte d'autodétermination de ceux qui voulaient sauver leur patrimoine français.

Projet de loi soumis à consultation Le 2 octobre 2007, après 22 ans de tergiversations essentiellement dues aux résistances administratives et économiques, le Gouvernement jurassien nomme un groupe de travail chargé d’élaborer un projet de législation relative à la langue française.  

Débat moderne s’il en est que celui de la législation linguistique dans un monde globalisé qui tend à l’uniformisation culturelle et, corollaire de ce phénomène incontournable, à une élimination massive des langues régionales et à l’exclusion des langues nationales dans les relations entre Etats d’abord (déjà en route au sein des instances internationales, ONU et UE notamment), entre individus ensuite. Globalisation et pensée unique, non pas mondialisation qui, selon Dominique Wolton, « donne un autre sens à la francophonie en la sortant du cadre historique de la colonisation, et permet de retrouver des racines plus larges, de passer de la francophonie à la francosphère. »

Le groupe de travail constitué par le Gouvernement à l’initiative de la ministre de la culture, qui a su prendre les risques utiles en la matière, est composé de Mmes Marie-José Béguelin, professeur de linguistique, Marianne Finazzi, comédienne, Laurence Jobin, journaliste à la RSR, de MM. Jean-Christophe Kübler, chef du Service juridique, Michel Hauser, chef de l’Office de la culture, président du groupe, et de votre serviteur.  

Ce groupe a osé articuler des notions inédites dans ses formulations destinées à la loi : amour de la langue française, courtoisie, autorisation de l’usage d’autres langues dans certains cas particuliers (accueil d’hôtes étrangers pour des événements extraordinaires, par exemple). Il a privilégié le concept de rayonnement et promotion de la langue française plutôt que l’idée réactive de défense et sauvegarde du français.

La légitimité du projet Une ferme détermination à défendre leur identité culturelle a transcendé le combat des Jurassiens pour l’indépendance. Il ne fait aucun doute que la langue française a joué un rôle prépondérant dans leur volonté d’émancipation. Elle ne les a cependant pas enfermés dans un nationalisme de mauvais aloi, comme c’eût été possible, mais les a au contraire ouverts au monde, les entraînant, dans l’édification de leur Etat, à promouvoir une politique cantonale d’aide au développement. Leur charte fondamentale, construite autour des valeurs nobles et universelles que sont la démocratie, la justice sociale et la fraternité, la coopération entre les peuples et les droits de l’homme, les a conduits dès les premiers pas dans la souveraineté à se distinguer sur le plan international. En effet, dès 1979 le canton du Jura innove, se manifeste aux Seychelles, travaille au Cameroun, se fait remarquer en Europe de l’Est, signe des accords avec les gouvernements et parlements francophones qu’une histoire commune a naturellement rapprochés du Jura.  L’adoption d’une loi sur l’usage de la langue française ne procède ni d’un manque de confiance, ni d’un quelconque repliement sur soi. Le groupe de travail autant que le Gouvernement veulent privilégier une vision moderne de la politique linguistique au XXIe siècle, qui privilégie la promotion et le rayonnement de la langue et des valeurs qu’elle véhicule, en fasse un élément qui participe de la prépondérance de la culture dans le développement économique. 

Nous sommes donc loin du débat démesurément affectif que l’on pouvait craindre, d’un objet de cristallisation de peurs ou de passions diffuses, de repli identitaire ou d’attitude défensive, loin de l’épée brandie contre les menaces réelles ou supposées pesant sur notre langue. Nous sommes dans une démarche résolument positive, dynamique, proche des préoccupations profondes des Jurassiens quant à leur identité culturelle et leur volonté d’intégration au monde qui les entoure.

Les contraintes conceptuelles et institutionnelles qui régissent l’action linguistique de l’Etat ne peuvent être surmontées qu’à la condition d’y répondre en toute lucidité, sans l’excès de la passion, toujours possible, mais aussi sans la carence de l’irrésolution, toujours intéressée. Telle a été l’exigence qui a guidé notre réflexion.

CONCLUSION 

La culture est intimement liée à tous les stades de l'éducation, elle est un lieu et un instrument de rayonnement, de définition et d'affirmation de notre identité, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Jura, identité qui se fonde sur la langue française, qui est langue de liberté, à la fois langue d’émancipation, de coopération et d’affirmation de soi. Il n’y a pas de politique culturelle cohérente qui puisse négliger l’importance de notre langue et la place qu’elle nous offre dans la communauté francophone internationale.

Dans son rapport au gouvernements cantonaux sur le Projet pour la construction et l’exploitation d’un Centre interjurassienne d’Expression des Arts de la scène, la Commission culturelle interjurassienne exprime le postulat suivant, auquel nous pouvons souscrire sans autre en guise de conclusion : « les pouvoirs publics ont intérêt à investir dans la promotion culturelle de leur région car le développement économique et touristique ainsi que le fragile équilibre entre politique, économie et culture en dépendant largement. Travaillons donc avec enthousiasme à l’émergence puis à la réalisation d’une si belle ambition. 

Pierre-André Comte

Député du Jura 

Aoste, le 23 octobre 2009


Quelle histoire !

Aller-retour à Paris

Je rentre d’un périple. Pour repartir pour un autre. Paris. Je loge à deux minutes du 22, rue de Bièvre. Madame Mitterrand y vit toujours, sans protection particulière. Combien de photos de l’ancien président avec les grands de ce monde, Helmut Kohl, Gorbatchev, Pérès, et les autres, entrant et sortant par la porte discrète de cet immeuble d’une si grande modestie ? Par centaines et centaines. On reconnaît là la grandeur. Puis au 9 de l’Avenue Frédéric Leplay, instant de mort, pour un souvenir. Avant ce lieu où règne l’Ecole militaire, j’ai revisité Jean Moulin, René Cassin, André Malraux et Jean Monnet, tous les quatre dans la même alcôve mortuaire du Panthéon. Que d’émotion. Enfin, le Dôme des Invalides, le vainqueur d’Iena, de Wagram, d’Austerlitz, de tant de grandes victoires françaises. On me redira que, et dira que... Et alors? Notre-Dame sous les yeux, un orchestre de jazz, un chanteur de rue qui chante merveilleusement Mouloudji. Comme à la Bastille hier soir, cet acrobate aux exploits littéralement inimitables. Des milliers et des milliers de jeunes. Du bruit, de la vie, de la gaieté, du grand ciel de Paris. Tout à l'heure peut-être à Saint-Julien, Mozart, Beethoven, joués par un des meilleurs pianistes du moment. Paris. Je t’aime. (PAC)

Paris toujours

Paris, merveille du monde !

Dimanche matin, ciel et esprit clairs. Se réveiller à l’appel des cloches de Notre-Dame. Paris ! Le centre du monde. La capitale lumineuse. La France en or. Qu’il fait bon ici, les enfants, sur les bords de Seine, sous les arcs et les arches, parmi la foule immense.

 

Tout à l’heure, à Saint-André-des-Arts, je retrouverai ma librairie où, pour la vingtième fois, je dévorerai des yeux cette collection rare des œuvres de Voltaire, que jamais mes indemnités parlementaires ne suffiront à payer ! Je suis bien, là, jouissant de l’atmosphère enivrante de la rive inspirée, où tant de grands esprits se sont développés depuis tant de siècles.  Je passerai devant le Procope, l’historique « premier café de Paris » où je ne peux me priver de m’arrêter alors qu’à chaque pas franchi dans la rue de l’Ancienne Comédie, François Arouet, Rousseau et Diderot me rappellent que sous ses lustres de cristal naquit l’Encyclopédie, qu’on y rencontrait Danton, Marat et Robespierre et, plus excitant encore s’il se pouvait, que Franklin y peaufina la constitution américaine !  Je repense à Michel Tournier et à ses réflexions sur les relations entre l’écrivain et le pouvoir, entre culture et politique.

 

C’était à la Sorbonne il y a vingt-cinq ans, à l’occasion d’un colloque organisé par Jack Lang, Ministre de la Culture de François Mitterrand, le « grand littéraire » avec lequel, avoue Alain Duhamel, « la politique devenait un art ». Je me remémore ce que disait l’auteur du Roi des Aulnes à propos des relations délicates, souvent orageuses et parfois catastrophiques entre le pouvoir politique et la création littéraire. L’histoire lui donnait raison. Histoire de couples : Molière et Louis XIV, Diderot et « Catherine le Grand »(ainsi nommée par le Prince de Ligne),  Germaine de Staël et Napoléon, Voltaire et Frédéric II, Chénier et Robespierre, Soljenitsyne et Brejnev, Malraux et de Gaulle ; j’oubliais Victor Hugo et « Napoléon le petit ». Ils se sont affrontés, adorés ou haïs. Soucieux de leurs intérêts, certains écrivains (des grands aussi) ont cédé à la « récupération », ont accepté de porter la muselière et de « laisser leurs testicules aux vestiaires », selon l’expression crue de Tournier. Mais à quoi servirait de les blâmer ? Tout le monde n’a pas la vocation du martyre. Tout le monde n’est pas prêt à l’exil ou au goulag ...

 

J’en finis avec Tournier: « Un chef-d’œuvre littéraire retentit toujours comme un rappel au désordre », d’où le fait que le pouvoir considère l’écrivain comme un fauteur de trouble, alors que « le chef politique sage et lucide sait qu’il faut laisser à toute société sa marge d’évolution et de révolution, parce que c’est la vie même »… Oui. Ce chef-là a compris que la culture est le pont aux ânes d’un renouvellement social et économique. Et puis ? Et puis peut-être pourrait-on s’inspirer de cette sentence mémorable pour provoquer chez nous une rencontre des intellectuels et des politiques, alors même que les seconds se lamentent de la désertion des premiers quand ils évoquent, la larme à l’œil, l’« état d’esprit » qui nous procura l’indépendance… Associer les femmes et les hommes de culture à la vie et à l’organisation de la communauté est un devoir « éternel » de l’État. Pour peu qu’on s’y applique - je reprends ici la parole de Mitterrand, qui résonne en moi, parvenant au bout de la Rue Hautefeuille -, « la cité tout entière en sera changée et peut-être même le sens profond de la politique. » Mettons-nous à table !

 

La table, c’est bientôt l’heure d’y penser. Peut-être une brasserie, sûrement un excellent blanc de Touraine… Gastronomie ? Je ne sais pas encore… Je souris à la mémoire de la phrase de Michel Voirol : « Paris est un des poumons par lesquels le Jura respire… » Paris est une fête, dirait le grand Ernest. Je la vis. C’est le bonheur. Le Panthéon. Dans quelques minutes, je rendrai tout à l’heure visite aux grands hommes… Histoire d’oublier les petits. Paris, je t’aime…

 


Question jurassienne, suite

L'action publique de l'Etat

Etant donné l’état d’esprit qui règne au Rathaus bernois, le Mouvement autonomiste estime que le canton du Jura doit repenser sa « politique jurassienne ». Le processus institutionnel pouvant être mis en déroute à tout moment par un interlocuteur dont la mauvaise foi est patente, l’Etat jurassien, constant dans sa volonté de reconstituer l’unité du Jura, doit réfléchir à la façon de s’adresser directement à la population des trois districts restés sous tutelle bernoise. On peut appeler cela de la « propagande d’Etat », et il nous semble que rien, ni légalement, ni politiquement, n’empêche de s’y adonner. Dans l’hypothèse plausible d’un démantèlement de l’Assemblée interjurassienne, le canton du Jura, dont l’objectif reste le même à juste titre, devra imaginer l’action publique apte à susciter un intérêt toujours croissant dans le sud du Jura. Il ne pourra se contenter d’avoir pour vis-à-vis un Conseil du Jura bernois dépourvu de tout pouvoir dans les domaines essentiels de la coopération interrégionale, même pas dans celui de la culture. Outre l’offre de partage de souveraineté, dont la formulation et le temps de la réaliser sont laissés à la libre appréciation du gouvernement jusqu’à décisions connues, relatives au sort de l’AIJ et aux conditions de la poursuite de son mandat, l’Etat jurassien ne doit ne se sentir freiné dans le lancement de projets qui lui seraient propres (exemple du CREA), alors que le sud du Jura ferait la sourde oreille ou serait contraint de s’en détourner par faute de moyens et de volonté politique. Le canton du Jura demeure un Etat souverain qu’il convient de mettre en valeur, et au passage de faire respecter. A ce propos, le Mouvement autonomiste dénonce l’autodénigrement qui s’est emparé des esprits, des cafés et des rues depuis un certain temps. Il en appelle à un ressaisissement des Jurassiens face à une critique dont le côté systématiquement négatif la rend contre-productive (on me pardonnera une fois ce mot) et grossièrement dit parfaitement imbécile. Les élites politiques, culturelles et économiques de ce canton, à l’instar de leurs homologues de la Vallée d’Aoste et de bien d’autres régions rivalisant de dynamisme avec elle, feraient bien de changer leur fusil d’épaule, de poser un autre regard sur le canton du Jura, et cesser de le prendre pour un ectoplasme tout juste bon à se discréditer dans la bisbille, dans la petite affaire transformée en gros scandale, ou dans le soupçon généralisé quant à l’intégrité de sa fonction publique. Certes le canton du Jura doit s’attaquer à ses écuries d’Augias s’il en abrite, mais il doit surtout et par-dessus tout se respecter davantage et montrer que son avènement était légitime, qu’il reste hautement profitable à sa population et plus largement au peuple jurassien tout entier. (PAC)

Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

Un grand canton de l’Arc jurassien 

Il convient d’aborder brièvement un thème traité par le « Jura Libre » dans une suite de trois articles signés par Alain Charpilloz, à savoir l’idée d’un super-canton dit « ARC », regroupant Neuchâtel et les deux moitiés du Jura. Rappelons qu’elle n’a pas fait l’objet d’un débat formel au sein du MAJ, mais on peut affirmer qu’une forte convergence d’opinions se dégage des discussions spontanées. Elle recoupe l’analyse du « Jura Libre » et pourrait être résumée ainsi :

a) Le super-canton est une excellente idée in abstracto, si l’on considère l’aspect administratif et financier des choses au premier chef.

b) Ses chances de réalisation sont proportionnelles à la volonté de fusion manifestée par ses trois composantes.

Les avantages de l’idée ont été plaidés à plusieurs reprises, par l’ancien maire de la Neuveville Jacques Hirt d’abord, par Jean-Daniel Tschan du Noirmont plus récemment. La presse régionale leur a donné un bon écho. Dernièrement, des hommes politiques neuchâtelois en vue, comme MM. Studer et Bonhôte, ont exprimé leur sympathie pour le projet en question. 

Dans le sud du Jura, on sent bien que des esprits désespérant de voir le débat bloqué dans l’alternative Berne-Jura accueilleraient avec soulagement une tierce issue. Cette dernière, se disent-ils, exigerait des concessions moindres de chaque protagoniste, puisqu’elle éviterait à chacun ce qu’il redoute le plus. Pour les autonomistes, de rester une minorité romande infime dans un canton allemand. Pour leurs adversaires, de se retrouver pris dans un Etat dont ils ont combattu l’avènement. Avec le canton « ARC », le caractère romand est sauvegardé sans le moindre doute. Par ailleurs, Neuchâtelois et Jurassiens du Sud y formeraient une majorité confortable, ceci pour calmer les craintes des antiséparatistes face à l’actuel canton du Jura. 

Les avantages administratifs et financiers qui pourraient en résulter reposent sur l’idée répandue des « économies d’échelle »,  recyclées sous l’appellation « masse critique » en jargon branché. On pourrait débattre longuement des gains réels à en attendre, mais il serait absurde d’en nier la possibilité. Quant au « poids politique » d’un canton plus grand comparé à celui de deux cantons plus petits, la différence ne saute pas aux yeux. Reste la principale pierre d’achoppement, à savoir la volonté populaire de réaliser le projet. En l’état actuel des choses, tout pronostic relève de la divination. Qu’en pensent les citoyens concernés ? Nul ne le sait. Les sondages d’opinion reflètent, au mieux, l’humeur du moment chez ceux qui consentent à répondre. En général, le résultat satisfait le commanditaire du sondage. N’en disons pas plus… 

Une démarche pourrait clarifier le débat de manière décisive : ce serait une initiative populaire demandant qu’une étude en profondeur soit menée, puis que le peuple se prononce sur le principe de négociations entre cantons pour créer la nouvelle entité. Il nous paraît sensé qu’une telle initiative parte de Neuchâtel, où le climat politique est sans doute moins crispé que chez nous. De plus, Neuchâtel formerait la composante principale du super-canton. Sans une volonté clairement exprimée de sa part, le projet n’a plus de substance. Les sympathisants de l’idée sont-ils prêts à la transcrire dans la réalité, de la faire sortir des salons ou des salles de rédaction ? Il faut le souhaiter, car l’accueil que le peuple neuchâtelois réserverait à une telle initiative serait décisif pour l’avenir de toute la région. 

En effet, si nos voisins disent « OUI » au super-canton, la balle reviendra aussitôt dans le camp jurassien, qui aurait en théorie cinq issues devant lui : 

1) le statu quo

2) la réunification jurassienne sans Neuchâtel

3) la fusion Neuchâtel – sud du Jura

4) la fusion Neuchâtel – canton du Jura

5) l’alliance à trois. 

Si Neuchâtel rejette cette dernière solution, il ne reste pour les Jurassiens que deux issues possibles : le statu quo (qui sera « sans plus », comme chacun sait), et le projet de l’AIJ. Imaginons maintenant que, dans cette hypothèse, le projet de l’AIJ soit refusé par Berne, puis par tout ou partie du Jura-Sud. L’affaire serait-elle réglée ? Pas le moins du monde. Le débat se poursuivra, l’offre restera ouverte, de nouvelles générations d’électeurs arriveront, moins crispées peut-être que la nôtre.  

Pour que le problème soit réglé une fois pour toutes, il faudrait que ce morceau de Romandie administré par Berne revienne à son souverain légitime, le canton du Jura refondé, ou alors qu’il se coule dans un nouvel Etat romand, le canton dit « ARC ». Autrement dit, la meilleure manière, pour les probernois les plus affolés, d’éviter la réunification jurassienne à coup sûr serait d’opter pour le super-canton. Y ont-ils pensé ? 

Certains se sont demandés si ce projet n’arrivait pas précisément aujourd’hui pour brouiller les cartes  et affaiblir le modèle proposé par l’AIJ.  Que l’idée de supercanton serve ou non à entraver la réunification reste un débat un brin surréaliste, tant que le projet n’a pas pris un tour concret, à savoir une décision populaire chez le partenaire principal, permettant aux deux autres de se déterminer à leur tour. Cela se fera-t-il ? Nous le souhaitons vivement.

Un canton Jura-Neuchâtel sans le sud du Jura 

Le Mouvement autonomiste jurassien est opposé à l’idée qu’un « Manifeste » en cours de rédaction répand depuis quelques jours dans la presse, visant à la fusion des cantons du Jura et de Neuchâtel, sans le Jura-Sud. La reconstitution de l’unité du Jura reste le fondement d’une doctrine à laquelle le MAJ ne dérogera sous aucun prétexte. Dans ce projet de « Manifeste », elle est sacrifiée a priori, les auteurs spéculant sur un « choc psychologique » dans le Jura-Sud à propos duquel on nous permettra d’exprimer les plus sérieux doutes. Le Jura-Sud, précisément, n’est pas un « territoire convoité », mais bel et bien la moitié d’une entité historique dont personne ne conteste ou ne devrait contester la communauté d’intérêt et de destin.  Qu’on le veuille ou non, la question identitaire, de même que la question des frontières, seraient-elles décrétées obsolètes et raillées, restent un élément de référence qu’il serait suicidaire de nier, et cela bien qu’il ne recouvre plus la même acception qu’en 1974.  

Le « Manifeste » en question, dont ne connaît que quelques principes généraux, heurte le processus enclenché par le dépôt du rapport final de l’AIJ. En ce sens, il est inopportun. Au surplus, si la proposition connue à ce jour semble ne tenir nullement compte du processus en cours (loi « Un seul Jura », négociations gouvernementales pas entamées, formulation d’une offre de partage de souveraineté, implication de la Confédération), elle préconise une alliance déséquilibrée, dans laquelle le Jura serait l’arrière-pays d’un autre Etat qui n’en partage ni l’histoire, ni les aspirations profondes qui vont avec. Enfin, le MAJ ne peut adhérer à une proposition dont on doit regretter qu’elle puisse être considérée comme partisane dès sa formulation. (PAC)


Conférence de presse de la Fête du peuple (extrait)

L'attitude bernoise face aux propositions de l'Assemblée interjurassienne

En résumé

La manœuvre bernoise est claire. La réaction est exactement la même qu'après le rapport Widmer.  


1. Le canton de Berne se prête à toutes les études, rapports, analyses, discussions, etc. tant qu'il les juge inoffensifs, c'est-à-dire tant qu'il pense qu'ils ne remettront pas en cause sa mainmise sur le sud du Jura.


2. Quand ces études ou projets lui échappent - et c'est le cas pour la deuxième fois - il revient à ses réflexes premiers, qui sont simplement de garder par tous les moyens ce qu'il a conquis. Que la majorité gouvernementale soit rose, verte, bleue, jaune ou brune ne change strictement rien.


3. A ce moment-là, Berne cherche immédiatement à saboter le travail accompli pour en annuler les effets. Il a refusé le rapport Widmer avec brutalité à l'époque, il rejette aujourd'hui le rapport de l'AIJ. Toutes ses interventions serviront donc à saboter la campagne d'information prévue par l'AIJ. Pour cela, un moyen simple : introduire les Biennois, qui diront exactement le contraire de l'AIJ. L'esprit et la lettre de l'Accord de mars 1994 sont donc violés de manière impudente, mais le but est d'une simplicité absolue. Pour une voix qui dira blanc, on en amènera une qui dira noir. C'est de l'information à l'iranienne.


4. L'AIJ a proposé une alternative, à savoir le canton du Jura à six districts ou le "Statu quo +" Sur cette seconde solution, le silence de Berne est assourdissant. En réalité, pas une ligne n'est consacrée à quelque amélioration du statut du Jura-Sud au sein du canton de Berne. Pas un mot, silence radio. 

5. La tactique est donc claire: saboter le rapport de l'AIJ, empêcher l'information de se faire librement, ne rien promettre sur la deuxicème voie, de sorte que rien ne bouge ni ne se fasse. Malgré toutes les simagrées, les risettes, les discussions sur "l'ouverture", etc., c'est l'immobilisme épais, absolu, intransigeant, celui que nous connaissons depuis des siècles. S'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il serait étonnant que ce soit différent à l'ombre de l'ours de Berne! (PAC) 


Pour ceux qui doutent...

FOYER

Elle est petite, la patrie

Qui verdoie entre Suze et Doubs;

Elle n'en est que plus chérie,

Et son ciel n'en est que plus doux,

C'est la vieille maison des pères,

Où l'on partage avec les siens

Les jours sombres, les jours prospères.

C'est le foyer, Jurassiens.

POURQUOI JE L'AIME

Je l'aime! Voulez-vous savoir pourquoi je l'aime,

Mon Jura si petit sous le grand ciel de Dieu ?

Je l'aime autant qu'on peut l'aimer, et tout de même

Il mesemble parfois que je l'aime trop peu.

 

Poèmes de Virgile Rossel (extraits)


62e Fête du peuple jurassien

Ego Perron, président de l'Union valdôtaine et ancien Président du Conseil Régional de la Vallée d'Aoste sera le représentant des peuples frères à l'occasion de la réception officielle de la 62e Fête du peuple jurassien, samedi 12 septembre à 19 heures à l'Hôtel de Ville de Delémont. Il s'exprimera aux côtés de MM. Pierre Kohler, maire de Delémont, Ueli Leuenberger, Président des Verts suisses et de Christian Vaquin, président du MAJ (RJ-UJ)

De quoi parle-t-on ?

C’est toujours de la terre dont nous parlons à la Fête du peuple jurassien, d’un rêve inachevé, de quelque chose qui nous touche au plus profond de nous-mêmes et nous transforme, ce n’est pas du mauvais nationalisme, c’est du bon, c’est de l’affection, de l’amour en plus, de la passion même pour les plus irréfléchis, de l’attrait naturel qui remplit le corps et occupe l’esprit, c’est le Jura du pasteur Charles-Ferdinand Morel, de l’écrivain Virgile Rossel, de l’intellectuel Auguste Viatte, de l’historien Victor Erard, de l’artiste Jean-François Comment, du poète Alexandre Voisard, des combattants Roland Béguelin et Roger Schaffter, et de tous ces héros du génie technologique, de la création industrielle, de ces êtres admirables qui ont façonné la demeure intime du Jurassien, le refuge confidentiel de ses paysages, l’ombre discrète de ses monuments, le secret public de ses racines, l’histoire millénaire de son unité. C’est le Jura aussi des talents en devenir, de ses fils et filles qui étonnent le monde quand l’un d’eux dévoile une part de l’intimité du ciel, le Jura de cet avenir qui se concocte dans nos lieux de savoir, de travail et de création. (PAC)           


Bientôt la Fête du peuple jurassien

Le Jura, son unité, ses droits

Il est une question qu'on doit se poser: «Pourquoi le Jura entier, alors qu'un peuple peut fort bien vivre sur plusieurs Etats?» A plus forte raison devrait-il pouvoir le faire sur ces Etats diminués que sont les cantons suisses. Les exemples ne manquent pas dans le monde, et certains peuples le subissent dans des conditions infiniment plus dures que les nôtres. C'est vrai.

 

Il faut pourtant voir les choses dans le long terme. Quand on dit « qu'on peut fort bien », on commet un abus de langage, car c'est « plus ou moins bien » partout où le phénomène se produit. Même dans le cas, somme toute confortable et pacifique des cantons suisses, la division se paie, car toute chose a un prix.

 

Pour le canton du Jura, on peut considérer qu'il paie la division du peuple jurassien par une perte de poids au sein de la Confédération. On mettra entre parenthèses, encore que ce soit une erreur, la brisure historique, les regrets de l'unité perdue, la frustration d'avoir été l'objet d'une mécanique cynique, les complications pratiques.

 

Le prix le plus élevé est payé par le Jura-Sud, nous l'avons expliqué cent fois à la Fête du peuple en décrivant  la dépendance politique, la perte de pouvoir dans le cadre bernois, les obstacles immenses pour ses élites à le représenter sans être cooptées par l'ancien canton.

 

Si l'on y réfléchit, ce sont là, malgré tout, des conséquences découlant d'autre chose. Elles touchent une minorité de gens dans leur vie quotidienne, et même une minorité infime. Pour un grand nombre de citoyens, que nous appellerons d'un terme flou, la « société civile », l'appartenance à un canton ou à un autre est indifférente. Ce phénomène s'observe aussi dans le Jura-Sud, où le risque de germanisation s'est réduit à la couronne biennoise.

 

Alors, direz-vous, pourquoi faut-il nécessairement restaurer l'unité cantonale jurassienne ? Cela revient à se demander en définitive à quoi sert un canton en 2009. C'est l'être même des États confédérés qui se trouve, on ose à peine employer le terme en France, « mis en examen ». Au bout du raisonnement, on trouvera leur légitimité fondamentale, leur alliance, et non pas leur mise à genoux, qui fondent la Suisse. États anciens, hérités, modelés par l'histoire, les cantons sont-ils de simples survivances, encombrantes parfois, dont une prétendue « modernité » aurait pour mission de réduire la diversité archaïque ? La réponse est un OUI quasi unanime dans l'administration fédérale et les médias qu'elle nourrit, lesquels, tout « rebelles » qu'ils se disent, ne le sont pas au point de mordre les mamelles auxquelles ils tètent!

 

Alors, les cantons, et celui du Jura en particulier ? Au cœur de cette problématique se trouve un noyau dur: c'est la communauté historique, le groupe humain que cent raisons (dont le hasard n'est pas la moindre) ont poussé à vivre ensemble. Les autres raisons peuvent être de toute nature: géographiques, linguistiques, économiques, voire confessionnelles autrefois. Mais il arrive toujours un moment où le sentiment de former un peuple sert de ciment. Prenons Neuchâtel ou Soleure, deux voisins si proches à tant d'égards.

 

Les Neuchâtelois ne songent pas une seconde à se dissoudre dans le canton de Vaud, pas plus que les Soleurois dans celui d'Argovie. Pourtant, ni la langue, ni l'économie, ni la composition politique n'y font obstacle. Alors, simple force d'inertie? Absolument pas. Tous deux possèdent une conscience de leur identité ou de leur singularité, et ils en goûtent profondément la valeur, sans la moindre agressivité envers autrui. Ils sont eux-mêmes et veulent le rester, même si les justifications intellectuelles de ce sentiment ne sont pas formulées à chaque tournant.

 

Cela nous renvoie au Jura, et plus fortement encore au Jura-Sud. Ce dernier ne subit pas d'oppression brutale ou de pillage du fait de son appartenance au canton de Berne. Il subit, sans que les Bernois n'y soient  d'ailleurs pour rien, une dissolution de son identité profonde, qui est simplement remplacée par RIEN. Nos districts méridionaux sont plus francophones qu'ils ne l'étaient en 1947, leur statut ne ressemble pas à celui du Tibet, mais ils appartiennent à un canton qui n'est pas celui de leur peuple.

 

Ils l'ont choisi pour des raisons sur lesquelles nous voudrions revenir succinctement. Il existe, chez l'être humain, une tendance naturelle à se quereller d'autant plus fort qu'on est plus proche. Combien de gens, pleins d'amour pour le Tiers-Monde, haïssent leur belle-sœur ? Combien, prêts à abolir toutes les frontières, font un procès à leur voisin parce qu'il empiète sur leur verger ? Y a-t-il un notaire dans la salle ? Si c'est le cas, qu'il nous parle de guerres successorales !

 

Une majorité de citoyens du Jura-Sud a choisi Berne, non que cette dernière soit le Tiers-Monde et le Jura-Nord sa belle-sœur.  Pourtant, il a choisi le différent par hostilité au semblable. Le plus hilarant se trouve dans les politiciens probernois arguant de la « différence de mentalité » pour justifier leur hostilité au canton du Jura. Comme si cette différence était plus grande qu'entre le Jura-Sud et l'Oberland ! Au palmarès des prétextes pourris, celui-là mérite le podium.

 

Car si l'on y regarde de plus près, on cherchera des différences et on trouvera des similitudes. Il faut parcourir le Jura à pied, s'arrêter dans les bistrots, parler avec les promeneurs, observer les paysages et les villages, pour ressentir dans sa chair l'incroyable proximité entre les deux moitiés de notre pays. Ce sont les mêmes gens, les mêmes râleurs, les mêmes amoureux de la nature, les mêmes maisons, les mêmes jardins, les mêmes tout ce qu'on voudra. De plus, nous sommes liés par les familles, les études, les sociétés, le travail, les amitiés et, n'en déplaise à mes amies les femmes socialistes, par le service militaire.

 

Nous avons entre nous mille fois plus d'imbrications que nous n'en avons avec aucun autre peuple au monde. Cela va jusqu'aux noms de famille, les Morel, Voirol, Marchand, Sauvain, Schaffter, Boillat, Girardin, Prêtre, Juillerat, Rossé, Guenin, Joray et tutti quanti. Parlons-en, des familles. L'endogamie jurassienne est phénoménale, incluant les descendants d'immigrés bernois établis dans le Jura, avec des mariages mixtes à la pelle.

 

On regarde cela, les gens, les lieux, la langue et l'on se dit: il faut toute la folie des hommes pour avoir divisé ce qui se ressemble tant. Il y aura fallu la peur, l'obsession du détail sans valeur, la jalousie, la rancune, l'ignorance de l'essentiel, le calcul à la petite semaine, choses qui se rassemblent sous le grand chapiteau de la sottise.

 

Il faut donc réparer. Ce n'est pas facile, car s'il est aisé de se tromper, il l'est moins de le reconnaître. La classe politique, livrée aux calculs électoraux et aux ambitions personnelles, n'y est pas encline par nature. Les travaux de l'AIJ, tout imparfaits qu'ils puissent être, restent néanmoins un effort admirable pour arriver à l'essentiel: donner au peuple jurassien la chance de renouer avec sa nature profonde.

 

Et si cette chance n'était pas saisie ? Le seul grand perdant serait le Jura-Sud, qui oscillerait alors entre des récriminations régionales grincheuses, impuissantes, et une sorte de catalepsie identitaire, où l'on ne se sent rien et se résigne à tout, se rabattant alors sur les querelles de petite vertu. Bref, il ressemblerait à ce que deviendrait la Suisse si les cantons n'étaient plus là pour affirmer la solidarité et la diversité humaines, si belles quand elles marchent ensemble.

 

On le voit, malgré toutes les disputes, divergences, contorsions et dénégations, il existe un famille jurassienne meurtrie, qui aspire à son unité sur tous les plans, même si l’unité politique effraie une partie de ses enfants. Construisons-la dans la confiance mutuelle et le désir partagé de privilégier ce qui nous rassemble et de rejeter ce qui nous divise.

 

Vive l’unité du Jura ! (PAC)